ONZE MÉTHODES POUR TROUVER LES IDÉES ET LES ARGUMENTS

ONZE MÉTHODES POUR TROUVER LES IDÉES ET LES ARGUMENTS

Introduction. L’association d’idées, moteur de la recherche des idées et des arguments

1. Planning des prochains articles sur la rhétorique

2. La première étape : de l’obsolète théorie des lieux rhétoriques à l’association des idées

Ie PARTIE – METHODES GENERALES DE RECHERCHE DES IDEES

1. La concrétisation des trois langages de la rhétorique : les cinq critères de la parole

1.1. Les cinq critères

1.2. Critères issus de la logique : aller à l’essentiel, être clair, respecter la langue

1.3. Critères issus de l’éthique : dire la vérité

1.4. Critères issus de la psychologie : utliser les figures de rhétorique

2. La logique cartésienne : l’une des méthodes les plus efficaces de résolution de problèmes

2.1. L’analyse : diviser la difficulté pour la vaincre

2.2. La synthèse : aller à l’essentiel

2.3. L’évidence : ne rien admettre qui ne soit pas évident

2.4. Le dénombrement : ne rien omettre d’essentiel

3. Faire un plan : le service minimum de la communication

3.1. Le plan thématique : un inventaire neutre

3.2. Le plan analytique : problèmes, causes, solutions

3.3. Le plan dialectique : thèse, antithèse, synthèse

3.4. Le plan critique : thèse, critique, propositions

3.5. Les autres types de plan

4. La méthode SWOT

4. 1. Une autre méthode très efficace de résolution de problèmes

4.2. Les quatre critères de la méthode SWOT : forces, faiblesses, opportunités, menaces

5. Chiffrez ! Facts and figures !

IIe PARTIE – LES SUPPORTS PRATIQUES D’AIDE A LA REFLEXION ET A LA COMMUNICATION

6. Mind Map

6.1. Le grand facilitateur de la recherche d’idées ou d’arguments

6.2. Une méthode à la fois synthétique et analytique

6.3. Une méthode créative et ludique

6.4.  Une méthode ergonomique et d’utilisation facile

IIIe PARTIE – LES SURVIVANTS  DYNAMIQUES DES LIEUX RHETORIQUES

7.1. La définition. Sans elle une chose n’existe pas

7.1.1. Qu’est-ce qu’une bonne définition ?

7.1.2. La description étendue : la précision par l’accumulation

7.1.3. L’exemple : « Le passeur universel de la rhétorique profonde » 

7.1.4. Les synonymes : la précision et l’efficacité du mot juste

7.1.5. L’étymologie : le vrai sens d’un mot par son origine

7.2. Les témoignages, autres “passeurs universels”

7.3. Les oppositions : une chose et son contraire

IVe PARTIE – LES METHODES DE CIRCONSTANCES

8. Les five WS : Who ? What ? Where ? Why ? How ?

Modernisation anglo-saxonne d’une méthode datant de l’antiquité latine

9. Marketing : marché, clientèle, produit, prix, communication

Exemple d’application de la méthode du questionnement

10. Merci ! Bravo ! Continuez !

Une méthode utilisable pour toutes sortes de speechs

11. Le dialogue : vous, moi, nous

Conseillé pour les lettres commerciales ou pour les candidatures

SYNTHESE et CONCLUSION. RHETORIQUE, PSYCHOLOGIE & N.T.I.C., MEME COMBAT !

Préliminaire : une panne sèche qui tombe à pic !

1. Complémentarité et synergie entre la rhétorique, l’association des idées, les N.T.I.C., Mind Map et les sources externes d’information en ce qui concerne la recherche des idées et des arguments

2. La rhétorique

2.1. La rhétorique, héraut de la logique

2.2. Les trois « passeurs universels de la rhétorique profonde ».

3. L’association des idées.

3.1. Le prérequis pour l’utilisation de la rhétorique et de l’association d’idées : le niveau de la classe de première !

3.2. L’un des principaux processus cognitifs de l’esprit humain

3.3. Il est indispensable de faire confiance à son inconscient

4.  Les N.T.I.C., bonnes à tout faire numériques de la rhétorique

4.1. Les N.T.I.C. aides à la logique

4.2. Les N.T.IC. aides à la psychologie

4.3. Les N.T.I.C. aides à l’éthique

5. Et si l’on ne retenait que deux méthodes ? MindMap et le Plan

6. Les précieuses sources externes d’information

N.B. Les numéros des onze paragraphes renvoient aux numéros des onze branches de la MindMap figurant en tête de cet article et non à la numérotation habituelle des paragraphes.

Introduction. L’association d’idées, moteur de la recherche des idées et des arguments

1. Planning des prochains articles sur la rhétorique

Après avoir tenté au cours des quatre dernières années et dans plusieurs articles notamment dans « Le triangle rhétorique base de toute communication réussie » (01/12/2015) et « Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace ? (06/03/2018) de faire le point sur les caractéristiques générales de la rhétorique moderne je me propose, dans les mois qui suivent, d’entrer dans le détail de la méthode.

Je le ferai en suivant peu ou prou les trois étapes préliminaires, les plus importantes, de cette discipline : trouver les idées, les mettre en ordre, puis en style. Je ne consacrerai qu’un bref article à la quatrième étape, celle de la mémorisation. Je ne traiterai pas de la cinquième et dernière étape, celle de la phase oratoire proprement dite. D’une part celle-ci est ou devrait être la résultante des quatre premières étapes, d’autre part elle relève beaucoup plus d’une formation par la pratique que de l’écrit. Je commencerai donc aujourd’hui par la première étape, qui n’est pas la moins importante : trouver les idées et les arguments. Qui n’a jamais craint l’épreuve de la page blanche et la panne sèche ?

2. La première étape : de l’obsolète théorie des lieux rhétoriques à l’association des idées

Dans « Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace ? » j’exposais que la théorie des lieux, dont l’objet est précisément la recherche des idées, des arguments, est du fait de son extrême complexité une « usine à gaz inutilisable et inutilisée » et que, de surcroit elle est en grande partie invalidée par la théorie psychanalytique.

Le hic est que cette théorie porte sur la partie essentielle de la communication qu’est la recherche des idées et des arguments. La théorie psychanalytique montre, elle, que l’un des principaux modes de fonctionnement de notre esprit est l’association, le plus souvent inconsciente, des idées. (V. Wikisource et Wikipedia). Ainsi, le système des liens, couramment utilisé sur internet, système dont chacun peut constater l’efficacité, utilise-t-il ce mode de fonctionnement, mais de manière consciente.

Dans l’étude précitée j’apportais à ce sujet les précisions suivantes

« Dans la pratique, les arguments ou idées nécessaires à l’élaboration d’un texte proviennent de deux catégories de sources : internes et externes. La source interne est celle des informations que nous avons accumulées tout au long de notre vie : formation, éducation, expérience personnelle et professionnelle, en somme de notre culture. Ainsi Quintilien considère-t-il comme primordiale la formation de l’orateur. Les sources externes sont celles des bibliothèques, de la presse, des médias, etc ».

Il n’existe pas, à ma connaissance, de méthode de recherche des idées fondée sur l’association de ces dernières proprement dite, sans doute parce que ce mécanisme est étroitement fonction du niveau d’éducation et de culture de chacun. A chaque idée correspond un ou plusieurs mots clé. Or, on sait que le stock de mots dont dispose un individu varie considérablement en fonction des deux critères ci-dessus.

J’ai identifié onze méthodes qui peuvent être utilisées, directement ou indirectement, en ce qui concerne la recherche des idées et des arguments. Celles-ci sont fondées sur des approches différentes. On peut les classer en quatre catégories : les méthodes générales, les supports pratiques d’aide à la réflexion et à la communication tels que Mindmap, les lieux rhétoriques survivants, les méthodes de circonstances.

