2016 – 2020 : LES 15 DENOTATEURS POTENTIELS D’UNE CRISE SYSTEMIQUE

18 avril 2016

 

                                                                                                                                                                                                Clicker pour agrandir

SOMMAIRE  

Introduction – Etude de prospective 2016-2020 : un hiver de Kondratiev doux ou un hiver glacial ?

I – « THE BUBBLE ECONOMY » CAUSE APPARENTE D’UNE ÉVENTUELLE CRISE SYSTÉMIQUE
 
1.1. Les six bulles de 2008
1.2. Les quatre nouvelles bulles
1.3. L’évolution des 10 bulles début 2016
1.3.1. La bulle de la concentration excessive des richesses 
1.3.2. La bulle de l’endettement des états
1.3.3. La bulle de l’endettement des banques centrales
1.3.4. La bulle de l’endettement privé
1.3.5. La bulle des dépenses discrétionnaires
1.3.6. La bulle du dollar
1.3.7. La bulle des matières premières (pour mémoire car déjà éclatée).
1.3.8 La bulle de l’immobilier
1.3.9 La bulle des marchés d’action
1.3.10. La bulle du marché obligataire
 
II – LA CAUSE PROFONDE : LA CONCENTRATION EXCESSIVE DES RICHESSES
 
2.1. Ferdinand Lundberg : Les riches et les super riches – Ravi Batra : La grande crise de 1990. Thomas Piketty : Le capital au XXIème siècle 
2.2. Ravi Batra : La concentration excessive des richesses cause profonde des grandes crises économiques
2.3. La concentration excessive des richesses est elle même liée à la loi des cycles sociaux, loi dans laquelle s’inscrivent les cycles économiques
2.3.1. L’ère des travailleurs
2.3.2. L’ère des guerriers
2.3.4. L’ère des intellectuels
2.3.5. L’ère des propriétaires
2.3.6. L’ère actuelle : une ère mixte propriétaires/travailleurs précédant celle des guerriers
2.4. Un fait nouveau, capital, ignoré des trois auteurs ci-dessus : l’ « internetisation » des crises 
 
III – UN CYCLE DE KONDRATIEV PARFAIT : INFLATIONNISTE (1945/1981), PUIS DÉFLATIONNISTE (1982 / 2020)
 
3.1. L’alternance de cycles inflationnistes et déflationnistes de long terme (cycles de Kondratiev)
3.2. Le basculement des investisseurs depuis les matières premières en période inflationniste vers le marché obligataire en période déflationniste.
3.3. L’action prépondérante de la spéculation, hors de l’économie réelle, au cours des deux cycles.
  
IV – LE FACTEUR EXPONENTIELLEMENT DÉFLATIONNISTE QU’EST LA BAISSE DES TAUX D’INTÉRÊT
4.1. La destruction exponentielle du capital générée par la baisse exponentielle des taux d’intérêt 
4.2. L’intervention des banque centrales fausse de manière très importante le fonctionnement normal des marchés
4.3. La grande difficulté qu’ont aujourd’hui les investisseurs pour trouver des investissements rentables et surs
4.4. L’accroissement exponentiel de la dette généré par la baisse exponentielle des taux d’intérêt
4.4.1. Chaque fois que les banques centrales réduisent les taux d’intérêt de 50%, le poids de la dette double 
4.4.2. Les banques centrales sont dans la position de l’arroseur arrosé !
 
V – LES EFFETS ACTUELS TRÈS DESTRUCTEURS ET OMNIPRÉSENTS DE LA DÉFLATION
 
5.1. Les états et les banques centrales
5.2. Les banques nationales
5.3. Les entreprises 
5.4. Les salariés 
   
VI – LE COMPORTEMENT ACTUEL DES INVESTISSEURS EN FONCTION DU NIVEAU DE RISQUE
  
6.1. John Exter’s inverted pyramid of assets
6.2. Le comportement actuel des investisseurs institutionnels en fonction du risque
6.3. Attention ! Un risque peut en cacher un autre ! Cash is king ? Cash is death ?
  
VII – 2016 / 2020 – LES 15 DÉTONATEURS POTENTIELS D’UNE CRISE SYSTÉMIQUE.
  
7.1. Cinq facteurs macro-économiques 
7.1.1. La défiance croissante dans l’action des banques centrales 
7.1.2. La récession économique aux Etats-Unis et dans d’autres pays 
7.1.3. La guerre des monnaies. Les dévaluations compétitives 
7.1.4. La crise des liquidités 
7.1.5. Le défaut d’un état, de banques ou de grandes entreprises 
  
7.2. Quatre facteurs géopolitiques 
7.2.1. Le Brexit
7.2.2. La multiplication des attentats terroristes dans l’espace et dans le temps
7.2.3. Les crises démographiques et migratoires 
7.2.4. L’arrivée au pouvoir de partis politiques extrémistes ayant des politiques protectionnistes 
  
7.3. Six facteurs financiers
7.3.1. La hausse de la volatilité 
7.3.2. Le « krach » des produits dérivés 
7.3.3. Le krach des marchés d’actions 
7.3.4. Le krach du marché obligataire 
7.3.5. Le krach de l’immobilier, notamment en Chine
7.3.6. Une forte hausse du cours de l’or 
  

Synthèse & conclusion – Le fil du rasoir des quatre grandes alternatives des années 2016-2020

  1. Un hiver de Kondratiev doux ou un hiver glacial ?
  2. Qu’il soit doux ou glacial, un hiver court ou bien un hiver long ?
  3. Dans le cas d’un hiver glacial, hyper déflation ou/et hyper inflation ?
  4. De l’ère délétère des « propriétaires / travailleurs » à l’ère autoritaire des « guerriers »  ?

 

Introduction – 2016-2020 : un hiver de Kondratiev doux ou un hiver glacial ? 

La période 2016 – 2020 n’est pas du tout une période économique, financière et sociale comme les autres. D’après certains économistes, parmi les meilleurs mondiaux, elle est la parfaite illustration, par les bouleversements de tous ordres qui s’y produisent d’ores et déja, de la fin d’un cycle économique de long terme, à l’aube d’un nouvel ordre économique.

Nous verrons que nous nous situons aujourd’hui à la fin d’un cycle de Kondratiev parfait. Ce dernier a commencé en 1945, (le printemps du cycle), a culminé en 1981 (l’été du cycle) pour décroitre depuis 1982 (l’automne) jusqu’aujourd’hui, période qui est la fin de l’hiver du cycle.

Le passage d’un cycle de Kondratiev à un autre est le plus souvent une période de grandes turbulences, voire de révolutions, sur les trois plans, étroitement corrélés, que sont l’économique, le financier et le social.

Selon l’intensité de ces turbulences on peut être en présence d’un hiver doux ou d’un hiver glacial !

La grande question aujourd’hui, à mille milliards d’euros, est de savoir si nous sommes engagés dans l’un ou l’autre. Sachant que l’enjeu est d’une extrême importance compte tenu de ce que la phase ascendante du cycle de Kondratiev est inflationniste et la phase descendante déflationniste.

Tous les indicateurs montrent que nous sommes aujourd’hui dans une phase en apparence modérément déflationniste, ce qui correspondrait à un hiver doux.

Mais, selon certains économiste, l’éclatement inéluctable des quelque dix bulles financières générées depuis les années 2000 pourrait entraîner un hiver glacial et, dans un premier temps, une crise hyper déflationniste.

Les forts déséquilibres économiques, financiers et sociaux que ne manqueraient pas de provoquer l’hyper déflation pourraient générer à leur tour une crise hyper inflationniste. Cette dernière serait la seule issue possible pour apurer, au détriment de tous les agents économiques, les immenses dettes générées pas la politique artificielle de baisse des taux pratiquée par les banques centrales depuis 2008.

De nombreux économistes estiment que compte tenu du niveau astronomique atteint par ces dettes et de la faiblesse persistante de la croissance de l’économie les emprunteurs, notamment les banques centrales et les états, sont d’ores et déjà dans l’incapacité de les rembourser, comme le montre bien, par exemple, le déficit permanent de la France.

D’après le célèbre économiste John Kenneth Galbraith, auteur, entre autres, d’ouvrages de référence sur la grande crise de 1929, l’histoire économique montre que lorsque ces niveaux sont atteints les dettes ne sont jamais remboursées.

Pour rédiger le présent article, qui ne peut n’être considéré que comme un essai de prévision, je me suis basé sur des sources très fiables, sites internet et ouvrages, que j’avais déjà identifiées en grande partie dès le début des années 2000. Ces sources m’avaient permis de prévoir dès 2006 la crise de 2007 et 2008 et de prendre les mesures conservatoires nécessaires. Je les ai complétées en ce début 2016 par d’autres sources. La plupart sont référencées en annexe.

