Sciences cognitives : la grande importance de  l’interconnexion  entre la communication écrite et la communication verbale

Sciences cognitives : la grande importance de l’interconnexion entre la communication écrite et la communication verbale

 

 

Sciences cognitives : la grande importance de  l’interconnexion  entre la communication écrite

et la communication verbale

cerveau cowboy

1 – Cartographie des zones du langage écrit et des zones du langage verbal dans le cerveau

Depuis longtemps les sciences cognitives, notamment les neurosciences, ont démontré l’existence, dans le cerveau, de zones distinctes en ce qui concerne le langage verbal et le langage écrit.

On  trouvera ci-dessus une cartographie détaillée de ces zones qui illustre, une fois de plus, cette différenciation.  Elle a été élaborée par un ingénieur qui a, non seulement, une grande expérience de la communication, mais qui, de plus, est très averti du fonctionnement du cerveau en la matière. Bien qu’établie sur la base de recherches récentes, cette cartographie n’a pas l’ambition de constituer un document médical à proprement parler mais plutôt de faire la synthèse générale de ces recherches et, ainsi, de faire mieux comprendre d’une part la différenciation des zones du cerveau en matière de langage écrit et de langage verbal, mais aussi la pluralité et l’interconnexion de ces zones. Je remercie vivement l’auteur de cette cartographie, dont on trouvera ci-après les coordonnés (http://lancien.cowblog.fr) de m’avoir donné l’autorisation de la publier.

2 – Les sciences cognitives

Les neurosciences ne constituent que l’une des six disciplines que comprennent les sciences cognitives. Avant d’examiner l’incidence, très importante, de ces sciences sur la connaissance des mécanismes de la communication écrite et verbale, je les énumérerai, sans entrer dans le détail, mais simplement pour que l’on puisse en avoir une idée.

D’après l’encyclopédie Wikipedia “Les sciences cognitives regroupent un ensemble de disciplines scientifiques dédiées à la description, l’explication, et le cas échéant la simulation, des mécanismes de la pensé:  l’anthropologie, la psychologie, les neurosciences, la philosophie, l’intelligence artificielle”.

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Représentation symbolique des liens interdisciplinaires entre les sciences constitutives du domaine des sciences cognitives. Les traits pleins représentent les liens qui existaient aux premiers temps des sciences cognitives, jusqu’en 1978 ; les traits pointillés représentent les liens interdisciplinaires qui se sont développés depuis, par l’un des pères fondateurs du domaine,G. A. Miller (Source Wikipedia).

A cette seule énumération des sciences cognitives on conçoit que celles-ci aient pu contribuer de manière importante à la connaissance des mécanismes de la communication.

3 – Quelques apports essentiels des sciences cognitives en ce qui concerne la connaissance des mécanismes de la communication

3.1. Apport des neurosciences : la plasticité cérébrale ou neuronale

D’après la cartographie du cerveau figurant plus haut il existerait non pas une seule zone du langage verbal ou du langage écrit mais de multiples zones, interconnectées entre elles et par ailleurs susceptibles de se modifier. C’est ce que les neurosciences dénomment plasticité cérébrale ou plasticité neuronale. D’après l’encyclopédie Wikipédia : “La plasticité neuronale s’exprime par la capacité du cerveau de créer, défaire ou réorganiser les réseaux de neurones et les connexions de neurones”.

C’est ce qui se passe, notamment, dans les phases d’apprentissage. Par exemple lorsqu’un enfant apprend à monter à bicyclette, les débuts sont quelque peu chaotiques, avec des chutes et des zig-zags, mais, ensuite, cela lui devient facile et naturel. On peut aussi comparer la plasticité neuronale au travail d’un homme qui se fraie un passage dans la forêt vierge à coups de machette, tâche physique et fatigante. Mais, une autre fois, cet homme pourra faire le même parcours avec facilité.

3.2. Apport de la Programmation neuro-linguistique : la perception de la réalité simultanément par nos cinq sens

La Programmation Neuro-Linguistique (P.N.L.) est une branche de la psychologie qui emprunte un certain nombre d’éléments aux sciences cognitives, notamment aux neurosciences, à la psychologie classique, et à la linguistique. La P.N.L. montre que la nature humaine est une et que nous percevons la réalité par l’ensemble de nos cinq sens : visuel, auditif, kinesthésique, olfactif et gustatif, les deux premiers étant, chez la plupart des individus, les plus importants. Si, pour les besoins de l’analyse, nous distinguons chaque  sens, dans la réalité nous fonctionnons comme si nous n’en avions qu’un seul, chacun nous apportant un message différent mais complémentaire sur cette réalité. Plus le nombre de sens que nous utilisons pour appréhender la réalité est élevé, plus précise est la perception que nous avons de cette dernière et, plus précise également est, par voie de conséquence, notre communication.