Ie PARTIE – METHODES GENERALES DE RECHERCHE DES IDEES

Cinq méthodes peuvent être classées dans cette catégorie : les cinq critères de la parole, la logique cartésienne, l’élaboration de plans ou sommaires, la méthode SWOT, le chiffrage.

Il ne s’agit pas à proprement parler de méthodes favorisant directement l’association des idées mais de méthodes qui définissent un processus intellectuel, un cadre de réflexion basé sur des critères généraux à partir desquels on peut orienter la recherche des idées. Certains critères sont très généraux comme les deux premiers critères de la logique cartésienne, l’analyse et la synthèse, d’autres sont plus précis comme les deux seconds, l’évidence et le dénombrement, ou encore les quatre critères de la méthode SWOT : forces, faiblesses, opportunités, menaces.

1. La concrétisation des trois langages de la rhétorique : les cinq critères de la parole

1.1. Les cinq critères

Dans « Les huit règles d’or de la communication » j’ai identifié, sous le regard d’aigle de grands esprits de toutes époques, cinq critères auxquels doit obéir toute communication performante. Ces critères sont les suivants :

• Une parole juste, c’est-à-dire  aller à l’essentiel

• Une parole vraie : respecter les faits, dire la vérité

• Une parole claire

• Respecter la langue

• Soigner le style

 

J’ai résumé comme suit ces cinq critères :

« Dès que dans notre communication nous nous écartons, faute de réflexion, des quatre critères fondamentaux de la parole, aller à l’essentiel, dire la vérité, être clair, respecter et bien utiliser la langue, l’intérêt de notre interlocuteur chute verticalement ». A fortiori si nous violons aussi le cinquième critère : le style.

Ces critères sont directement issus des trois langages de la rhétorique : la logique, l’éthique, la psychologie. (V. « Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace » ?).

1.2. Critères issus de la logique : aller à l’essentiel, être clair, respecter la langue

Les trois critères « Aller à l’essentiel », « être clair » et « respecter la langue » s’inscrivent dans la logique. Aristote lui-même ne dit-il pas que « la principale qualité de la communication est la clarté ?». La clarté s’obtient en utilisant avec rigueur les trois langages de la rhétorique : la logique, l’éthique et la psychologie. Il faut être clair sur le plan de la logique, de l’éthique et de la psychologie. N’oublions pas, par ailleurs, que l’orthographe, la grammaire et la syntaxe ne sont pas de simples règles plus ou moins dogmatiques mais bel et bien une méthode de pensée, laquelle est basée pour une bonne part sur la logique.

1.3. Critères issus de l’éthique : dire la vérité

Est-il besoin de préciser que « dire la vérité » fait partie, comme l’image positive de l’orateur qui en résulte, de l’éthique ?

1.4. Critères issus de la psychologie : utiliser les figures de rhétorique

« Soigner le style » concerne essentiellement l’utilisation des figures de rhétorique. On a vu dans « Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace ? » que celles-ci, bien loin de n’être que de simples ornements de langage comme on les a considérées à certaines époques » en facilitent de manière importante la compréhension.

Avoir constamment bien en tête ces cinq critères ainsi que les trois langages de la rhétorique dont ils font partie ne permet pas à proprement parler de générer des idées mais fournit un cadre intellectuel dans lequel doit s’inscrire toute communication pour être pleinement efficace, cadre qui en quelque sorte oriente et canalise cette recherche.

Constamment je dois me demander si ma communication est bien logique, éthique et psychologique et respecte les cinq critères de la parole. Cela peut paraitre compliqué au premier abord mais avec l’habitude cela devient une seconde nature et s’effectue de manière quasi automatique, comme pour la plupart des autres méthodes.

2. La logique cartésienne : l’une des méthodes les plus efficaces de résolution de problèmes

Descartes

La logique cartésienne est toujours, on le sait, pleinement d’actualité. C’est notamment la méthode de pensée couramment mais en général inconsciemment appliquée dans le monde de l’entreprise.

On peut résumer en quatre mots les quatre règles de la logique cartésienne telles que celles-ci sont définies par Descartes dans le « Discours de la Méthode » : l’analyse, la synthèse, l’évidence, le dénombrement.

2.1. L’analyse : diviser la difficulté pour vaincre

L’analyse consiste à subdiviser la réalité ou autrement dit le problème ou la difficulté en autant de ses composantes. Je préfère employer l’expression « subdiviser la difficulté » car elle correspond mieux, à mon avis, au processus psychologique. Lorsque qu’on a bien conscience qu’il est en général impossible de résoudre un problème sans passer par l’analyse on fait sans doute plus attention à cette démarche ainsi qu’aux moyens qui permettent de la réaliser. Si je veux, par exemple, connaitre le marché d’un bien quel qu’il soit je suis obligé de procéder à une série d’analyses portant sur des critères tels que le produit, la clientèle, le prix, la concurrence, l’organisation commerciale etc. Il est en général impossible de procéder autrement c’est-à-dire d’aborder d’emblée dans son ensemble le problème en question.

Nous verrons que le plan ou sommaire est l’application pratique de l’analyse et de la synthèse. Faire un plan c’est matérialiser ces deux démarches, le plus souvent en allant du général au particulier ou du plus important au secondaire. Nous verrons également que Mind Map, avec son système d’arborescence, qui en soi constitue le support d’un plan à la fois analytique et synthétique, facilite beaucoup ces deux démarches.

2.2. La synthèse : aller à l’essentiel

La synthèse, démarche inverse de l’analyse, consiste, selon Descartes, à remonter des idées les plus simples vers les plus complexes, en se focalisant sur l’essentiel. Comme pour l’analyse, l’arborescence de Mind Map matérialise très clairement la synthèse, avec les branches maitresses rayonnant autour du tronc de l’arbre sur lequel s’inscrit l’idée centrale.

2.3. L’évidence : ne rien admettre qui ne soit pas évident

La règle de l’évidence consiste à ne rien admettre qui ne soit pas évident. C’est une règle très efficace de contrôle de la communication, plus facile à énoncer qu’à appliquer. Si le propos tenu n’est pas évident c’est que la communication est défectueuse. Lorsqu’on rédige, se poser constamment la question : est-ce que je dis est évident est, à mon avis, une excellente hygiène intellectuelle. On note que cette règle cartésienne de l’évidence rejoint celle de la clarté, principale qualité de la communication, chère à Aristote.

2.4. Le dénombrement : ne rien omettre d’essentiel

Le dénombrement consiste à ne rien omettre de ce qui est essentiel. Si une communication comporte quatre arguments principaux et que l’on en oublie deux, la perte de substance est de cinquante pour cent !

3. Faire un plan : le service minimum de la communication

« Faire un plan » était naguère un élément incontournable de l’enseignement. Il semble qu’il n’en soit plus de même aujourd’hui alors même qu’il s’agit l’un des outils essentiels de la communication, peut-être même le plus important. Vouloir élaborer une communication sans faire un plan c’est comme si un navigateur prétendait naviguer sans boussole ou sans G.P.S. sachant que cette absence nuit de manière aussi importante au récepteur du message qu’à son émetteur. L’un et l’autre ne voient pas clair ! L’une des toutes premières démarches que nous faisons lorsque nous prenons connaissance d’un livre, d’une note ou d’un rapport n’est-elle pas de consulter le sommaire ?

On dénombre quatre principaux types de plans : thématique, analytique, dialectique, critique. Ce sont les plus couramment utilisés et ils recouvrent à peu près tous les sujets. Chaque type de plan permet d’aborder un sujet sous un angle différent et ainsi de conduire à des associations d’idées différentes.

3.1. Le plan thématique : un inventaire neutre

Le plan thématique se borne à exposer, à faire l’inventaire des différents aspects d’un sujet, de manière neutre, sans prendre position. Le défaut majeur de ce plan est qu’il risque de tourner vite au catalogue.

