Je suis à 100% Charlie mais à 0% Hebdo, car les mots, eux aussi, peuvent tuer

19 janvier 2015

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 « Les mots peuvent être mortels. Un mot peut tuer quelque chose en vous ou installer dans votre coeur une lèpre que rien de pourra plus guérir ». (Jean Chalon)

Comme chacun j’ai été horrifié par les affreux attentats commis le 7 Janvier dernier, avec un sang-froid qui glace le sang et sans la moindre parcelle de pitié, contre les malheureux journalistes de Charlie Hebdo, des policiers et de simples citoyens. Comme des millions de français, j’ai participé à la marche républicaine à Paris. Comme beaucoup, j’ai acheté le premier numéro de l’hebdomadaire qui est paru après ces attentats.

Tout ceci d’une part pour marquer, de manière bien insuffisante, ma solidarité et ma compassion pour les victimes et leurs proches et, d’autre part pour défendre cette liberté d’expression qui nous est si chère et dont Charlie Hebdo est l’un des symboles. A ce double titre, je suis, à 100%, Charlie, ainsi que je l’ai exprimé dans ce blog dès le lendemain de l’attentat.

Cela dit je ne partage pas les positions, que je qualifie d’extrêmes, fréquemment soutenues par cet hebdomadaire, tant par la caricature que par le texte, positions qui ne me semblent pas bien concorder avec la principale vertu démocratique prônée par les philosophes du Siècle des Lumières : celle de la tolérance. Vertu dont la grande manifestation de Dimanche dernier en est, elle, la parfaite illustration et  rappelle, s’il en était besoin que, depuis cette époque, une grande partie des français l’a bien faite sienne.

Plus précisément, l’hebdomadaire n’oublie-t-il pas, parfois, que les mots (et les images) peuvent, eux aussi, dans un certain sens, blesser, voire même tuer, comme le dit Jean Chalon ?

Je vous invite à chercher dans internet l’expression : « Les mots peuvent tuer ».Vous serez, sans doute, surpris qu’on y trouve des dizaines et des dizaines de pages, soit, vraisemblablement des centaines et des centaines d’articles de tout genre sur ce sujet, ce qui montre bien que celui-ci préoccupe un grand nombre d’entre nous. Fin 2014, donc peu de temps avant les attentats, I’agence italienne Armando TESTA a même réalisé une campagne très percutante sur cette question, campagne dont je n’ai voulu retenir ci-dessus, en raison du contexte actuel, qu’une seule des images qui l’illustrent.

N’aurons nous pas bien bien besoin de cette vertu de tolérance, voire même de celle de la bienveillance, chère au prospectiviste visionnaire et peut-être pas aussi utopiste qu’on pourrait le penser, Jeremy Rifkin (1), à l’heure de l’universalisation du merveilleux outil de communication, et donc de civilisation, qu’est internet ? Outil qui aujourd’hui, malheureusement, comme la langue au temps d’Esope, peut-être la meilleure ou la pire des choses.

En définitive, on en revient toujours à l’essentiel : notre nature profonde, si bien décrite par Françoise Dolto :

« L’homme est, essentiellement, un être de langage, et son désir essentiel est la communication »

Ce désir essentiel, vital, ne devrait-il pas nous inciter à rechercher l’équilibre dans notre communication, à éviter, selon l’expression de Talleyrand  : « ce qui est exagéré, car insignifiant », au sens propre du terme, et, pour tout dire, à pratiquer, comme dans la manifestation du Dimanche 11 Janvier, cette tolérance chère aux philosophes des Lumières ?

Voilà pourquoi, tout en demeurant, j’insiste, de tout cœur, à 100%, Charlie, je suis à 0% Hebdo.:

(1) V. « La liberté d’expression : son importance vitale car historique, technologique et psychologique« 

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