A titre indicatif je dispose d’une cinquantaine d’ouvrages et d’autant d’adresses internet sur la crise de 2007/2008 et sur ses développements en 2015 et en 2016. Parmi toutes ces sources je donnerai la priorité absolue aux quatre qui avaient bien prévu la crise de 2008 : le professeur Antal E. Fekete, l’Economic Cycle Research Institute, Market Cycle Dynamics et les trois auteurs des deux best sellers que sont Aftershock I et II.

Mon travail de l’époque, que je répète en ce début 2016, n’est donc qu’un travail de recherche, d’évaluation, d’analyse et de synthèse de ces différentes sources

I – « The bubble economy » cause apparente d’une éventuelle crise systémique 

La crise de 2008 avait été parfaitement prévue par les trois co-auteurs de deux best sellers successifs sur le même sujet : Aftershock I et II. Ces auteurs, David Wiedemer, Robert Wiedemer et Cindy Spitzer ont publié en 2014 un troisième ouvrage : « The Aftershock Investor » (image ci-contre). Ce dernier prévoit une réplique de la crise de 2008 au cours de la période 2016/2020. Il élabore par ailleurs une stratégie d’investissement.

1.1. Les 6 bulles de 2008

Le grande mérite des trois auteurs ci-dessus est d’avoir mis en évidence l’existence au cours des années précédant 2007/2008, non pas d’une seule bulle, celle bien connue de l’immobilier, mais d’un ensemble de six bulles, auxquelles se sont ajoutées depuis quatre nouvelles.

Les six bulles recensées par ces auteurs sont les suivantes :

1- La bulle de l’immobilier (subprimes et autres)

2- La bulle de l’endettement privé

3- La bulle des marchés d’actions

4- La bulle des dépenses discrétionnaires (dépenses optionnelles autres que celles nécessaires à la vie quotidienne : loisirs, restaurant, spectacles etc). Dépenses qui représentaient, aux Etats-Unis, une part importante de la consommation des ménages.

5- La bulle de l’endettement des états

6- La bulle du dollar

1.2. Les quatre nouvelles bulles 

Le professeur Fekete, qui avait eu connaissance d’Aftershock, a ajouté, en corrélation avec ses propres travaux, les deux bulles suivantes :

7- La bulle de l’obligataire

8 – La bulle des matières premières

Pour ma part, en me fondant sur les travaux du grand économiste américain Ravi Batra en ce qui concerne la corrélation fondamentale entre les grandes crises économiques et la concentration excessive des richesses et par ailleurs pour tenir compte d’une actualité cruciale tant sur le plan économique que sociétal, j’ai ajouté les deux bulles suivantes :

9 – La bulle de la concentration excessive des richesses

10 – La bulle démographique et migratoire

C’est la coexistence de ces dix bulles dont les effets négatifs se complètent et se cumulent, qui est susceptible, on le conçoit, d’engendrer aujourd’hui des perturbations beaucoup plus fortes de l’économie, des marchés financier et plus généralement de l’ensemble de la société, qu’une simple bulle financière classique.

J’ai procédé à un classement de ces dix bulles par catégories en suivant autant que possible un ordre logique. La première bulle, la mère de toutes les autres, est celle de la concentration excessive des richesses. Viennent ensuite les trois bulles de l’endettement : états, banques centrales, endettement privé, puis la bulle de la monnaie de référence qu’est le dollar, ensuite les quatre bulles concernant les produits financiers spécifiques que sont l’immobilier, les matières premières, les actions, l’obligataire et, last but not least la toute dernière bulle de la crise migratoire en Europe. Cette dernière se télescope avec la bulle démographique du vieillissement de la population. La nature n’a-t-elle pas horreur du vide ?

1.3. L’évolution des 10 bulles début 2016

1.3.1. La bulle de la concentration excessive des richesses

Nous verrons dans la 2e  partie ce cet article que selon Ravi Batra, la cause profonde des grandes crises économiques est la concentration excessive des richesses. Or, aujourdhui, la concentrations des revenus et des patrimoines atteint un niveau historiquement élevé, similaire à celui observé lors de la crise de 1929. Cette concentration excessive des richesses est d’ailleurs dénoncée par de nombreux esprits et suscite de vives réactions dans une grande partie de la population.

1.3.2. La bulle de l’endettement des états

L’endettement des états est un bon indicateur de la potentialité de grandes crises économiques. Ainsi, selon le FMI, lors de la grande dépression des années 1930 le poids de la dette s’était il élevé à 80% environ du produit intérieur brut annuel (PIB) des pays. Mais lors de la récession de 2007-2008 il a atteint 92% de leur PIB en moyenne. Or, en 2016 ce ratio devrait représenter 107,5% en moyenne, soit 107,5% aux Etats-Unis et 92,5% dans la zone euro. La palme reviendrait au Japon avec 249,.3%, suivi de près par la Grèce.

1.3.3. La bulle de l’endettement des banques centrales

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On sait que les banques centrales achètent les créances détenues par les banques nationales (banques de dépôts, banques d’affaires) à l’aide d’argent créé ex-nihilo, créances qui sont plus ou moins solides. A titre indicatif le bilan de la BCE s’élève actuellement à près de 3000 milliards d’euros.

1.3.4. La bulle de l’endettement privé

La bulle de l’endettement privé demeure à un niveau important dans de nombreux pays en raison du ralentissement de la croissance économique mondiale, et par voie de conséquence de l’augmentation du chômage, de la baisse des salaires et du développement la précarité  qui en résultent. Certaines bulles spécifiques inquiètent telles celles, aux Etats-Unis, des prêts étudiants ou des crédits autos.

1.3.5. La bulle des dépenses discrétionnaires

Dans de nombreux pays ces dépenses ont fortement chuté, en corrélation avec le ralentissement de l’économie mondiale. Les ménages restreignent ou suppriment leurs dépenses non indispensables.

1.3.6. La bulle du dollar

Apparemment, la bulle du dollar ne semble pas proche de l’éclatement compte tenu de la meilleur santé économique des Etats-Unis par rapport à d’autres pays. Mais nombreux sont ceux qui s’inquiètent de la solidité du dollar compte tenu d’une part de l’endettement élevé et croissant de ce pays (cf. 1.3.2.) et d’autre part du montant très élevé des réserves en dollars détenues par certains pays, notamment la Chine.

Qu’adviendrait-il si ces pays cédaient, pour une raison ou pour une autre, notamment en cas de choc économique et financier, une partie plus ou moins importantes de leurs réserves en dollars ? On note par ailleurs que la Chine et d’autres pays, comme la Russie, réalisent d’ores et déja, par mesure de précaution,une partie de leurs transactions dans des monnaies autres que le dollar.

On se souvient que de 2007 à 2011 le dollar a perdu 37% de sa valeur par rapport au yen, monnaie de l’une des premières économies mondiales, pour en regagner autant de 2011 à 2016.

1.3.7. La bulle des matières premières

L‘indice CRB des matières premières a chuté de 43% de Juin 2014 à Avril 2016 et de 62% depuis 2008. Il s’agit d’ailleurs de la seule bulle mondiale qui ait éclaté à ce jour, l’éclatement de la bulle de l’immobilier ne concernant, on va le voir, que certains pays.

Pour certains, industriels et consommateurs, c’est une bonne nouvelle. Pour d’autres, les pays producteurs, c’est une catastrophe ainsi que pour certains économistes chevronnés, tels Nouriel Roubini pour lequel l’effondrement de l’économie irait de pair avec celui des matières premières 

1.3.8. La bulle de l’immobilier.

Si, en 2008, la bulle de l’immobilier a éclaté dans certains pays comme les Etats-Unis et l’Espagne, elle demeure intacte dans d’autres tels que le Canada, la France, la Grande Bretagne, l’Australie et, surtout, la Chine. Dans ce pays, elle atteint une ampleur tout à fait exceptionnelle, avec des villes fantômes vierges de tout habitant. 

1.3.9. La bulle des marchés d’actions

La bulle des marchés d’actions s’est reconstituée et bien au delà depuis la crise de 2008. L’indice emblématique des bourses mondiales, le Standard & Poors 500 ne s’est-il pas envolé de 260% ? La bulle des bulles en quelque sorte.

Mais des signes de la fragilité de cette bulle des actions, étroitement dépendante de la politique de baisse des taux d’intérêt des banques centrales, sont apparus en 2015 avec la chute de la bourse chinoise et début 2016 avec la forte et inattendue chute de l’ensemble des bourses mondiales.

1.3.10. La bulle de l’obligataire.

Compte tenu de la forte baisse des taux d’intérêt les obligations souveraines se sont fortement valorisées. Ainsi, le cours du Bund allemand, représentatif d’une obligation à dix ans, s’est il valorisé de 48% depuis 2008, atteignant par ailleurs aujourd’hui un plus haut de plus de trente ans.