Comme le dit bien Juan Ramon Jimenez, poète espagnol, prix Nobel de littérature en 1956 :

En chaque sens sont les cinq autres”

Les circonstances de la vie au cours desquelles nous utilisons consciemment, simultanément, nos cinq sens, sont rares. Il y en a, semble-t-il, deux principales : les repas, de préférence gastronomiques mais pas nécessairement et, dit-on, les relations amoureuses. Ce n’est donc pas un effet du hasard si les uns et les autres peuvent nous procurer autant de plaisir ! Il faut, à ce sujet, faire très attention, dans les repas d’affaires chers aux français, à ne pas se laisser influencer par la synchronisation des esprits que génère un bon repas ! On sait que l’un des grands secrets de la carrière diplomatique exceptionnelle de Talleyrand, fut, de son propre aveu, qu’il avait, très intentionnellement, l’une des tables les plus raffinées de toute l’Europe !

Inversement la privation de l’un des sens, comme la vue ou l’audition, est cause de souffrance car la perception de la réalité en est fortement amoindrie.

L’interconnexion de nos deux principaux sens: le visuel et l’auditif, en matière de communication écrite et verbale, est bien synthétisée dans un récent article du « Magazine Littéraire » :

« Le “gueuloir” de Flaubert …Réexaminée à la lumière des plus récentes recherches sur la cognition, la question générale des liens entre écrire et lire, lire et dire, dire et entendre, semble contenir des complexités inattendues qui rendent tout son sens au problème de l’oralisation dans l’écrit ».

4 – L’intérêt vital en matière de communication de ne laisser en friches aucune des zones de notre cerveau : zones du langage verbal, zones du langage écrit.

La connaissance de la différenciation des zones du cerveau et celle du fonctionnement de nos cinq sens montre que si nous n’utilisons pas de manière équilibrée les unes et les autres, nous laissons en friche toute une partie de notre cerveau, et par voie de conséquence, toute une partie de notre communication et même de notre personnalité. Si nous cantonnons notre communication à l’écrit nous laissons en friche les zones du langage. Et inversement.

N’est-ce pas ce qui s’est passé, en France, avec l’abolition de la rhétorique, alors même qu’aux Etats-Unis le développement exceptionnel de l’enseignement de la prise de parole en public et du débat d’idées, simultanément à celui de l’écrit, semble avoir mené ce pays au leadership intellectuel actuel ? (v. “Le 21ème siècle, siècle des Lumières  américain”,  “Le cercle vertueux des cinq leaderships intellectuels américains” et “The power of oratory in the United States“)

Inversement, la suppression, en France, dans l’enseignement, de la pleine utilisation du sens auditif, comme on l’a fait  en 1902,  avec la suppression de la rhétorique, n’apparait-elle pas, avec le recul et à la lumière des sciences cognitives, comme une erreur psychologique et pédagogique majeure ? D’autant plus que nous n’utilisons souvent, en matière d’écrit,  qu’une fraction du sens visuel : celle qui reconnait l’écriture. En général, nous n’illustrons que peu notre discours par les formes, les couleurs et surtout l’image. Or, rien n’est plus abstrait, et donc moins représentatif de la réalité, que l’écriture. Nous sommes très habitués à notre alphabet romain, mais imaginons, un instant, que nous soyons en présence d’un texte écrit en arabe ou en chinois ! Ce n’est certes pas un effet du hasard si les journaux quotidiens, y compris les plus austères, sont tous, aujourd’hui, illustrés.

Sur le plan pratique, ces différentes considérations  montrent  que si nous voulons  améliorer notre communication, ne serait-ce qu’écrite, ainsi que, par la même occasion, nos facultés intellectuelles, la pratique simultanée de l’écrit et de la prise de parole en public, à l’instar de ce que font les américains, et certains grands auteurs, est indispensable. A fortiori, par définition, si nous voulons aussi améliorer globalement celle-ci.

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