3.2. Le plan analytique : problèmes, causes, solutions

Le plan analytique se divise en trois parties principales : l’exposé du problème, l’analyse des causes, la recherche de solutions.

3.3. Le plan dialectique : thèse antithèse, synthèse

Le plan dialectique comprend lui aussi trois parties principales : l’exposé d’une thèse, puis celui de la thèse opposée, et enfin la synthèse dans laquelle on concilie ces deux thèses.

3.4. Le plan critique : thèse, critiques, propositions

Le site KeepSchool définit ainsi le plan critique :

« Ce plan est adapté aux sujets sur lesquels on s’apprête à adopter une opinion tranchée, chaque fois que dans une discussion la balance penche nettement d’un côté ».

Ce plan comprend les trois parties suivantes : première hypothèse, critique de cette hypothèse, exposé d’une deuxième hypothèse plus convaincante que la première.

3.5. Les autres types de plan

Pour plus de précisions en ce qui concerne l’élaboration des plans je conseille outre le site de KeepSchool déjà cité, le site Libanais espacefrançais.com. KeepSchool indique notamment que si les quatre type de plans présentés ci-dessus sont adaptés à la plupart des sujets on peut en utiliser d’autres « à partir du moment où ils sont cohérents et conviennent au problème posé »

4. La méthode SWOT

4.1. Une autre méthode très efficace de résolution de problèmes

Avec la logique cartésienne, la méthode SWOT est sans doute l’une des plus efficaces en ce qui concerne la résolution de problèmes. Elle est cependant moins générale que la première et elle ne peut donc s’appliquer à tous sujets. L’avantage de ce défaut est que les quatre principes ou critères sur lesquels elle repose sont plus concrets et que de ce fait ils permettent de faciliter l’association des idées. Il est, par exemple, en général relativement facile de repérer certaines forces ou faiblesses d’un projet ou d’une situation et à partir de là d’entrer dans le détail et développer le sujet par l’intermédiaire de l’association des idées.

4.2. Les quatre critères de la méthode SWOT : forces, faiblesses, opportunités, menaces.

La méthode Swot consiste tout d’abord à faire le bilan des forces et des faiblesses d’un projet, puis à en analyser les opportunités et enfin, à l’inverse, les menaces que celui-ci pourrait rencontrer.

On conseille, en général, de classer les forces et les faiblesses par ordre décroissant d’importance. Souvent il n’est pas indispensable d’aborder les  menaces et opportunités et on peut se limiter aux forces et aux faiblesses. L’intérêt psychologique de cette méthode est qu’elle nous met au pied du mur. Elle nous oblige à la clarté, à élucider ce que notre inertie ou notre paresse intellectuelle nous empêche de voir ou encore parfois même ce que nous ne voulons pas voir.

Nous avons vu dans « Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace ? » que communication et pensée sont indissociable et que l’un des principaux atouts de la rhétorique est qu’elle est à la fois méthode de communication ET méthode de pensée. Or, l’un des principaux obstacles à la communication est le refus de penser par soi-même. Toute méthode qui nous contraint à penser ou qui, d’une manière plus positive, nous aide à stimuler notre pensée est donc une bénédiction.

Comme le disent bien deux auteurs à deux époques différentes :

« Il n’y a aucun expédient auquel un homme ne fera appel pour éviter le véritable travail de la pensée ». (Sir Joshua Reynolds, fréquemment cité par Thomas Edison)

« Dans la société de l’information, personne ne pense. Nous pensions bannir le papier mais nous avons en fait banni la pensée ». (Michael Crichton – Jurassic Park).

La méthode SWOT est décrite en détail dans différents sites internet dont celui de Wikipedia.

5. Chiffrez !  Facts and figures !

« Facts and figures ! » (« Des faits et des chiffres ! ») est une formule souvent conseillée aux journalistes anglo-saxons en ce qui concerne la rédaction de leurs articles. Plus généralement, le scientifique anglais Lord Kelvin, spécialiste de la thermodynamique, disait que :

« On ne connait bien que ce que l’on peut chiffrer »

Les chiffres sont en quelque sorte des synthèses. Si je dis que j’ai une grande bibliothèque, on ne sait pas s’il s’agit du meuble ou des livres. S’il s’agit de livres on ignore si j’en ai 100, 500 ou plus. Les chiffres nous obligent donc à la précision, comme les critères de la méthode SWOT.

Les chiffres nous font découvrir des réalités qui nous échappaient autrement et de ce fait ils constituent une base solide en ce qui concerne l’enclenchement de l’association des idées.

Le chiffrage est, on le verra dans la quatrième partie, une des applications subsistantes et toujours d’actualité d’un concept de la théorie des lieux : celui du témoignage.

IIe PARTIE – LES SUPPORTS PRATIQUES D’AIDE A LA REFLEXION ET A LA COMMUNICATION

6. Mind Map

6.1. Le grand facilitateur de la recherche d’idées ou d’arguments

Tony Buzan

MindMap n’est pas à proprement parler, comme les précédentes, une méthode générale de recherche d’idées ou d’arguments, mais un support matériel, informatique dans la version examinée ici, tant pour ces méthodes que pour celles qui sont examinées plus loin. Cela dit ce logiciel facilite tellement la créativité et la recherche des idées que c’est beaucoup plus qu’un simple support matériel. C’est en soi presque une méthode de recherche d’idées.

Le Mindmapping ou méthode des cartes mentales repose sur l’une des deux principales méthodes de représentations graphiques des idées qu’est l’arborescence, l’autre étant le tableau ou sa simplification le système de puces ou autres signes permettant de distinguer graphiquement les idées dans l’espace d’un support papier ou audiovisuel. Il n’est donc pas surprenant que l’informatique se soit emparée de ces deux méthodes, ce qui a donné naissance aux deux principaux logiciels d’aide à la communication que sont l’antique Powerpoint et son moderne et très dynamique challenger Mindmap.

MindMap est beaucoup plus qu’un simple logiciel de présentation comme Powerpoint. C’est avant tout un logiciel d’aide à la réflexion ET à la communication. Il s’inscrit ainsi parfaitement dans la rhétorique qui, on l’a vu dans « Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace ? » est à la fois méthode de pensée ET méthode de communication. Ce logiciel est peu connu en France mais il est couramment utilisé dans les pays anglo-saxons, ce qui est un autre signe de notre retard en matière de communication.

Ajoutons que l’on peut fort bien réaliser une Mind Map à la main. Tony Buzan, son inventeur, estime même que c’est cette pratique manuelle qui stimule le mieux notre intellect et notre créativité. Mais l’informatique apporte toute sa rapidité et sa facilité d’utilisation habituelles tout en stimulant la créativité par d’autres voies notamment celle de la facilité d’importer des images à partir de banques d’images ou d’autres sources pour illustrer les idées.

6.2. Une méthode à la fois synthétique et analytique

Par sa nature même l’arborescence est à la fois synthétique et analytique. Comme un arbre une MindMap est composée de branches : branches maitresses issues directement du tronc sur lesquelles figurent les titres des principales parties d’un sujet, branches secondaires, tertiaires etc issues des branches maitresses et qui, elles portent sur l’analyse.

Dans la Mind Map ci-jointe l’idée centrale est « Trouver les idées et les arguments ». A partir de celle-ci sont issues onze branches maitresses auxquelles correspondent les onze méthodes de recherche des idées recensées. Il s’agit là, évidemment, de la partie synthétique de cette MindMap.

Les branches secondaires, à caractère analytique, correspondent aux principales caractéristiques de chacune de ces onze méthodes. Cette Mind Map ne comprend, à l’exception du Plan (branche n°3) qu’un seul niveau de branches analytiques mais on peut en avoir trois ou quatre sur une seule Mind Map ce qui permet dans la plupart des cas de procéder à des analyses aussi détaillées qu’il est nécessaire. Ainsi la MindMap simplifiée ci-jointe permet-elle d’ores et déjà de traiter près de soixante concepts : les onze méthodes et leurs principales caractéristiques.