II – La cause profonde, selon Ravi Batra : la concentration excessive des richesses

2.1. Ferdinand Lundberg : Les riches et les super riches – Ravi Batra : La grande crise de 1990 – Thomas Piketty : Le capital au XXIème siècle

Ravi Batra

Depuis Karl Marx, de nombreux auteurs ont traité des inégalités et de la concentration excessive des richesses. Mais au cours des cinquante dernières années trois best-sellers se sont distingués :   

  • Ferdinand Lundberg – Les riches et les super riches – Editeur : Lyle Stuart – 1968
  • Ravi Batra – La grande crise de 1990 – Editions First – 1983
  • Thomas Piketty – Le capital au XXIè siècle – Stock – 2013

 

Si au cours des décennies, les trois auteurs sont parvenus au même diagnostic : la concentration excessive des richesses, seul l’un d’entre eux, Ravi Batra, a établi que la concentration excessive des richesses est la cause profonde des grandes crises économiques.

Dans Le capital au XXIème siècle, Thomas Piketty estime pour sa part, dans un premier temps, qu’il y a bien une corrélation entre les deux phénomènes :

« De mon point de vue, il ne fait aucun doute que la hausse des inégalités a contribué a fragiliser le système financier américain »

Il précise ensuite son propos dans un sens restrictif :

« Il serait tout à fait excessif de faire de la hausse des inégalités la cause unique – ou même principale – de la crise financière de 2008 et plus généralement de l’instabilité chronique du système financier international ».

Cette restriction semble très contestable pour les quatre raisons suivantes :

Tout d’abord, Piketty englobe dans le terme « inégalités » les deux composantes que sont la concentration des revenus et la concentration du capital. Or d’après Batra, la cause principale des grandes crises est la seule concentration du capital et non celle cumulée des revenus et du capital.

En second lieu, tout en produisant certaines statistiques ponctuelles sur la concentration du capital, Piketty ne fournit pas de série statistique longue sur ce point. Par contre, une série statistique longue, de 1810 à 1983, est communiquée par Ravi Batra.

Celle-ci, complétée par les informations plus récentes de Piketty, fait apparaître les pics de concentration du capital en fonction des années. Elle montre bien qu’il n’y a eu que deux concentrations exceptionnelles du capital. La première se situait en 1929 : 1% des américains détenaient alors 36,3% du capital, au lieu, par exemple, de 26% en 1956. 

La seconde s’est produite  – est-ce l’effet du hasard ? – en 2007, date de la seconde grande crise économique. En 2010, la concentration du capital se situait encore à un niveau très voisin de celle de 1929, soit 35%

Les troisième et quatrième raisons sont qu’en tant qu’économiste pur, Piketty ne tient compte ni des phénomènes sociologiques que sont les « cycles sociaux », ni des phénomènes psychologiques d’opinion tels que ceux-ci sont véhiculés par internet, deux points essentiels sur lesquels je reviendrai ci-après.

Pour l’ensemble de ces quatre raisons, je maintiens, avec Ravi Batra, que la concentration excessive du capital est bien la cause profonde, la cause mère des grandes crises économiques. Ne peut-on d’ailleurs être surpris que Piketty ne fasse aucune référence à ses deux illustres prédécesseurs sur ce point essentiel ? 

2.2. Ravi Batra : la concentration excessive des richesses cause profonde des grandes crises économiques

Selon Thomas Piketty :

  • En 2010, 1% des américains possèdaient 35% du patrimoine américain et 10% se partageaient 70%. Ces 35% enregistrés en 2010 sont à rapprocher des 36,3% de la crise de 1929 – cf. 2.1).)
  • 1% des américains captaient 20% de l’ensemble des revenus annuels US et 10% en captaient 50%.

Autrement dit, 90% des américains ne se partageaient que 30% du patrimoine et 50% des revenus !

Malgré quelques variantes, on retrouve globalement les mêmes inégalités dans la plupart des pays.

Il serait trop long de rappeler ici les relations de cause à effet qui existent, selon Ravi Batra, entre cette concentration excessive des richesses, notamment du capital, et la genèse des grandes crises économiques. L’idée générale est que la captation croissante de la majeure partie des richesses par une petite minorité est la cause de l’appauvrissement croissant de la majeure partie de la population ce qui, in fine, génère les crises. Piketty admet lui-même, en nuançant ses propos restrictifs cités plus haut que :

« La hausse des inégalités a eu pour conséquence une quasi-stagnation du pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes aux Etats-Unis, ce qui n’a pu qu’accroitre la tendance à un endettement croissant des ménages modestes »

Or, nous avons vu que les auteurs d’Afterschock mentionnent l’endettement des ménages comme l’une des six bulles susceptibles d’éclater et de déclencher une nouvelle crise. 

Si Ravi Batra a quelque peu anticipé la crise de 2008, la description prévisionnelle qu’il en fait en 1983 correspond très exactement au déroulement de celle-ci : frénésie spéculative touchant l’ensemble des actifs et générant des bulles, éclatement de ces dernières, faillites de grandes banques, krach des actions, de l’immobilier et des matières premières, refuge des investisseurs dans l’obligataire et l’or, intervention massive des banques centrales, lesquelles inondent le système monétaire de liquidités.

Last but not least, Ravi Batra insiste sur le fait que, pour des raisons bien précises qu’il serait trop long de rappeler ici, la crise sera déflationniste, ce qui s’est tout à fait vérifié trente-trois ans plus tard. C’est aussi, nous le verrons, l’opinion du professeur Fekete, au moins dans une première phase du cycle.

2.3. La loi des cycles sociaux, les cycles économiques et la concentration excessive des richesse

Selon Ravi Batra, la concentration excessive des richesses est indissociable de ce qu’il définit, à la suite de l’école économique indienne et de son maitre Sarkar, comme « la loi des cycles sociaux », cycles dans lesquels s’inscrivent eux-mêmes les cycles économiques. 

L’idée générale est que la nature humaine ne change pas au fil des siècles mais que les comportements changent en fonction des circonstances et qu’à circonstances similaires on retrouve des comportements similaires.

Selon Ravi Batra on peut distinguer quatre ères successives en fonction des circonstances et des comportements. Je reprendrai ci-dessous les propos de Batra pour décrire chacune de ces ères.

2.3.1. L’ère des travailleurs 

«  A quoi reconnait-on l’ère des travailleurs ? La société laborieuse souffre d’une absence totale de commandement et d’autorité. Ses prétendus dirgeants sont devenus si égocentriques et si cupides que la majorité de la population, suivant leur exemple, manifeste une mentalité dominée par le pur instinct, l’avidité et l’égoïsme. L’ère des travailleurs se caractérise par une quasi-anarchie, une absence d’ordre social. Les liens familiaux sont pratiquement inexistants, les gens méprisent les valeurs traditionnelles ainsi que l’art, la moralité a presque disparu, les hors la loi foisonnnent et l’esprit matérialiste imprègne la société jusqu’à la moelle »

2.3.2. L’ère des guerriers 

« L’ère des guerriers, en termes de structures politiques et sociales, est complètement différente de celle des travailleurs. Là, en effet, l’armée, conduite par le dictateur (roi, empereur ou président) dirige le gouvernement ainsi que la société. Centralisée, l’autorité politique prend la forme d’un pouvoir absolu. La population est extrêmement disciplinée, les liens familiaux engagent moralement l’individu, Les femmes sont respectées. Intellectuels et propriétaires inspirent un certain respect, mais n’ont pas leur mot à dire dans la conduite des affaires d’état. Quand aux travailleurs, ils  réalisent des travaux physiques pour la classe guerrière et, au stade final de cette période comme, d’ailleurs, à celui de toutes les autres ères, ils sont impitoyablement exploités ».

2.3.3. L’ère des intellectuels

« Par leur nature même, les gouvernements despotiques de l’ère des guerriers sont instables. En effet, aucun peuple ne peut tolérer très longtemps un pouvoir imposé par le fer et par le feu. Conscients de ce fait, ils ressentent le besoin de justifier leur autocratie. Ils se tournent alors vers les intellectuels qui leur apportent un précieux appui en éléborant d’habiles théories légitimant l’autorité absolue des dirigeants sur leur peuple. Ainsi naquirent des concepts tels que l’infaillibilité des rois ou la monarchie de droit divin ».

 2.3.4. L’ère des propriétaires

« Aucun système irrationnel ou illogique ne peut subsister éternellement. La toile tissée par les intellectuels autour des autres classes de la société commence bientôt à se relâcher et le peuple comprend à quel point il est manipulé…On assiste parmi les intellectuels eux-mêmes à bon nombre de conflits et de batailles doctrinales. Ceux qui en sortent vaincus entreprennent aussitôt d’accumuler les richesses pour compenser leur déchéance intellectuelle… Ainsi nait une nouvelle classe, totalement obsédée par l’argent : celle des propriétaires » A mesure que le temps passe, les riches accumulent des fortunes de plus en plus considérables. L’ère des propriétaires évolue alors graduellement vers l’anarchie qui caractérise l’age des travailleurs. Les choses de dégradent à tel point qu’intellectuels et guerriers, mécontents, en arrivent finalement à se rebeller. Avec l’aide des travailleurs, ils vont mettre fin au règne des propriétaires. Peu après, les guerriers insurgés prendront le dessus et la civilisation repartira dans l’engrenage des cycles sociaux ».

