La liberté d’expression : son importance vitale car historique, technologique et, surtout, psychologique

12 janvier 2015

Liberté expression[A] l’occasion des odieux attentats que nous venons de vivre, j’ai été très frappé, comme sans doute la plupart d’entre vous, non seulement par l’ampleur extraordinaire des manifestations spontanées de solidarité qui se sont produites dans la France toute entière et dans le monde mais, peut-être plus encore, par la principale réponse que les participants ont donnée aux journalistes qui les interviewaient sur les raisons de leur présence, réponse que l’on peut résumer comme suit : leur attachement quasi vital à la liberté d’expression.

Pour quelles raisons précises attachons-nous autant d’importance à cette liberté d’expression, que l’on peut également dénommer liberté de parole ou liberté de communication ?

On peut en trouver, au moins, trois, qui sont résumées dans la Mind Map ci-dessus. Ces trois raisons sont d’ordre historique, technologique mais aussi, et surtout, psychologique.

1 – Les raisons historiques

La liberté d’expression est, on le sait, assez récente et elle a été le fruit d’une lutte acharnée et sanglante puisqu’on peut dater son origine de la révolution de 1789, qu’il a fallu la Commune pour que soit promulguée, dix ans plus tard, le 22 Juillet 1881, une loi, fondatrice, sur la liberté de la presse, puis la fin de la seconde guerre mondiale, pour que soit adoptée par l’ONU, en 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Et, sait-on qui’l nous aura fallu attendre 1958 pour que la liberté de la presse soit reconnue dans la Constitution ? L’article 4 de la Constitution du 4 Octobre 1958 stipule que : « La loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation ».

Cette conquête récente et de haute lutte de la liberté d’expression ne constituerait-t-elle pas, déjà, une raison suffisante pour que nous y attachions une aussi grande importance ?

2 – Les raisons technologiques

Mais une chose est de disposer de la liberté d’expression sur le plan juridique et collectif, c’est à dire, dans la pratique, essentiellement par l’intermédiaire des médias, et une toute autre chose de disposer des moyens technologiques permettant d’exercer cette liberté à titre individuel.

Cela n’a été possible que tout récemment avec l’avènement des N.T.I.C. (Nouvelles technologies de l’information et de la communication), notamment de trois d’entre elles parmi les onze que celles-ci comportent : l’ordinateur personnel (1978), l’Internet grand public (1995) et les réseaux sociaux dont les principaux n’ont vu le jour que tardivement, au cours de la période 2003/2007. (V. à ce sujet : « L’enjeu immédiat : le passage de la civilisation de l’information à la civilisation de l’intelligence« ).

Ainsi, grâce à ces N.T.I.C., pour la première fois dans toute l’histoire de l’humanité, chacun peut exercer, très directement, très facilement, à tout moment, sa liberté d’expression, sans passer par l’intermédiaire des médias, c’est à dire, qu’en somme, chacun a pour la première fois non seulement la liberté mais aussi la possibilité d’agir en fonction de sa nature profonde, comme on va le voir dans le paragraphe suivant.

L’expression « révolution numérique » prend, ici, tout son sens. On peut même dire qu’il s’agit d’une révolution au sens le plus large : politique, économique, sociologique, psychologique, notamment. Il faut sans doute remonter à Gutenberg pour trouver un phénomène similaire, quoique de moindre portée, comme l’ a bien perçu Jeremy Rifkin qui considère Internet comme l’un des deux principaux éléments de la 3ème révolution industrielle (v. plus loin).

3 – Les raisons psychologiques

Certes, les deux raisons qui précèdent, historiques et technologiques, pourraient justifier, à elles seules, notre très fort attachement à la liberté d’expression et les très fortes protestations que suscitent les tentatives de nous en priver, comme le montrent bien les récents attentats ou, plus généralement, dans les régimes autoritaires, les limitations de l’utilisation de l’internet.

Mais ces raisons sont purement techniques et n’expliquent pas du tout les mouvements de foule auxquels on vient d’assister lesquels sont, eux, à l’évidence, de nature psychologique.

Pour quelle raison psychologique profonde, majeure, sommes-nous si attachés à la liberté d’expression ?

Une réponse nous est donnée par les plus grands « psys » contemporains dont, entre autres, Boris Cyrulnik, Françoise Dolto, et Jacques Lacan, que j’ai cités partiellement dans la Mind Map ci-dessus et, plus complètement, dans les « Huit règles d’or de la communication« . Cette réponse porte sur notre nature profonde : nous sommes, essentiellement, des « êtres de langage ».

Des trois « psys » ci-dessus, celui qui exprime le mieux cette caractéristique essentielle de la nature humaine est Françoise Dolto dans une phrase qui, dans son exceptionnelle concision et dans sa parfaite limpidité, est l’expression de son génie :

« L’homme est essentiellement un être de langage et son désir essentiel est la communication »

*     *     *

Le dénominateur commun des trois raisons qui peuvent expliquer la mobilisation générale en faveur de la liberté d’expression à laquelle nous venons d’assister ces derniers jours est sans doute qu’il s’agit d’une liberté d’origine récente et dont nous n’avons pas encore, de ce fait, pleinement conscience. Nous n’en mesurons pleinement le prix que lorsque celle-ci est en péril.

Dans un best-seller, lui aussi récent : « La troisième révolution industrielle » son auteur, Jeremy Rifkin, économiste mondialement connu (1) dit ceci qui illustre bien ce « désir essentiel de communication » défini par Françoise Dolto, désir qui prend de plus en plus d’importance dans ce qui est devenu non pas, comme on le dit souvent, la civilisation de l’information mais, bel est bien, la civilisation de la communication :

« Aujourd’hui, des centaines de millions de jeunes internautes participent activement à des réseaux sociaux distribués et coopératifs sur Internet, prêts à donner de leur temps et de leur savoir, en général gratuitement. Pourquoi le font-ils ? Par joie pure et simple de partager leur vie avec les autres. Et ils sont sûrs que contribuer au bien-être de tous ne leur enlève rien mais accroît leur propre bien-être énormément »

P.S. La liberté d’expression a ses limites, notamment légales. Internet est, certes,un merveilleux outil de liberté d’expression individuelle. Mais qu’il véhicule impunément, en vertu de cette liberté d’expression, des messages d’incitation à la haine et d’appel au meurtre avec le mode d’emploi pour y parvenir, est-ce admissible ?

(1) J’analyserai ce best-seller, ainsi que trois autres portant sur le même sujet, dans les quatre articles que je publierai au mois de Février.

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