La possibilité d’entourer chaque groupe de branches, maitresses et secondaires, d’un « nuage » permet de bien isoler chacun des sujets traités, ici chacune des onze méthodes, et renforce la lisibilité et le caractère synthétique de l’outil.

6.3. Une méthode créative et ludique

La créativité et par la même le caractère ludique de la méthode réside dans la possibilité d’illustrer et de renforcer le texte par des formes (branches, « nuages »), des couleurs et des images. Différentes études montrent que l’utilisation de ces procédés renforcent dans des proportions très importantes non seulement la lisibilité et la compréhensibilité d’un document mais aussi la créativité de son auteur, créativité qui s’exprime par l’association des idées.

En ce qui concerne la ludicité, qualité rarissime tant en ce qui concerne les outils matériels qu’intellectuels, la plupart des utilisateurs de MindMap trouve qu’il est beaucoup plus sympathique d’élaborer une MindMap que de noircir laborieusement des pages de manière manuscrite ou sur Word.

Créativité et ludicité sont par ailleurs étroitement liées à l’ergonomie du logiciel et à la facilité d’utilisation qui en résulte.

6.4.  Une méthode ergonomique et d’utilisation facile

Nous avons vu dans « Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace » que des pans entiers de cette discipline sont inutilisables en raison de leur trop grande complexité.

MindMap est en raison de sa parfaite ergonomie et facilité d’utilisation le parfait antidote pratique à la rhétorique ! Avons-nous toujours bien conscience que la très grande facilité d’utilisation des supports modernes de la communication tels que l’informatique, les logiciels, internet, et a fortiori les enregistreurs de voix est un progrès extrêmement important par rapport aux anciens outils dans la mesure où ils libèrent en grande partie l’esprit de la lourdeur de l’écriture ?

Je ne sais pas si j’aurais rédigé ce texte si je n’avais disposé que d’une plume d’oie et je me souviens que la machine à écrire, qui constituait pourtant un immense progrès par rapport à cette dernière, n’avait pourtant rien de l’agilité du traitement de texte. Encore faut-il utiliser ces outils modernes, notamment les logiciels d’aide à la réflexion et à la communication.

MindMap comprend nombre de fonctionnalités de Word ou d’autres logiciels : frappe ou effaçage instantanés des mots clés sur les branches, copier/coller, possibilité d’inverser l’ordre des branches, importation instantanée des illustrations, élaboration des « nuages » par quelques click etc.

Cette parfaite ergonomie entraine une grande facilité et une grande rapidité d’utilisation ce qui laisse d’autant plus de liberté et de temps à la recherche des idées proprement dite, d’autant plus que ne figurent en principe sur une MindMap que des mots-clés, eux-mêmes beaucoup plus rapidement écrits que des phrases entières. Ces mots- clés sont eux-mêmes des mini synthèses.

On peut utiliser MindMap sans recourir à une méthode particulière, à la manière d’un post-it numérique, mais on peut aussi l’utiliser, bien évidemment, en se basant sur les dix autres méthodes décrites dans cet article ce qui en facilite grandement l’application. MindMap est notamment un excellent complément de la méthode des plans puisque l’arborescence est elle-même un plan à la fois synthétique et analytique.

Je précise que pour rédiger le présent article j’ai commencé par la MindMap. Je n’ai rédigé aucun texte avant que celle-ci ne soit entièrement terminée c’est-à-dire telle qu’elle figure ici, étant précisé que simultanément je procédais aux recherches documentaires dont j’ai utilisé les informations pour l’élaborer. Cette démarche est, on le conçoit, très sécurisante dans la mesure ou l’on dispose de manière très claire dans un seul document de toute la matière nécessaire à l’élaboration d’une communication. Il suffit ensuite de rédiger les commentaires en suivant le plan.

Cerise sur le gâteau, cette MindMap peut être projetée sur videoprojecteur. Elle remplace avantageusement par son caractère synthétique les nombreuses slides qu’il aurait fallu utiliser avec l’analytique et séquentiel PowerPoint pour parvenir au même résultat.

IIIe PARTIE – LES SURVIVANTS DYNAMIQUES DES LIEUX RHETORIQUES

Aristote

Même si la théorie des lieux rhétoriques est, on l’a vu dans « Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace ? », globalement obsolète, un petit nombre de ces lieux ou topics survivent et présentent aujourd’hui encore une très grande importance en ce qui l’élaboration de toute communication et la genèse des idées et des arguments.

Nous verrons que deux des concepts de la définition, l’exemple et le témoignage, présentent par leur caractère simple et concret, par conséquent susceptible de générer des associations d’idées, un très grand intérêt par rapport aux autres catégories de lieux dont le caractère général et abstrait s’y oppose. Ces lieux ou concepts survivants sont au nombre de trois : la définition, dont l’exemple fait partie, le témoignage, les oppositions.

7.1. La définition. Sans elle une chose n’existe pas

Dans « Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace ? » j’insistais sur  l’importance du concept de définition en rappelant que tant qu’une chose n’est pas nommée elle n’existe pas. J’y exposais notamment ceci :

« Toute une partie de l’élaboration d’une communication consistera donc à nommer, à définir de manière aussi précise que possible les sujets, les questions, les problèmes, les concepts, les objectifs, les résultats escomptés, etc., sur lesquels porte cette communication. La rhétorique, dont l’objet est d’élaborer un message qui soit vraisemblable, utilise pour ce faire différentes formes de définitions dont la connaissance est déterminante en ce qui concerne l’efficacité de ce message, tels l’exemple, le synonyme, l’étymologie, la description étendue ».

7.1.1. Qu’est-ce qu’une bonne définition ?

Avant d’examiner ces différentes formes je rappellerai ce que sont, selon la rhétorique, les caractéristiques d’une bonne définition. Aristote définit un concept important : celui de «définition essentielle ». Une « définition essentielle » est celle qui appartient à un « genre » ou a une catégorie déterminée tout en, se distinguant des autres genres par des « différences ». Ces « différences » ou « causes » sont au nombre de quatre. Wikipedia les définit comme suit :

« La cause matérielle (la matière qui constitue une chose) »

« La cause formelle (l’essence de cette chose) »

« La cause motrice ou efficiente, cause du changement ( ce qui produit, détruit ou modifie la chose »

« La cause finale (ce en vue de quoi la chose est faite) »

« Ainsi, la cause matérielle d’une écuelle est le bois ou le métal, son essence le fait de contenir des aliments, sa cause motrice le procédé par lequel on l’a fabriqué et sa cause finale en alimentation. »

L’écuelle s’inscrit elle-même dans une catégorie plus générale ou genre : celle des ustensiles ménagers.

Sans doute n’utilise-t-on pas souvent cette classification aristotélicienne de la définition. Ce qu’il faut en retenir, à mon avis, sur le plan pratique, c’est qu’une bonne définition repose sur deux concepts : celui de catégorie générale ou de genre et celui de différences.

Ajoutons qu’une bonne définition, quelle que soit la catégorie à laquelle elle appartient, doit respecter les trois conditions suivantes : premièrement les termes de la définition doivent être plus clairs et plus familiers, autrement dit moins abstraits, que le terme qui est défini, en second lieu la définition ne doit pas répéter le terme défini ou utiliser des synonymes, enfin la définition doit autant que possible être exprimée en termes positifs et non en termes négatifs.

Par exemple, les témoignages, tels que les enquêtes d’opinion ou les statistiques, qui font partie de la catégorie générale de la définition, sont plus clairs et plus familiers que cette dernière. Ils peuvent remplir également les deux autres conditions : ne pas répéter le terme défini et être exprimés en termes positifs.

Examinons maintenant les différentes formes de définition.