2.3.5. L’ère actuelle : une ère mixte propriétaires/travailleurs précédant celle des guerriers  

« Aujourd’hui, notre société traverse une autre ère de propriétaires / travailleurs. C’est pourquoi elle est le thêatre de tant de conflits entre puissantes entreprises et syndicats, ce qui ne manque pas de rappeler les conflits qui opposèrent  propriétaires et paysans à l’époque féodale. C’est aussi la raison pour laquelle notre société connait tant de problèmes de criminalité, de drogue, d’alcoolisme, sans parler de l’esprit matérialiste qui l’anime et du malaise général qu’elle ressent aujourd’hui. 

Cet état de choses ne peut subsister très longtemps. Les conflits sociaux de l’Occident iront croissant jusqu’à ce que la mentalité des propriétaires soit éliminée en tant que force dominante. La société passera alors à une ère de guerriers ».

2.4. Un fait nouveau, capital, ignoré des trois auteurs : « l’internetisation » des crises. 

Aucun des trois auteurs cités ne fait état de ce fait nouveau, capital car très amplificateur, qu’est « l’internetisation » des crises. Il est vrai que lorsque les ouvrages de Lundberg et Batra ont été publiés l ‘internet n’existait pas.

Lorsque j’avais analysé la crise de 2008 j’avais déjà pu constater que l’on trouvait sur internet beaucoup plus d’informations sur celle-ci que dans la presse papier, et ce d’une bien meilleure qualité.

Mais ce n’est pas là le point le plus important. La crise de 2008 a entrainé, au fil des années, un fort ralentissement de l’économie mondiale, le taux de croissance de celle-ci ayant chuté, grosso modo, de moitié.

Ce ralentissement de la croissance a généré, par contrecoup, un fort accroissement du chômage, de la précarité et de la pauvreté, et par voie de conséquence du sentiment d’injustice, par rapport aux happy few des 1% ou 10% de la population mondiale.

Ce sentiment profond d’injustice est lui-même très fortement diffusé, relayé, partagé et amplifié par les réseaux sociaux. Il n’est que de lire à ce sujet les propos souvent très violents figurant dans une multitude de blogs.

Les réseaux sociaux sont utilisés parallèlement pour susciter des manifestions de contestation comme celle des « Indignés » et d’ « Occupy Wall Street  » en 2011 ou celle de « La nuit debout » en 2016.

Un journaliste intervenant récemment dans l’émission TV « C’dans l’air » a même qualifié la situation d’insurrectionnelle. L’un des slogans scandés par les manifestants contre la « Loi travail » n’est-il pas « Révolution ! Révolution ! Révolution ! » ? Et que dire de l’immense retentissement de l’affaire des « Panama papers » ?

On ne peut s’empècher de rapprocher l’évolution actuelle de la société de celle de l’ère des propriétaires / travailleurs qui est décrite par Ravi Batra  (cf. 2.3.4. et 2.3.5.).

III – Un cycle de Kondratiev parfait : inflationniste (1945/1981), puis déflationniste (1982/2020)

Le cycle de Kondratiev 1945-2020 

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A première vue, déflation et inflation semblent aussi opposées que le nord et le sud ou l’eau chaude et l’eau froide. En théorie, inflation et déflation sont des phénomènes de long terme qui se succèdent mais ne se produisent pas ensemble.

Les travaux du professeur américain Antal E. Fekete, mathématicien et économiste, spécialiste de renommée mondiale en matière de politique monétaire démontrent cependant que l’on pourrait bien avoir l’une et l’autre presque simultanément, voire tout à fait.

Les deux principaux ingrédients nécessaires sont, depuis la crise de 2008, au stade avancé de la fabrication. Il s’agit des deux politiques contradictoires menées par les banques centrales depuis cette date : d’une part la baisse artificielle, sans relation avec l’économie réelle, des taux d’intérêt, baisse qui est nous le verrons déflationniste et d’autre part, à l’inverse, l’utilisation immodérée de la planche à billet numérique qui, elle, est inflationniste.

Comme le dit bien le professeur Fekete

« The money supply will split up tectonically in two parts : one part will continue to inflate at an accelerating pace but the other will deflate »

C’est le très grand mérite du professeur Fekete d’avoir synthétisé les caractéristiques essentielles de ces deux phénomènes très complexes que sont la déflation et l’inflation. Il l’a fait dans une série d’articles publiés sur son site internet (www.professorfekete.com/articles.asp), articles dont on trouvera en fin de propos les références.

Mais avant d’examiner ces deux phénomènes et leurs manifestations concrètes, il nous semble indispensable de rappeler quel en est le contexte macro-économique. Les trois principales découvertes du professeur Fekete sur ce sujet sont :

  • La mise en évidence, en relation avec le cycle de Kondratiev, de l’alternance de cycles inflationnistes et déflationnistes de très long terme c’est-à-dire d’une trentaine d’année chacun
  • Le basculement des investisseurs depuis les matières premières en période inflationniste vers le marché obligataire en période déflationniste.
  • L’action prépondérante de la spéculation au cours de ces deux cycles.

3.1. L’alternance de cycles inflationnistes et déflationnistes de long terme

Cette alternance apparait très clairement dans le dernier cycle de Kondratiev lequel est représenté sur le graphique situé en tête de cette troisième partie du présent article. Ce cycle a commencé à la fin de la deuxième guerre mondiale, en 1945, et il devrait se terminer d’ici 2020.

Le graphique représente l’évolution de trois facteurs : le taux d’intérêt à dix ans (Ten years T bond), l’inflation et le PIB de 1954 à 2014, sachant que les périodes antérieures à 1954 et postérieures à 2014 suivent exactement les mêmes tendances, haussières puis baissières. Ce graphique concerne les Etats-Unis mais il est transposable à tous les pays développés.

On constate que de 1954 à 1981 le taux d’intérêt à 10 ans US n’a cessé, globalement, de croître passant d’un plus bas de 2,40% début 1954 à un plus haut de 13,91% début 1981. A l’inverse, depuis 1981 il n’a cessé de baisser passant de 13 % début 1982 à 1,87% le 18 mars 2016.

3.2. Le basculement des investisseurs depuis les matières premières en période inflationniste vers le marché obligataire en période déflationniste

Selon le Professeur Fekete, en période inflationniste et/ou en cas de crise, les investisseurs se réfugient dans les produits durables tels que les matières premières, l’immobilier, les objets d’art et de collection ainsi que les métaux précieux. En période d’inflation, cash is death !

A l’inverse, en période déflationniste les investisseurs fuient les biens durables puisque, par définition, les prix de ces biens ne cessent de baisser. Les investisseurs ont donc tout intérêt à demeurer liquides, en étant investis en obligataire, de manière à pouvoir tirer le meilleur profit des baisses de prix ultérieures. Cash is king !

3.3. L’action prépondérante de la spéculation au cours des deux cycles.

Le professeur Fekete ne cesse d’insister sur le fait que l’action de la spéculation est prépondérante dans le fonctionnement des marchés financiers, ce qui est tout à fait naturel et logique ces marchés étant essentiellement des marchés de professionnels. Les particuliers ne représentent qu’une toute petite fraction des intervenants.

Voici ce que dit le professeur en ce qui concerne le rôle essentiel de la spéculation dans les cycles déflationnistes et inflationnistes :

« Note the role of speculation in all this. Speculators are prominent in both the inflationary phase in which they go long in the commodity and short in the bond market, as well as in the deflationary phase in which long and short legs are switched around…Speculators do arbitrage between the bond and commodity markets…Deflation can be characterized as an irresistible money-flow from the commodity to the bond markets, DRYING UP ALL RESOURCES OUTSIDE OF THE BOND MARKET. 

Dans la plupart des pays, les pouvoirs publics ne se plaignent-ils pas de ce que les immenses liquidités générées par les banques centrales n’atteignent que très partiellement l’économie réelle ?

Une autre explication est qu’en période de crise entreprises et particuliers accroissent leur épargne et restreignent leur consommation. Ils n’ont donc pas besoin de crédits, fussent-ils proposés à des taux très bas. On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif !

En conséquence, ces immenses liquidités se concentrent pour une part importante principalement sur les actifs financiers tels que les actions ou les obligations.

IV – Un facteur exponentiellement déflationniste : la baisse des taux d’intérêt 

Nous venons de voir que le cycle de Kondratiev se divise, dans le temps, en deux parties : une partie inflationniste, dans le cas présent celle des « trente glorieuses » et une partie déflationniste dans laquelle nous sommes entrés depuis 1982.

Ce fonctionnement « naturel » du cycle de Kondratiev correspond au fonctionnement « naturel » de l’économie.

Ainsi les « trente glorieuses » étaient-elles, entre autres, la résultante de différents facteurs inflationnistes : période de reconstruction de l’après-guerre, baby-boom, industrialisation, urbanisation, innovation.

A l’inverse parmi les différents facteurs expliquant la partie déflationniste actuelle du cycle on peut citer le vieillissement de la population, l’accroissement de la concurrence dû à la mondialisation, les très importants gains de productivité générés pas l’économie numérique.

Mais, ces facteurs « naturellement » très déflationnistes sont fortement amplifiés par le facteur puissamment déflationniste qu’est la baisse, artificielle, des taux d’intérêt.

Je rappellerai rapidement tout d’abord le mécanisme déflationniste généré par la baisse artificielle des taux d’intérêt. Ce mécanisme est analysé dans de nombreux articles du professeur Fekete et je l’ai décrit dans un précédent article : « 2016 – Tsunami déflationniste et krach mondial des actifs » :

La baisse exponentielle, artificielle, des taux d’intérêt entraine la destruction exponentielle du capital et l’accroissement exponentiel de la dette.

4.1. La destruction exponentielle du capital générée par la baisse exponentielle des taux d’intérêt 

Le principe de cette destruction exponentielle du capital est très simple et chacun peut en faire l’expérience : chaque fois que les banques centrales divisent les taux d’intérêt par deux, le capital nécessaire pour réaliser un investissement est multiplié par deux. C’est que démontre le tableau ci-après :

X-HISTORIQUE-DES-TAUX-DIRECTEURS-DE-LA-BCE-tableau

La première ligne du tableau ci-dessus montre qu’en octobre 2008, lorsque le taux directeur de la BCE s’élevait à 3,75 %, il ne fallait qu’un capital de 40 000 € pour générer un revenu annuel de 1500 €.

Mais la dernière ligne montre que le 10.09.14 date de la dernière baisse des taux de la BCE : 0,05 % ce n’est plus 40 000 € qu’il fallait pour générer ce maigre revenu de 1500 €, mais bel et bien 3 000 000 d’euros ! Oui, vous avez bien lu : trois millions d’euros ! Faites vous-même le calcul si vous ne me croyez pas !

Pire encore, on remarque, en confirmation des observations du professeur Fekete, que chaque fois que les taux sont divisés par deux, le capital nécessaire à l’obtention de ce revenu de 1500 € double !

Ainsi lorsque le taux est passé de 2 % le 21/09/09 à 1 % le 14/12/11 le capital nécessaire est passé de 75 000 € à 150 000 €.

De même entre le 14/12/11 (taux 1 %) et le 8/05/13 (taux 0,50 %) le capital nécessaire est passé de 150 000 à 300 000 euros.

Et du 8/05/13 (taux 0,50 %) au 13/11/13 (taux 0,25 %), soit en seulement six mois, le capital est passé de 300 000 € à 600 000 € !

Il y a donc bien destruction exponentielle du capital.

 4.2. L’intervention des banque centrales fausse de manière très importante le fonctionnement normal des marchés

On sait que, normalement, les taux d’intérêt doivent fluctuer de manière « naturelle » c’est-à-dire en fonction des fluctuations de l’offre et de la demande de biens ou de services.

Les banques centrales ne doivent intervenir qu’en cas de déséquilibre, soit pour relancer par la baisse des taux une économie faiblissante, soit pour freiner par la hausse de taux une économie en surchauffe.

Mais depuis la crise de 2007/2008, l’intervention des banques centrales n’a plus aucune commune mesure avec le fonctionnement normal des marchés du fait de l’injonction massive de liquidités dans le système monétaire, notamment sous la forme du « quantitative easing ».

Les professionnels des marchés financiers disent même couramment que : « Il n’y a plus de marché». Le jeu normal de l’offre et de la demande est complètement faussé par cette surabondance de liquidités qui, théoriquement, devait relancer l’activité économique.

Théoriquement, car dans les faits chacun peut constater que l’économie mondiale peine à redémarrer.

De plus, par un effet pervers, ces baisses provoquent des bulles de la plupart des actifs, à commencer, bien évidemment, par celui du marché obligataire, mais aussi celui des actions, de l’immobilier, des objets d’art et de collection.

Ces bulles sont très fragiles car elles reposent le plus souvent sur le fil du rasoir de l’effet de levier et ne demandent qu’à éclater. Le rasoir est celui des fortes chutes de cours d’actifs telles que celles que l’on a pu observer début 2016.

4.3. La grande difficulté qu’ont aujourd’hui les investisseurs pour trouver des investissements rentables et surs

Le tableau du paragraphe 4.1. illustre parfaitement la réalité concrète que tout investisseur, institutionnel ou individuel, peut constater chaque jour : il est aujourd’hui très difficile de trouver des investissements qui soient à la foi rentables et surs.

La plupart des produits financiers proposés à la clientèle privée n’obtiennent, au mieux, que des rendements se situant entre 2 et 2,7 %, rendements qui pourraient même devenir négatifs si les banques centrales appliquent des taux du même nom.

Les tentatives qui ont été faites par les investisseurs institutionnels pour obtenir des rendements plus élevés soit, par exemple, en intervenant dans les pays émergents soit en souscrivant des obligations d’entreprise dites à haut risque se sont soldées par des échecs. La marée déflationniste emporte tous les bateaux qu’il s’agisse du denier trimaran de course ou du rafiot d’ostréiculteur ! Il en est de même, dans l’autre sens, en ce qui concerne la marée inflationniste.

Cette illustration par les chiffres met bien en évidence la gigantesque destruction de capital générée par la folle baisse des taux d’intérêt. Destruction qui se répercute en premier lieu sur le premier moteur de l’économie : l’investissement, et parallèlement sur le second : la consommation. D’où la déflation.

4.4. L’accroissement exponentiel de la dette généré par la baisse exponentielle des taux d’intérêt

4.4.1. Chaque fois que les banques centrales réduisent les taux d’intérêt de 50%, le poids de la dette double 

Le second point soulevé par le professeur Fekete est le fait que chaque fois que les banques centrales réduisent les taux d’intérêt de moitié le poids de la dette double, de la même manière qu’en ce qui concerne les marchés obligataires le prix des obligations varie en sens inverse des taux d’intérêt.

Cette croissance exponentielle de la dette est elle aussi, on le conçoit, un puissant facteur de déséquilibre économique et notamment de déflation. L’argent qui est investi dans le remboursement de celle-ci ou dans le paiement des intérêts ne l’est pas dans l’économie.

Ce phénomène est résumé dans un article du professeur Fekete, datant du 13/02/2000, article intitulé : Growth and debt : is there a trade-off ?

« Burden of debt. The liquidation value of debt is the amount that would liquidate it here and now.It obviously depends on the rate of interest. The liquidation value of total debt is inversely proportional to the prevailing rate of interest. In particular, halving the rate of interest by the central bank is equivalent to doubling the liquidation value of total debt« . In case of a serial halving of the rate of interest from 4 to 2, from 2 to 1, from 1 to ½, from ½ to ¼ per cent, etc. etc, the liquidation value will be multiplied 2-fold, 4-fold, 8-fold, 16-fold, 32 fold, etc 

Le Trésor Public de chaque état émet, pour financer ses besoins de toutes sortes, des emprunts obligataires. Il est clair que les taux auxquels sont proposés ces emprunts sont conditionnés par les taux directeurs en vigueur des banques centrales. Le taux de l’emprunt proposé doit nécessairement être inférieur au taux directeur. Il serait pour un état suicidaire que le Trésor Public propose un taux de 5 % alors que le taux directeur est de 1 % !

On sait par ailleurs que le prix des obligations est inversement proportionnel au taux d’intérêt et on retrouve dans ce cas la progression exponentielle chère au professeur Fekete. Par exemple, en théorie et très schématiquement, en ne tenant compte ni de la durée de l’obligation ni du paiement du coupon annuel, pour assurer un rendement annuel de 15 €, le prix de l’obligation correspondante devrait être de 300 € pour un taux de 5 %, de 3000 € pour un taux de 0,5 % et de 30 000 € pour le taux directeur actuel de 0,05 %.

Ainsi, en reprenant l’exemple ci-dessus, une banque nationale qui aurait acheté, sur la base d’un taux d’intérêt de 5% une obligation de 300 € générant un rendement annuel de 15 € pourrait théoriquement la revendre sans risques quelques mois plus tard à la banque centrale au prix de 30.000 € sur la base d’un taux de 0,05% !

N’en déplaise au professeur Fekete, on sait que dans la réalité les choses se passent différemment et que la hausse est très inférieure. Il reste que le marché obligataire n’e s’est jamais situé à un niveau aussi élevé depuis trente cinq ans.

D’après le professeur Fekete, les énormes liquidités générées par ce système ne sont pas perdues pour tout le monde. Une partie relativement importante n’irrigue pas l’économie mais est utilisée à des fins spéculatives, d’où toutes les bulles financières que chacun peut constater. Comme le dit plaisamment le professeur :

« Money goes where there is fun » !