7.1.2. La description étendue : la précision par l’accumulation

Parallèlement aux définitions simples telles que « La rhétorique est l’art de la persuasion », il existe ce que la rhétorique appelle des « descriptions étendues » c’est-à-dire une suite ou une cascade de définitions, plus ou moins simples. Le but de ces « descriptions étendues » est d’expliciter, de compléter les définitions simples. L’accumulation et la répétition sont des procédés souvent utilisés par la rhétorique, l’objectif étant d’atteindre une précision optimale.

J’ai moi-même pris conscience de l’importance de ces « descriptions étendues » en rédigeant, à l’instigation d’amis qui ne connaissaient pas la rhétorique et s’en faisaient des idées plus ou moins exactes, pas moins de douze définitions de cette discipline. (cf. « Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace » ?

7.1.3. L’exemple : « Le passeur universel de la rhétorique profonde » 

On sait qu’il existe deux modes de raisonnement : inductif et déductif. L’exemple est au raisonnement inductif ce que le syllogisme est au raisonnement déductif. Si le syllogisme est peu utilisé dans la communication courante (cf. «Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace ? »,) il n’en est pas du tout de même, au contraire, de l’exemple. Un excellent auteur parmi d’autres, Paola PAISSA, constate ainsi « l’extrême vitalité de cette pièce maîtresse de l’ancienne rhétorique » et le considère, fort justement, comme le « passeur universel de la rhétorique profonde ». Il existe même des Rhétoriques de l’exemple. Certains auteurs vont jusqu’à estimer que l’exemple constitue, après l’induction et la déduction, une troisième voie cognitive : celle de l’abduction.

Ce qui différencie essentiellement l’exemple des « usines à gaz » abstraites, complexes et de ce fait inutilisées de la rhétorique c’est précisément qu’à la différence de celles-ci il permet le passage de l’abstraction au concret, de la même manière que les figures de rhétorique. Par ailleurs, contrairement à la majeure partie de la théorie des lieux dont il est issu, l’exemple est en parfaite cohésion avec la théorie psychanalytique et de ce fait il favorise l’association des idées, base, je le répète, de la recherche de celles-ci et des arguments. L’élaboration d’un exemple fonctionne par l’analogie et s’apparente sur ce point à la comparaison tout en s’en distinguant.

Très souvent les généralités ne peuvent vraiment se comprendre que si nous les concrétisons par des exemples. L’exemple est un élément clé de l’argumentation et de la preuve. Une communication qui manque d’exemples risque vite d’être incomprise et de ce fait d’être ennuyeuse.

Ainsi, il n’est guère possible de bien comprendre la définition d’une figure de rhétorique si celle-ci n’est pas assortie d’un exemple. Par exemple, la définition de l’anaphore : « la répétition du même mot ou de mêmes mots au début de plusieurs phrases successives » est trop générale et elle ne nous sera guère utile si nous ne disposons pas d’un exemple qui l’illustre : « Moi président de la République…, Moi président de la République…, Moi président de la République…

Souvenons-nous cependant que la rhétorique, dont fait partie l’exemple, conduit au vraisemblable et non à la vérité et que l’on peut toujours opposer à un exemple un contre-exemple.

7.1.4. Les synonymes : la précision et l’efficacité du mot juste

Les synonymes n’ont sans doute pas la réputation d’être de puissants outils de communication. N’oublions pas cependant que la rhétorique est méthode de communication ET méthode de pensée et que les synonymes, comme tous les mots, sont les véhicules de la pensée. Les mots les plus précis expriment mieux la réalité que ceux qui ne le sont pas, comme aurait pu le dire Monsieur de la Palice. Plus les mots que nous utilisons sont précis, plus ils sont justes, plus notre communication sera efficace.

Si je me permets d’insister sur ce point apparemment anodin c’est que, selon certains auteurs, dont notamment le formateur à l’audience internationale qu’est Antony Robbins, cité dans « Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace ? », les meilleurs communicants sont ceux qui s’expriment avec une grande précision, précision qui n’est pas dans les gènes de la société actuelle en matière de communication. Comme le dit Robbins dans “Pouvoir illimité” :

La réussite dépend en partie de la justesse et de la précision avec lesquelles nous nous exprimons”

Il est clair, par ailleurs, pour en revenir à notre sujet : la recherche des idées et des arguments, que plus les mots que nous utilisons sont précis plus ils sont de nature à favoriser des associations d’idées fructueuses. Si nous disposons d’un vocabulaire de 20.000 mots notre intellect, plus précisément notre inconscient, pourra quantitativement générer quatre fois plus d’idées que si nous n’en disposons que de 5.000, mais par ailleurs ces idées seront beaucoup plus riches.

Il est à ce sujet des plus utiles de disposer d’un correcteur numérique qui ne se borne pas à la correction de l’orthographe et de la grammaire mais auquel est associé un dictionnaire. J’utilise pour ma part le logiciel Québécois ANTIDOTE. En tant que correcteur il n’est guère meilleur que les autres mais en tant que dictionnaire c’est une pure merveille. Voici la liste des nombreuses rubriques, très richement renseignées, qu’il comporte : définitions, synonymes, antonymes, cooccurrences, champ lexical, conjugaison, famille, citations. Par exemple le mot communication comporte plus de cinquante synonymes ! Quand on consulte ce dictionnaire on est, de ce fait, à peu près sûr de trouver le mot juste !

De plus ce logiciel est doté de deux outils très précieux pour qui veut analyser et évaluer sa communication écrite : d’une part un compteur de caractères, de mots, de longueur de phrases, d’autre part un évaluateur de style.

7.1.5. L’étymologie : le vrai sens d’un mot par son origine

Comme les synonymes, l’étymologie peut être utile pour préciser le sens et certaines nuances des mots, notamment pour ceux qui ont étudié le latin ou le grec, mais pas seulement. Par exemple pour synthétiser, dans le triangle rhétorique (cf. « Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace ? » l’efficacité des trois langages de cette discipline : la logique, l’éthique, la psychologie, après avoir fait moult recherches dans ANTIDOTE, j’ai trouvé le mot « captiver ». Ce mot m’a semblé d’autant plus pertinent lorsqu’on s’adresse à un public qu’il vient du latin « captivarer », faire prisonnier !

7.2. Les témoignages, autres “passeurs universels”

Nous avons vu que dans la 5e méthode de recherche des idées et des arguments que « l’on ne connait bien que ce que l’on peut chiffrer ». En formulant cet aphorisme le scientifique du XXe siècle qu’était lord KELVIN, ne se doutait peut-être pas qu’il reprenait l’un des éléments de la théorie des lieux formulé plus de deux mille ans plus tôt. Nous avons vu par ailleurs que la puissance des chiffres sur le plan de la communication découle de ce qu’ils sont des synthèses. L’efficacité de cette méthode demeure aujourd’hui sous les formes modernes que sont, parmi d’autres, les enquêtes d’opinion ou sondages, les statistiques, l’audience des médias, les listes de best-sellers, les étoiles en matière d’hôtellerie etc.

L’intérêt de ces témoignages est que comme l’exemple et les figures de rhétorique ils sont  des “passeurs universels”. Ils constituent un passage entre l’abstraction et le concret et ils sont également par conséquent autant d’éléments de nature à favoriser l’association des idées. Une bonne pratique sera donc de rechercher les chiffres significatifs susceptibles d’enrichir une communication sans toutefois en abuser, sachant que, paradoxalement, ceux-ci tout en reflétant une réalité concrète sont eux-mêmes des abstractions.

7.3. Les oppositions : une chose et son contraire

Les oppositions ou contraires sont des dérivés des lieux rhétoriques principaux et ont de ce fait, comme ces derniers, un caractère général, abstrait qui n’est pas, en principe, de nature à favoriser l’association des idées. Cependant ces oppositions telles que général/particulier, essentiel/secondaire, analytique/synthétique et d’autres sont assez fréquemment utilisées et donc assez connues. Elles sont de ce fait de nature à générer des idées. Par exemple, dans le paragraphe 7.1.3. qui concerne les synonymes, j’ai opposé, quasi machinalement, la richesse quantitative d’un vocabulaire et sa richesse qualitative. Or, tout d’abord je n’avais pensé qu’à l’aspect quantitatif. L’utilisation du terme quantitatif a presque automatiquement suscité dans mon esprit une association d’idées avec le qualitatif.

IVe PARTIE – LES METHODES DE CIRCONSTANCES

Par opposition aux méthodes générales de recherche d’idées, les méthodes de circonstances portent sur des concepts précis, prédéfinis ce qui, apparemment, en limite l’utilisation. Apparemment car ces méthodes reposent sur un concept plus général : celui du questionnement, procédé qui peut être, lui, utilisé comme méthode générale dans la résolution de problèmes.

8. Les five WS : Who ? What ? Where ? Why ? How ?

La méthode des « Five WS » (cinq W) est la modernisatio anglo-saxonne d’une méthode très ancienne, datant de l’antiquité latine : la méthode des QQOQCCP : Quis ? Quid ? Quibus auxiliis ? Cur ? Quomodo ? Quando ? ou en français : Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? Comment ? Combien ? Pourquoi ? Ce sont les sept questions qui définissent les circonstances d’une situation.

Selon Wikipedia cette méthode a elle même plusieurs origines historiques dont notamment l’hexamètre de Quintilien qui, comme son nom l’indique porte sur sept points ou questions : la personne ? Le fait ? Le lieu ? Les moyens ? Les motifs ? la manière ? le temps ?

La méthode des Five WS est utilisée pour relater un évènement, notamment par certaines professions, journalistes, policiers etc

  • Who ? De qui s’agit-il ?
  • What ? De quoi s’agit-il ?
  • Where ? Où cela s’est-il passé ?
  • Why ? Pourquoi cela est-il arrivé ?
  • How ? Comment cela est-il arrivé ?

Au-delà des « Five W », Wikipedia fait état de la redécouverte en 1945 par Edward Deming de l’intérêt de la méthode du questionnement en matière d’analyse :

« Toute démarche d’analyse implique en effet une phase préalable de « questionnement systématique et exhaustif » dont la qualité conditionne celle de l’analyse proprement dite, en vue de collecter les données nécessaires et suffisantes pour dresser l’état des lieux et rendre compte d’une situation, d’un problème, d’un processus ».

« Faire le tour d’une question conduit à s’en poser et à répondre à de nombreuses – 5 à 10 suivant les auteurs » telles que : Que fait-on ? Avec quoi le fait-on ? Qui est concerné ? Qui le fait ? Et pourquoi cette personne ? Où le fait-on ? Quand le fait-on ? Avec quelle quantité ? » etc.

Il est intéressant de noter que la méthode du questionnement, notamment sous sa forme d’origine (QQOQCP) fait l’objet de publications et qu’elle est même enseignée dans certaines écoles. (cf l’article de Wikipedia).

9. Marketing : marché, clientèle, produit, prix, communication

 En prenant modèle sur la méthode du questionnement évoquée ci-dessus, on peut, par exemple, lorsqu’on a à traiter d’un problème d’économie ou plus précisément de marketing, se poser les cinq questions suivantes :

• Le marché. Son importance ?

• La clientèle. Qui est-elle ?

• Le produit. Quel type de produit la clientèle recherche-t-elle ? Concurrence ?

• Le prix. Solvabilité de la clientèle ? Prix pratiqués par la concurrence ?

• La communication. Médias, supports, argumentaires adaptés à la clientèle ?

A chacun d’élaborer un questionnement spécifique en fonction du sujet traité.

10. Merci ! Bravo ! Continuez !

Plan utilisable dans toutes sortes de speechs. Voici un exemple extrait d’un speech prononcé par le président d’un club de jeunes sportifs pour commencer la saison :

• Merci ! Merci aux enfants, aux parents, aux moniteurs, aux bénévoles, etc.

• Bravo ! Bravo les enfants pour…, bravo les parents pour…, bravo les moniteurs pour…, bravo les bénévoles pour…, etc.

• Continuez ! Continuez, que vous ayez gagné ou perdu, car… etc.

11. Le dialogue : vous, moi, nous

Plan parfois conseillé pour des lettres commerciales ou pour les candidats à un emploi :

• Le client, l’entreprise

• Ce que je propose

• Intérêt de notre collaboration

 

SYNTHESE et CONCLUSION. RHETORIQUE, PSYCHOLOGIE & N.T.I.C., MEME COMBAT !

Préliminaire : une panne sèche qui tombe à pic !

Nombre de mes lecteurs ont sans doute éprouvé un jour ou l’autre, lorsqu’ils avaient un texte à rédiger, le redoutable syndrome de la page blanche, de la panne sèche. On n’arrive plus à aligner un seul mot. Panne sèche que j’évoquais dans l’introduction. C’est ce qui s’est passé en ce qui concerne la rédaction de la première version de la conclusion de cet article. C’est l’histoire de l’arroseur arrosé !  D’où le message quelque peu cavalier que les premiers lecteurs ont trouvé en lieu et place de conclusion : « Patience SVP ! L’inconscient de votre serviteur est en plein travail ! »

Si je m’étends sur cette anecdote c’est qu’elle tombe à pic pour illustrer le travail inconscient de l’association des idées (V. Wikisource et Wikipedia), travail qui constitue, parallèlement à la consultation des précieuse sources externes d’information, la base de la méthode de recherche des idées et des arguments que j’ai exposée dans cet article. Que le lecteur me fasse l’honneur de croire qu’il ne s’agit pas d’une fiction imaginée pour les besoins de la cause mais bien de la relation de ce qui s’est réellement passé.

Après avoir passé une grande partie de la journée du 9 avril sur les finitions de cet article qui, par exception à la règle que je me suis fixée (cf. § 3.3,) sera publié le même jour en fin d’après-midi, je n’étais plus très frais quand vint le moment de rédiger la conclusion. J’ébauchais une première version que je trouvais insatisfaisante pour ne pas dire médiocre. Celle-ci se limitait à la complémentarité entre les sources internes des idées : notre éducation, notre expérience, notre culture et les sources externes, internet, bibliothèques, médias etc.

Je ressentais plus ou moins consciemment que la banalité de cette ébauche ne reflétait pas du tout l’importance de ce processus psychologique essentiel qu’est l’association des idées et de sa complémentarité avec la rhétorique et les N.T.I.C. tout en ne parvenant pas à l’exprimer. Mais quand un texte ne me satisfait pas c’est un peu comme si le feu passe à l’orange dans mon esprit et met celui-ci en état d’alerte.

Je savais par une longue expérience que dans ce genre de situation de blocage il est tout à fait inutile d’insister et je laissais donc « la nuit me porter conseil » en laissant s’effectuer le travail de l’inconscient et de l’association des idées. Ce qu’elle ne manqua pas de faire. Le matin suivant je trouvais en quelques instants les quelques mots clés qui allaient constituer l’ossature de cette conclusion : « Rhétorique, associations des idées, N.T.I.C., Mind Map, même combat » !, tout en conservant par ailleurs l’idée de la première conclusion ébauchée : les rôles respectifs des sources internes et externes dans la recherche des idées.