4.4.2. Les banques centrales sont dans la position de l’arroseur arrosé.

La BCE et les autres banques centrales se trouvent donc dans la position de l’arroseur arrosé : elles achètent des obligations, émises par les Trésors Publics, obligations dont le prix stratosphérique a été fixé en fonction des taux directeurs minimalistes fixés par les banques centrales elles-mêmes !

Le hic est que le remboursement des dettes souveraines par les banques centrales et par les états est étroitement corrélé à la croissance économique.

Or, le ralentissement de la croissance mondiale auquel on assiste actuellement, malgré les injections massives de liquidités dans le système monétaire par les banques centrales, ne permet plus d’assurer le règlement des dettes, ne serait-ce que les intérêts.

La situation actuelle de la France à ce sujet n’est-elle pas l’illustration, mutatis mutandis, de la situation mondiale, à quelques exceptions près ?

V – Les effets actuels très destructeurs et omniprésents de la déflation 

La destruction exponentielle du capital et l’accroissement exponentiel de la dette affectent, bien entendu tous les acteurs de l’économie : états, banques centrales, banques nationales, entreprises, salariés.

5.1. Les états et les banques centrales

Apparemment, chaque baisse des taux d’intérêt facilite le remboursement de la dette par les états. Mais ce n’est qu’une apparence, qui ne concerne que le court terme. A moyen ou long terme, comme nous l’avons vu plus haut, lorsque les taux d’intérêt chutent de moitié, le montant de la dette augmente d’autant. Sur la base d’un taux d’intérêt de 0,5% il faut deux fois plus de capital pour générer le même rendement que lorsque le taux d’intérêt s’élevait à 1%.

Ceci est contre intuitif. Mais on mesure mieux la pertinence de ce calcul si l’on se place dans l’hypothèse d’une hausse des taux d’intérêt. Tôt ou tard les taux d’intérêt, anormalement bas aujourd’hui, remonteront. En inversant l’hypothèse ci-dessus, c’est-à-dire en se basant sur l’augmentation d’un taux d’intérêt de 0,5% à 1%, force sera de constater que la charge de la dette sera multipliée par deux.

Ce qui vaut pour les états vaut également pour les banques centrales et pour tous les autres agents économiques.

5.2. Les banques nationales (banques de dépots, banques d’affaires)

Compte tenu de la baisse continue des taux d’intérêt le « pouvoir d’achat » du capital des banques nationales ne cesse de décroître de même que celui des dépôts de leurs clients.

On remarque à ce sujet que les banques nationales ne se sont jamais vraiment remises de la crise de 2008. Non seulement le cours de leurs actions ne s’est relevé que de moitié environ depuis leur effondrement lors de cette crise, mais il a de plus encore fortement chuté au début de 2016, de plus de 30%.

Aujourd’hui, comme en 2008, les intervenants économiques demeurent inquiets en ce qui concerne la santé des banques.

N’est-il pas étrange que le 4 janvier 2016 une réglementation européenne ait autorisé les banques, en cas de faillite, à rembourser leur dette par prélèvement sur les comptes de leurs clients, et ce à partir de 100.000 € ? N’oublions pas le précédent de Chypres.

5.3. Les entreprises

Il est clair qu’au premier abord la baisse des taux d’intérêts favorise les entreprises. Mais en raison du ralentissement de l’économie généré par la déflation, ralentissement qui fragilise lui même les banques, banques dont la marge de manoeuvre est elle même réduite par la baisse des taux d’intérêt, ces banques deviennent beaucoup plus sélectives en ce qui concerne l’octroi de crédits aux entreprises. De la même manière, en cas d’emprunt obligataire émis par des entreprises les prêteurs sont eux-aussi beaucoup plus sélectifs.

Le développement des entreprises est ainsi fortement freiné, ce qui entraîne le ralentissement de la croissance, ralentissement qui suscite lui-même une guerre des prix et une chute de la rentabilité.

Les autorités monétaires et les pouvoir publics ne cessent de se plaindre de ce que les énormes liquidités injectées dans le système monétaire par les banques centrales se dirigent essentiellement vers l’épargne et peu vers les investissements. Cherchez l’erreur…

5.4. Les salariés.

Les salariés sont eux-mêmes doublement victimes des difficultés financières rencontrées par les entreprises, d’une part par la baisse des salaires que ces dernières pratiquent en raison de ces difficultés et d’autre part par la difficulté accrue qu’ils rencontrent à épargner et à se constituer un capital.

VI – Le comportement actuel des investisseurs en fonction de l’évaluation du risque 

6.1. John Exter’s inverted pyramid of assets

Selon le professeur Fekete et d’autres auteurs plus célèbres, l’inflation est comme la déflation, principalement un phénomène monétaire. L’inflation est générée par l’expansion de la masse monétaire, la déflation par la décroissance de celle-ci.

Fekete rappelle que la théorie de la monnaie repose sur deux concepts : la quantité de monnaie et la vélocité de cette dernière.

Il ne suffit pas que les banques centrales injectent, comme elles le font actuellement, des quantités astronomique de monnaie dans le système monétaire pour que les agents économiques, entreprises, individus, les utilisent. Je l’ai déja dit, on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, notamment lorsque l’économie est très ralentie et n’incite pas à la dépense. C’est le phénomène de la vélocité de la monnaie.

Ce sont ces quantités astronomiques de monnaie non utilisée, qui ne circulent pas dans le système économique, qui sont à l’origine de la déflation.

Nous avons vu qu’en cas d’inflation les agents économiques fuient la monnaie et se réfugient dans les biens durables. A l’inverse, en risque de déflation, ceux-ci se réfugient, sinon dans la monnaie, tout du moins dans les liquidités, notamment dans le marché obligataire.

John Exter (1910 – 2006) est un économiste américain, qui fut par ailleurs membre de la FED. Il est l’auteur d’une pyramide des investissements en fonction du niveau de sécurité de chacun, pyramide qui porte son nom : John Exter’s inverted pyramid of assets.

 

La pyramide inversée des investissements de John Exter

                                                                                                                         

La pyramide inversée d’Exter comprend 6 niveaux d’investissements allant du plus risqué : les produits dérivés au moins risqué : l’or.

On peut diviser ces 6 catégories d’investissement en 2 sous-catégories, selon qu’il s’agit d’une période de déflation ou d’inflation. Au fur et à mesure que l’on descend dans la pyramide on passe successivement de l’inflation puis à la déflation et des produits les plus risqués (3 catégories) aux produits les moins risqués (3 catégories).

6.2. Le comportement actuel des investisseurs institutionnels en fonction du niveau de risque

Actuellement, les investisseurs institutionnels sont dans une période de grande aversion au risque. Suivant tout à fait le schéma tracé par le professeur Fekete, il ont quitté en masse les matières premières, d’où l’effondrement des cours de ces dernières et se sont reportés en masse sur le marché obligataire souverain, d’ou la forte hausse de celui-ci. On note par ailleurs, dans le même sens, une forte reprise des cours de l’or et un début de reprise de l’immobilier

Plus en détail, on constate que les investisseurs institutionnels se sont éloignés des obligations d’entreprises, notamment high yields, ce qui explique la décision récente de la BCE de racheter aussi ce type d’obligations, en plus de l’obligataire souverain. Une autre raison étant de ne pas assécher le marché obligataire souverain.

On note par ailleurs que les investisseurs institutionnels ont délaissé les marchés d’action des pays émergents après s’y être assez fortement intéressés les années précédentes.

6.3. Attention ! Un risque peut en cacher un autre ! Cash is king ? Cash is death ?

Il faut apporter un gros bémol à la pyramide d’Exter : elle ne tient pas compte du double visage de la politique interventionniste actuelle des banques centrales, politique qui est à la fois, on l’a vu, déflationniste et inflationniste.

Il s’agit là d’une situation tout à fait exceptionnelle, contraire au comportement « naturel » de l’économie et des marchés et par conséquent extrêmement déroutante pour les investisseurs.

« Normalement » nous sommes, on l’a vu, dans la phase finale, hivernale, du cycle de Kondratiev, phase qui est par définition déflationniste. De plus, nous avons vu que, dans le cas présent, ce caractère déflationniste est fortement accentué d’une part par la mondialisation et d’autre part par les gains de productivité générés par la numérisation mondiale de l’économie.

En conséquence toute politique d’investissement devrait être fortement orientée vers des produits protégeant de la déflation, c’est-à-dire les liquidités, de manière à pouvoir tirer parti de la baisse ultérieure des actifs. C’est ce que font de nombreux investisseurs institutionnels en se portant sur l’obligataire souverain.

Mais, parallèlement, nous avons vu que la politique forcenée de baisse des taux d’intérêt pratiquée par les banques centrales est fortement inflationniste. La reprise de l’inflation est ce qu’attendent, comme le Messie, les banques centrales et sans doute bon nombre d’investisseurs. D’où le maintien à un haut niveau, encore récemment, du marché des actions, produit correspondant typiquement à la période inflationniste du cycle de Kondratiev.