1. Complémentarité et synergie entre la rhétorique, l’association des idées, les N.T.I.C., Mind Map et les sources externes d’information en ce qui concerne la recherche des idées et des arguments

On peut dire que les cinq outils intellectuels énumérés ci-dessus mènent le même combat dans la recherche des idées et des arguments dans la mesure ou ils sont très complémentaires. Il y a manifestement synergie entre eux et on a toujours intérêt à les utiliser simultanément. La rhétorique apporte ses six principes universels et la rigueur encore inégalée de ses méthodes. Le phénomène de l’association des idées  (V. Wikisource et Wikipedia) nous incite à optimiser le fonctionnement de notre esprit en tenant compte des connaissances apportées par les sciences cognitives. Les N.T.I.C. et MindMap apparaissent comme des outils tout aussi indispensables dans le domaine de la recherche des idées et des arguments que dans d’autres, MindMap occupant un rôle prééminent parmi les premières. Enfin les sources externes d’information constituent, on l’a déjà évoqué, un complément indispensable et très précieux de la source interne qu’est l’association des idées

2. La rhétorique

Nous avons vu que la théorie des lieux rhétoriques, théorie qui porte sur le sujet de cet article : la recherche des idées et des arguments est en grande partie obsolète en raison à la fois de sa complexité et du fait qu’elle est invalidée par la théorie psychanalytique. Je rappelle à ce sujet l’expression drolatique des deux éminents professeurs américains de rhétorique cités dans « Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace ? », Corbett et Connors :

« Topics just sit there, inert and unprovocative of ideas » (Les lieux rhétoriques sont plantés là, inertes et improductifs d’idées)

Il faut cependant se garder de jeter le bébé avec l’eau du bain. Bien qu’ayant perdu une grande partie de ses charmes la théorie des lieux à encore de beaux restes. On peut les diviser en deux catégories : d’une part le fait que la rhétorique est le héraut de la logique, d’autre part les « passeurs universels » du concret à l’abstrait que sont l’exemple, les témoignages et les figures de rhétorique.

            2.1. La rhétorique, héraut de la logique

Nous avons vu dans « Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace » que l’un des trois langages de la rhétorique est la logique, langage que cette discipline utilise pour s’adresser à l’un des trois fondamentaux de la nature humaine : la raison

Ce qu’il faut essentiellement retenir, à mon avis, de la rhétorique en ce qui concerne la logique c’est qu’elle a attiré l’intention sur la très grande importance de cette discipline dans la compréhension du langage. Il faut  bien avoir à l’esprit que la rhétorique n’est pas en elle-même une méthode de logique mais qu’elle utilise la logique pour étayer l’argumentation. La rhétorique est en quelque sorte le héraut de la logique.

Lorsqu’on analyse les cinq méthodes générales de recherche des idées qui figurent dans la MindMap qui illustre cet article on constate que trois d’entre elles sont centrées sur la logique alors même qu’elles sont postérieures à la rhétorique. Il en est ainsi de la logique cartésienne, de la méthode SWOT, de Mind Map. Ces méthodes sont en quelque sorte les héritières indirectes de la rhétorique. Leurs concepteurs ont été amenés à aller au-delà de la logique aristotélicienne qui a constitué la référence en matière de logique pendant des siècles.

Ce qu’il reste à mettre au crédit de la rhétorique sur le plan de la logique pratique c’est d’avoir consacré sa deuxième partie à la mise en ordre des idées et des arguments et par ailleurs, dans le concept de définition, d’avoir insisté sur les témoignages chiffrés, thème qui a été repris deux mille ans plus tard par Lord Kelvin.

            2.2. Les trois « passeurs universels de la rhétorique profonde ».

J’ai emprunté, on s’en souvient, cette très belle et très profonde expression des « trois passeurs universels de la rhétorique profonde » à Paola RAISSA. Cet auteur ne l’utilise que dans le cas de l’exemple en rhétorique mais elle peut aussi bien s’appliquer aux deux autres outils très importants de cette discipline que sont les témoignages et les figures de rhétorique.

Ces trois « passeurs universels » permettent de réaliser une démarche fondamentale qui est celle du passage de l’abstraction, en général peu apprécié de notre esprit, au concret. Nous ne percevons la réalité que par nos cinq sens, dont les deux les plus importants en ce qui concerne la compréhension du langage, sont le visuel et l’auditif. Or nos sens, de même que l’inconscient, ne perçoivent que les images ou les sons. Ils ne perçoivent pas l’abstraction laquelle est une construction intellectuelle qui se situe hors du champ de leur radar.

L’un des grands défauts de la rhétorique, en ce qui concerne son enseignement, est d’être par trop demeurée dans l’abstraction, dans les généralités, d’être une discipline académique de lettrés, d’universitaires, de spécialistes alors que ses pères fondateurs avaient, eux, les pieds sur terre et avaient bien perçu les dangers de l’abstraction sur le plan de la compréhension du langage.

N’oublions jamais, par conséquent, que pour être facilement compréhensible, une communication doit être équilibrée entre l’abstraction, qui est le plus souvent le domaine de l’esprit, de la logique et le concret qui est celui des sens, de la psychologie et dont les trois outils principaux sont, on vient de le voir, les exemples, les témoignages et certaines figures de rhétorique.

 3. L’association des idées.

3.1. Le prérequis pour l’utilisation de la rhétorique et l’association d’idées : le niveau de la classe de première !

En mettant l’accent sur la source interne des idées et des arguments qu’est l’association des idées (V. Wikisource et Wikipedia) et en soulignant que la richesse de ces associations est directement fonction du stock d’idées que chaque individu détient dans son esprit j’ai peut être inquiété certains lecteurs qui pourraient estimer n’avoir pas le niveau requis.

Je les rassure tout de suite. La classe de rhétorique qui a été supprimée, en France, en 1902, était celle de première. Je ne doute pas que le niveau culturel de mes lecteurs soit au moins égal à celui de cette classe !

N’utilisons-nous pas nous-mêmes l’association des idées sans en avoir bien conscience comme Monsieur Jourdain pratiquait la prose sans le savoir ? Ne serait-ce, pour ne prendre qu’un seul exemple, très courant, qu’en suivant ou en posant des liens sur des textes à publier ou publiés sur internet ? Lorsque nous suivons un lien, nous suivons une association d’idées existante, établie par un autre. Il s’agit donc, à ce stade, d’une opération consciente. Mais l’association d’idées qui a généré cette opération dans l’esprit du poseur de ce lien est, elle, selon la théorie psychanalytique, inconsciente.

3.2. L’un des principaux processus cognitifs de l’esprit humain

A la différence de la théorie des lieux rhétoriques l’association des idées  n’est pas à proprement parler, on l’a vu, une méthode qui définit dans le détail le processus de recherche de celles-ci mais une manifestation de l’un des principaux processus cognitifs de l’esprit humain. Stuart Mill la considérait même, sans doute avec quelque excès, comme “la source de toute la connaissance”. L’association des idées n’est pas une comète isolée qui file dans le ciel du XXIe siècle. Elle est intemporelle car étroitement liée au fonctionnement de l’esprit humain. Ce mécanisme intellectuel était déjà bien connu des philosophes grecs. Wikisource en donne une définition philosophique qui a le grand mérite d’être claire. Celle de Wikipedia est d’ordre psychologique et insiste sur les applications qui en sont faites dans une quinzaine de spécialités de la psychologie, depuis la finance comportementale jusqu’à la psychologie militaire. C’est dire son importance.

Les cinq méthodes générales de recherche des idées examinées dans cet article sont avant tout des cadres intellectuels destinés à orienter et à encadrer cette recherche. Au premier abord, cette méthode peut paraître compliquée à utiliser mais d’une part on ne peut ignorer ce processus cognitif au risque si on l’ignore de tomber dans le dogmatisme de méthodes de communication sans fondements psychologiques, dont la théorie des lieux rhétoriques est un bon exemple, et d’autre part, comme toute nouvelle méthode, celle-ci nécessite un apprentissage.

En résumé, je dirai qu’à la différence de la théorie des lieux qu’elle remplace, l’association des idées est naturelle, facile à utiliser si l’on y prête un minimum d’attention et surtout efficace.