Il n’est donc pas du tout étonnant, dans ces conditions, que de nombreux investisseurs se plaignent du manque de visibilité de l’économie et des marchés financiers.

Ce qui est extrêmement significatif aujourd’hui c’est que les efforts désespérés des banques centrales pour éviter la déflation et générer de l’inflation s’avèrent inopérants. Non seulement, tout au moins en Europe, la BCE n’atteint pas son objectif de 2% d’inflation, mais cette dernière est quasi nulle, voire négative. Il est vrai que la situation est un peu différente aux Etats-Unis, ce qui complique encore plus la situation.

En tout état de cause, cet échec de la politique artificiellement inflationniste des banques centrales démontre, s’il en était besoin, que les forces naturellement déflationnistes de l’hiver de Kondratiev sont puissamment à l’œuvre.

Il faut donc, en matière d’investissement, demeurer extrêmement attentif à l’évolution de la situation, sachant que nous sommes dans la phase finale, déflationniste, de l’hiver de Kondratiev mais que nous devrions entrer ensuite dans le printemps d’une nouvelle phase, inflationniste, de ce cycle. Comme toujours en cas de retournement majeur de tendance, le timing sera essentiel et difficile.

VII – 2016 / 2020 – Les 15 détonateurs potentiels d’une crise systémique. 

Tout d’abord je soulignerai le mot « potentiel ». Le pire n’est jamais sûr. Il est encore trop tôt pour savoir si nous nous dirigeons vers l’hiver doux ou vers l’hiver froid de la phase finale du cycle de Kondratiev.

Je ne considère les 15 « détonateurs potentiels » ci-après  que comme autant de « points chauds » à surveiller de très près pour connaitre la direction dans laquelle nous nous engageons.

On a déjà eu, dans le sens de l’hiver glacial, quelques signaux, éventuellement précurseurs. Le plus clair est l’éclatement, très affirmé, de la bulle des matières premières. Nous avons vu que d’après l’économiste Nouriel Roubini, l’éclatement de la bulle des matières premières va de pair, en général, avec celui de l’économie !

Vont dans le même sens, quoique suivies de rebonds, les fortes chutes des marchés d’action à la mi 2015 puis début 2016.

De même on ne peut écarter les quelques « signaux faibles » mentionnés par la B.I.S. en ce qui concerne le marché obligataire avec la cessation brutale, début 2016, de l’activité de quatre fonds orientés vers ce marché. (cf. 7.1.5.)

Mais, à l’inverse, à la fin mars 2016, le très fiable Economic Cycle Research Institute, tout en prévoyant un ralentissement de l’économie US en 2016 et peut être en 2017, ne prévoyait pas de récession.

De même Market Cycle Dynamics persiste de mois en mois dans son scenario de l’hiver doux. 041116_0824_20162020L9.jpg

Peut-être l’éventuelle future crise sera-t-elle déclenchée par un évènement imprévu, un « Black Swan » non répertorié dans ces quinze détonateurs ? Je n’y crois pas trop en raison du précédent récent de la crise de 2008, dont celle de 2016 ne serait que la réplique.

Nous avons vu que la crise de 2008 a été provoqué par l’éclatement de bulles économiques et financières parfaitement repérées par certains économistes. Or ces bulles sont, on l’a vu, toujours présentes, sauf celle des matières premières, en ce début 2016.

J’ai regroupé dans les tableaux ci-dessous ces quinze « détonateurs » en trois catégories :

  • Les facteurs macro-économiques
  • Les facteurs géopolitiques
  • Les facteurs financiers

 

7.1. LES FACTEURS MACRO-ECONOMIQUES  Observations
7.1.1 La défiance croissante dans l’action des banques centrales  Cette défiance existe déjà. Si, faute de résultats à brève échéance, elle devait s’aggraver cela pourrait avoir de graves conséquences économiques et financières, notamment sur les marchés d’action lesquels sont artificiellement soutenus par la baisse artificielle des taux d’intérêt pratiquée par les banques centrales. 
7.1.2. La récession économique aux Etats Unis et dans d’autres pays  La bonne situation économique des US fait penser au dernier caisson étanche du Titanic ! Si celle-ci ne tient pas…Mais à ce jour il n’y pas de prévision de récession en ce qui concerne ce pays encore que l’ECRI (1) prévoit un ralentissement. 
7.1.3. La guerre des monnaies (dévaluations compétitives)  Comme le protectionnisme, la guerre des monnaies sous la forme de dévaluations non organisées peut déstabiliser le système financier mondial 
7.1.4. La crise des liquidités 

Dans les marchés tendus les investisseurs sont tous placés sur les actifs les plus liquides et les plus surs, cad sur les obligations d’état. Il en ressort une crise de liquidités sur les obligations d’entreprise. 

Par ailleurs à la suite de la crise de 2008, la législation sur les banques a été durcie. Celles-ci, notamment, ne peuvent plus spéculer pour compte propre. Ces acteurs importants de la régulation du marché ont donc disparu. 

7.1.5. Le défaut d’un état, d’une banque ou d’une grande entreprise 

Le dernier communiqué (6/03/16) de la B.I.S. (Bank for international settlements) indique que 4 fonds obligataires importants ont dû cesser, en catastrophe, toute activité. 

Cela ne rappelle-il pas le début de 2007 et les difficultés de la banque Bear Sterns ? 

Par ailleurs certains états pétroliers sont en état de faillite.

 

7.2. LES FACTEURS GEOPOLITIQUES Observations
7.2.1.Le Brexit

Le retrait de la Grande Bretagne de l’Union Européenne pourrait non seulement entrainer une baisse de l’activité économique et des marchés financiers mais aussi provoquer un effet domino dans ces marchés et par contrecoup dans l’ensemble du système monétaire.

7.2.2. La multiplication de la fréquence des attentats

 

Selon certains observateurs nous assistons à un changement de dimension de l’action du terrorisme avec la multiplication géographique des attentats.

Si à cette multiplication spatiale s’ajoutait une multiplication de leur fréquence, ne pourrait-on pas craindre de graves conséquences politiques, économiques et sociales ?

7.2.3. Les crises démographiques et migratoires

Le ralentissement de l’économie occidentale serait en partie dû au vieillissement de la population.

Par ailleurs, dans son livre « Immigration : la catastrophe. Que faire ? » l’auteur, Jean-Yves le Gallou, aborde l’immigration sous ses aspects négatifs : économique, social, éducatif, culturel, sécuritaire, institutionnel, politique, historique, religieux, géopolitique etc.

7.2.4. L’arrivée au pouvoir de partis extrême gauche ou d’extrême droite ayant des politiques protectionnistes

Le développement du terrorisme et de la crise migratoire favoriseraient l’accès de ces partis au pouvoir, notamment ceux d’extrême droite ?

Les politiques protectionnistes que préconisent ces partis ont été l’une des principales causes de l’aggravation de la crise de 1929

 

7.3. LES FACTEURS FINANCIERS Observations
7.3.1. Le krach des produits dérivés

Il ne s’agirait pas à proprement parler d’un krach mais du défaut de l’une des quelques grandes banques d’affaires qui animent ce marché, comme en 2008. Ce marché a cru de plus de 450% depuis 2008.

7.3.2. La hausse de la volatilité

La forte volatilité des cours est un indicateur de grande inquiétude des marchés lesquels ne savent dans quelle direction ceux-ci vont évoluer : hausse ou baisse. Ce n’est évidemment pas un « détonateur » à proprement parler mais la manifestation de cette inquiétude

7.3.3. Le krach des marchés d’actions

Le krach des marchés d’action est le plus probable compte tenu d’une part des deux alertes de 2015 et de janvier 2016 et d’autre part de l’affaiblissement de leur principal et artificiel soutien : l’action des banques centrales. Ce krach pourrait avoir un effet domino sur les autres marchés.

7.3.4. Le krach du marché obligataire

Le marché obligataire qui, avec la baisse artificielle des taux d’intérêt a atteint des niveaux historiques est à la merci d’une hausse des taux d’intérêt.

Différents experts font état de difficultés croissantes d’intervention sur ce marché qui constitue la principale bulle financière. Les investisseurs ne peuvent plus écouler de gros « paquets » d’obligation et sont obligés de procéder par petites doses.

Il y a déjà eu des alertes en 2015 avec les high yields, les corporatate bonds et le défaut de certains fonds obligataires.

N’est-il pas significatif que la BCE dans sa réunion de mars 2016 ait prévu la possibilité de racheter les obligations d’entreprise ?

7.3.5. Le krach de l’immobilier, notamment en Chine La bulle immobilière de la Chine est la plus importante de toute l’histoire de l’économie mondiale.
7.3.6 La forte hausse du cours de l’or métal

L’or demeure la valeur refuge en dernier ressort. La forte croissance du cours  l’or à partir de 2001, dans la phase finale du cycle de Kondratiev, près de 700% au plus haut, avec une forte accélération à partir de 2008, n’est-elle pas le signe d’une inquiétude croissante en ce qui concerne la solidité des monnaies fiduciaires ?