3.3. Il est indispensable de faire confiance à son inconscient

Il est indispensable dans l’utilisation de cette méthode de faire confiance à son inconscient, ce qui n’est peut-être pas évident pour qui n’a pas de formation psychologique, sachant cependant que cette dernière n’est nullement indispensable. Il est vraisemblable que certains lecteurs ont eux-mêmes fait l’expérience du fonctionnement de leur inconscient en croyant en fin de journée avoir bien finalisé un texte et en s’apercevant le lendemain matin que celui-ci était en tout ou partie à reprendre ! L’association des idées n’a pas chômé au cours de la nuit. Précisons à ce sujet que l’association des idées fonctionne de manière permanente, en continu, de jour comme de nuit. Dans ce dernier cas elle porte, outre le genre de situation décrit plus haut, sur les rêves. En cas de blocage diurne des idées il suffit parfois d’une pause, plus ou moins longue, pour que celles-ci reviennent.

Personnellement j’évite toujours, dans la mesure du possible, de publier un texte en fin de journée et je laisse passer la nuit. Je suis presque toujours surpris du résultat et suis quasiment toujours amené à apporter des modifications, souvent importantes. Pratiquer régulièrement de la sorte permet de vérifier l’existence de ce phénomène inconscient qu’est l’association des idées. Une fois que l’on a expérimenté cette méthode celle-ci devient vite une seconde nature.

Il faut parallèlement souligner que l’association des idées, mécanisme interne reposant sur l’utilisation du stock d’informations détenus par chaque individu, est puissamment aidé par le recours aux sources externes : encyclopédies, médias et autres. Je reviendrai plus loin sur ce point essentiel.

4.  Les N.T.I.C., bonnes à tout faire numériques de la rhétorique

Il m’arrive parfois de faire l’inventaire des outils numériques que j’utilise pour rédiger un article et je suis toujours surpris par leur nombre. Dans le cas présent, outre l’incontournable Word et certaines de ses fonctionnalités spécifiques comme la galerie de styles, j’ai utilisé le système d’exploitation de mon blog, WordPress ainsi que certaines extensions et un thème spécifique, puis le logiciel MindMap, l’encyclopédie Wikipedia (intensivement), le correcteur et le dictionnaire d’Antidote, la banque d’images de Google. Il est clair que cet article n’aurait pas pu être réalisé dans sa forme et sa présentation actuelles sans l’aide de chacun de ces six outils.

Par ailleurs il faut souligner que ces outils numériques sont des outils puissants en ce qui concerne l’utilisation optimale de la rhétorique. Ce sont en quelque sorte les bonnes à tout faire numériques de cette discipline.

4.1. Les N.T.I.C. aides à la logique

Les N.T.I.C.facilitent l’utilisation de la logique en permettant, par exemple, la réalisation rapide d’un sommaire détaillée, de trouver non moins rapidement des arguments dans Wikipedia, de vérifier orthographe et grammaire, de préciser sa pensée en cherchant dans Antidote ou dans d’autres sources des définitions, des synonymes, des étymologies ou des exemples.

4.2. Les N.T.IC. aides à la psychologie

Les N.T.I.C. sont tout aussi utiles sur le plan psychologique en permettant de réaliser des documents en couleur et illustrés tels que MindMap, de joindre des images pour expliciter et agrémenter le texte, de soigner la mise en page et la typographie, en un mot d’améliorer le « design », souvent négligé, d’un texte.

4.3. Les N.T.I.C. aides à l’éthique

Last but not least, on sait que l’objectif primordial de la rhétorique, selon Aristote lui-même, est de susciter la confiance. Inutile de tenir un propos apparemment parfaitement conforme à la logique et à la psychologie s’il n’est pas conforme à l’éthique et si par conséquent il ne suscite pas la confiance.

La contribution des outils numériques sur ce point est importante. Ceux-ci permettent entre autres outre de soigner la forme, signe de qualité intellectuelle, d’inclure des liens avec des articles d’auteurs faisant autorité ou avec les propres textes de l’auteur lorsque ceux-ci traitent du même sujet, de rechercher rapidement et d’inclure des citations permettant de conforter les propos soutenus, de constituer facilement des bibliographies et des index qui facilitent et agrémentent la consultation pour le lecteur et lui montre que l’auteur se soucie de lui.

5. Et si l’on ne retenait que deux méthodes ? MindMap et le Plan

Si je n’avais que deux méthodes à conseiller parmi les onze proposées dans cet article je choisirai sans hésiter MindMap en association avec la méthode des plans. Il y a, en effet, on l’a vu, une continuité évidente entre la rhétorique qui est à la fois méthode de pensée ET méthode de communication et MindMap qui est à la fois un logiciel d’aide à la réflexion ET un logiciel d’aide à la communication.

Structurellement MindMap est, la réplique graphique d’un plan avec son idée centrale, le sujet traité, ses branches maitresses à partir desquelles s’organise la synthèse et les branches secondaires lesquelles concernent l’analyse. Or, on a vu que le plan est le « service minimum de la communication ». Sans plan l’auteur et son public sont aveugles.

On peut avec une MindMap organiser toutes sortes de plans : thématique, dialectique celui de la méthode SWOT ou d’autres. MindMap s’avère donc comme l’outil idéal pour structurer sa pensée, de manière logique, selon un plan. MindMap facilite beaucoup, notamment, par les divisions de l’arborescence, l’application  de la règle cartésienne de l’analyse. On a vu que cette règle, qui consiste à subdiviser la difficulté en autant de ses composantes est, suivie par la méthode SWOT, l’une des principales méthodes de résolution de problème.

Mais MindMap est non seulement un instrument éminemment logique, il est aussi un outil très psychologique. En effet, en utilisant les formes, les couleurs et les images MindMap s’adresse à l’un de nos deux principaux sens, le visuel, et par voie de conséquences aux affects qui sont touchés par ces moyens.

MindMap permet enfin de réaliser des documents très structurés et d’une grande qualité graphique ce qui leur confère un caractère de sérieux, donc d’éthique.

En résumé, MindMap facilite la réalisation de documents utilisant les trois langages de la rhétorique : la logique, la psychologie et l’éthique.

Mais on se saurait terminer ce panégyrique de MindMap sans évoquer sa ludicité qui alliée à sa parfaite ergonomie en font un outil très créatif, sans doute le plus créatif et donc le plus efficace en matière de recherche d’idées et d’arguments. (Je n’ai malheureusement aucune participation chez l’éditeur de MindMap !).

Cela dit, il ne s’agit là que d’une hypothèse pédagogique destinée à insister sur l’importance de MindMap et du Plan. Ainsi que je l’ai déjà dit les six outils examinés dans cette synthèse sont très complémentaires.

6. Les précieuses sources externes d’information

La source d’information interne qu’est l’association d’idées est très loin d’être la seule source d’information. Les sources externes : encyclopédies numériques ou autres, médias, bibliothèques sont tout aussi importantes et de plus très facilement consultables par internet. J’ai constamment recours à ces sources externes pour compléter mes connaissances. Il me serait impossible de rédiger les articles qui figurent dans mon blog si je n’avais pas constamment recours à ces sources. Par exemple, lors de la rédaction de cet article j’ignorais jusqu’à l’existence de Paola RAISSA dont j’ai cité l’excellent ouvrage sur l’exemple. On peut d’ailleurs estimer que l’association des idées joue également un rôle, de manière différente, dans la recherche des sources externes, l’esprit étant constamment à l’affût, lorsqu’on s’intéresse à un sujet, de nouvelles informations.

Il faut insister sur le fait que l’un des principaux effets de la révolution internet est de mettre facilement à la disposition de tous nombre de connaissances. Revenons quelques dizaines d’années en arrière, avant l’arrivée d’internet et souvenons-nous de la galère que constituait la recherche documentaire avec la consultation de volumineuses encyclopédies papier, d’ailleurs aujourd’hui disparues.

Cher ami lecteur voilà le fruit de mes tardives associations inconscientes d’idées qui, je l’espère, seront bien comprises malgré qu’elles aillent quelque peu en dehors des sentiers battus de la rhétorique classique. Elles tentent, avec celles d’autres esprits plus éclairés, de tracer ceux d’une rhétorique moderne.

 

Louis Marchand

Crédits iconographiques : creative commons et 123 rf
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