 
 
Synthèse & conclusion : le fil du rasoir des quatre grandes alternatives des années 2016-2020 
 

1.Un hiver de Kondratiev doux ou un hiver glacial ?

Nous avons vu qu’il est encore trop tôt pour se prononcer sur cette question essentielle.

Selon l’Economic Cycle Research Institute, la situation économique actuelle des Etats Unis, dernier caisson étanche du Titanic de l’économie mondiale, ressemblerait plus à celle de la déflation à la japonaise qu’à celle de la période antérieure à la crise de 1929.

Nous nous dirigerions donc vers un hiver de Kondratiev doux, ce qui ne signifie pas qu’il n’y aurait pas quelques périodes de grands froids. C’est aussi l’opinion du spécialiste de l’étude des cycles économiques de long terme qu’est Market Cycle Dynamics.

Quoi qu’il en soit, l’opinion d’économiste chevronnés tels que le professeur Fekete et les auteurs des différentes versions d’Aftershock, économistes qui sont parmi les rarissimes à avoir prévu la crise de 2008, est que tous les ingrédients sont réunis pour qu’une nouvelle crise, aussi violente sinon plus que celle de 2008, éclate.

Ces ingrédients sont, on l’a vu, l’existence d’une dizaine de bulles économiques et financières. Ces bulles sont très fragiles car, d’une part, elles n’ont pas été générées par le fonctionnement normal de l’économie réelle mais par la baisse artificielle des taux d’intérêt organisée par les banques centrales depuis 2008. D’autre part elles reposent, comme toute bulle, sur l’effet de levier, lequel est en général dévastateur en cas de retournement de tendance.

Or, comme le dit bien John Kenneth Galbraith, économiste célèbre pour ses analyses des causes des  grandes crises économiques et financières, notamment celle de 1929 :

« Les bulles financières éclatent toujours, et ce à grand fracas » !

2. Qu’il soit doux ou glacial, un hiver court ou bien un hiver long ?

Tout dépend de la date à laquelle on fixe le début de la crise : soit 2008 avec l’éclatement des bulles, la faillite de grandes banques, le krach de l’immobilier aux Etats-Unis et dans d’autres pays, celui des marchés d’actions et des matières premières, le début de la politique de liquidités des banques centrales ; soit la mi 2015 avec le krach de la bourse chinoise, suivi début 2016 par la forte chute des marchés d’actions.

A mon avis, les chutes des bourses en 2015 et 2016 ne sont que des répliques, une continuation de la crise de 2008. Le début des grandes crises est illustré en général par trois phénomènes principaux : une frénésie spéculative, la constitution de bulles financières suscitées par cette frénésie et l’éclatement de ces bulles. Ces trois éléments étaient bien réunis, on l’a vu, en 2007/2008.

Par ailleurs, depuis l’éclatement de cette crise, la croissance économique mondiale a fortement chuté, de moitié environ par rapport à ce qu’elle était antérieurement. On peut considérer que c’est ce fort ralentissement qui marque l’entrée dans l’hiver de Kondratiev.

Nous serions donc à la fin d’un hiver de Kondratiev long qui a commencé en 2008 et qui devrait se terminer, selon les auteurs d’Aftershock et Market Cycle Dynamics, au cours de la période 2016/2020.

3. Dans le cas d’un hiver de Kondratiev glacial que faudrait-il prévoir : l’hyper déflation ou l’hyper inflation ?

La réponse à cette question est capitale en matière d’investissement car en hyper déflation « cash is king », et en hyper inflation  « cash is death » comme le montre bien, on l’a vu, la pyramide inversée des investissements de John Exter.

Le seul économiste qui donne une réponse claire et précise à cette question extrêmement délicate est encore, à ma connaissance, le professeur Fekete. Selon lui la politique pratiquée par les banques centrales depuis 2008 est à la fois très déflationniste et très inflationniste.

Nous avons vu que la baisse artificielle et exponentielle des taux d’intérêt organisée par les banques centrales provoque la destruction exponentielle du capital ce qui est fortement déflationniste pour tous les agents économiques : états, banques centrales et nationales, entreprises, salariés.

Le tableau du paragraphe 4.1. illustre bien mieux que toute théorie de la déflation la destruction du capital provoquée par la baisse artificielle des taux d’intérêt. Il constitue, à mon avis, le document le plus important du présent article.

Dans le sens inverse, nous avons vu que la baisse exponentielle des taux d’intérêt entraîne l’accroissement exponentiel de la dette, ce qui est, à l’évidence, extrêmement inflationniste.

Pour le professeur Fekete on peut donc fort bien avoir simultanément hyper déflation et hyper inflation.

Il est clair que nous ne sommes encore actuellement que dans la phase modérément déflationniste du cycle de Kondratiev. Mais l’explosion de l’une ou plusieurs bulles financières pourrait accentuer cette tendance et provoquer toutes sortes de désordres économiques, financiers et sociaux.

Et, compte tenu de ce que d’après de nombreux experts les dettes contractées par les banques centrales et les états ont atteint un niveau tel qu’elles ne peuvent plus être remboursées, le seul moyen qui leur resterait serait, conformément à des pratiques séculaires, l’hyper inflation.

Comme le disait récemment sur BFM TV Henri de Castries, alors encore président d’Axa :

« Le meilleur moyen qu’ont trouvé les états pour spolier les épargnants est l’hyper inflation »

Nos courageux gouvernements hésiteront-ils à adopter cette solution de facilité eux qui ont jusqu’à présent laissé la bride sur le cou aux banques centrales pour essayer de régler la crise de 2008 par la seule voie monétaire au lieu de procéder eux-mêmes aux réformes structurelles indispensables ?

Avec la pratique des taux négatifs, les banques centrales n’ont-elles pas commencé à pratiquer cette spoliation en ce qui concerne les fonds des banques nationales, cette politique pouvant être répercutée, comme c’est déjà le cas en Allemagne, sur les dépôts de la clientèle de ces banques ?

Dans la même veine, n’oublions pas que, depuis une réglementation européenne publiée le lundi 4 janvier 2016, soit comme par hasard juste après la période des fêtes, les banques de dépôt sont autorisées, en cas de faillite, à rembourser leurs dettes en prélevant sur les comptes de leurs clients ! Il est vrai qu’il s’agit de l’entrée en vigueur de mesures édictées en 2015, mais le public en a-t-il été bien informé ?

Enfin, faut-il ne voir dans la récente décision de la B.C.E. d’arrêter l’impression de billets de 500 euros que le souci de freiner les trafics de tous genres ou ne faut-il pas y voir aussi celui d’empêcher la détention massive d’espèces en cas de crise hyper-déflationniste ce qui contribuerait à freiner la circulation de la monnaie ?

Fier Sicambre, souviens-toi du vase de Soissons ! Ou, plus exactement, fier et téméraire investisseur, souviens-toi de la spoliation de leur clientèle par les banques de Chypre !

4. De l’ère délétère des « propriétaires / travailleurs » à l’ère autoritaire des « guerriers » ?

Une conclusion qui se limiterait aux trois alternatives quelque peu techniques ci-dessus et ne tiendrait pas compte des profonds bouleversements de la société que nous vivons serait très partielle.

Nous avons vu que selon l’économiste américain Ravi Batra, la cause profonde des grandes crises économiques, comme celles de 1929 et de 2008, est la concentration excessive des richesses, concentration qui culmine avec l’ère des « propriétaires / travailleurs », dans laquelle nous sommes actuellement.

Ce ne peut certes pas être l’effet du hasard si cette culmination de la concentration des richesses n’a été observée qu’en 1929 et en 2008 c’est à dire au début des deux plus grandes crise de l’histoire économique moderne.

La description que fait Batra des profonds dysfonctionnements de la société inhérents à l’ère des « propriétaires / travailleurs » (cf. § 2.3.4. et 2.3.5.) fait irrésistiblement penser au climat délétère qui règne dans la société actuelle, climat dont l’exemple emblématique est l’affaire des « Panama papers ».

Affaire qui n’est pas sans rappeler l’affaire Stavisky des années 1930, avec la différence que celle des « Panama papers » est mondiale. C’est toute l’organisation de la société qui semble en question.

Comme le disait Batra dès 1983 :

 « Cet état de choses ne peut subsister très longtemps. Les conflits sociaux de l’Occident iront croissant jusqu’à ce que la mentalité des propriétaires soit éliminée en tant que force dominante. La société passera alors à une ère [autoritaire ] de guerriers  » .

Depuis 1983, la situation s’est-elle améliorée ? Certes pas ! Jamais les déséquilibres de toutes sortes n’ont  atteint  une telle ampleur. Vivement la fin de l’hiver de Kondratiev et l’arrivée du printemps, en évitant si possible les derniers grands froids et l’ère des « guerriers » !

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