LEADERSHIP ET EXCELLENCE DE LA COMMUNICATION : UN LIEN DIRECT

LEADERSHIP ET EXCELLENCE DE LA COMMUNICATION : UN LIEN DIRECT

SOMMAIRE

Introduction. Désir essentiel de l’homme, hypersensibilité à la communication, leadership

1. Le désir essentiel de l’homme : la communication

2. « La solitude : l’enfer est tout entier dans ce mot »

3. Le lien direct entre hypersensibilité à la qualité de la communication et leadership

4. Le leadership des Etats-Unis et le retard de la France sont directement liés à la communication

Conclusion. Qualité de la communication et qualité de la pensée

Introduction. Désir essentiel de l’homme, hypersensibilité à la communication, leadership

Les travaux des plus grands psychologues contemporains vont tous dans le même sens. Ils  montrent que le désir essentiel de l’homme est la communication et qu’il résulte de ce désir prédominant une hypersensibilité à la qualité, à l’excellence, de la communication. Ce qui explique que, quel que soit le domaine d’activité, le leadership soit en général lié à cette dernière.

1. Le désir essentiel de l’homme : la communication

De tout temps, grands esprits, philosophes, hommes de sciences se sont intéressés aux ressorts profonds de la nature humaine. Nous avons vu dans « Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace ? » que le génie des philosophes grecs est d’en avoir identifié les trois fondamentaux : la raison, les valeurs et les affects, fondamentaux intemporels et universels, ainsi que les trois langages qui permettent respectivement de les toucher : la logique, l’éthique et la psychologie.

Plus près de nous, Freud distinguait deux grandes catégories de pulsions : éthos, pulsion de vie et thanatos, pulsion de mort, dont font partie les pulsions secondaires.

Boris Cyrulnik

Les plus grands psychologues contemporains mettent, eux, l’accent sur le langage et sur le désir de  communication comme élément central de la nature humaine. Ainsi Jacques Lacan énonce-t-il que « La loi de l’homme est le langage » et Boris Cyrulnik  résume-t-il de manière lapidaire que « L’homme seul n’existe pas ».

Mais celle qui est la plus précise sur cette question fondamentale est la psychanalyste de génie que fut Françoise Dolto. En une seule phrase de quatorze mots qui, par sa concision, sa clarté et sa simplicité, est une merveille de communication, elle synthétise parfaitement le sujet :

«L’homme est essentiellement un être de langage et son désir essentiel est la communication».

« Son désir essentiel », c’est-à-dire avant les trois autres grandes catégories de désirs que sont les désirs physiques, y compris le désir sexuel, les désirs psychologiques autres que celui de la communication et même les désirs spirituels. Dolto, Lacan et Boris Cyrulnik se distinguent à ce sujet de Freud qui, on le sait, faisait de la libido l’élément moteur de la nature humaine.

Françoise Dolto explicite ensuite de manière non moins claire et précise sa pensée :

« Nous n’existons que parce que nous sommes reconnus par d’autres et ceux-ci n’ont, à leur tour, d’existence que parce que nous les reconnaissons et que nous nous retrouvons en eux à la fois semblables et autres ».

Ce que Lacan formule de manière différente et complémentaire :

« Le langage structure toute la relation interhumaine »

« Dans le langage notre message nous vient de l’autre sous une forme inversée

2. « La solitude : l’enfer est tout entier dans ce mot »

Qui ne se reconnaitrait pas dans les propos de Françoise Dolto ? Il est intéressant de les confronter, ainsi que ceux de ses confrères, à ceux de grands esprits ou de personnalités de toutes époques mais aussi à certains faits scientifiques.

J’ai emprunté le titre de ce paragraphe, « La solitude : l’enfer est tout entier dans ce mot »,  à Victor Hugo, mais L’Ecclésiaste, Picasso, mère Thérésa ou encore Lady Diana disent tous la même chose : la solitude, prise dans le sens de l’isolement, c’est-à-dire en tant que contraire de la communication, nous est insupportable, au sens propre, physique, du terme. Cela n’a rien de surprenant puisque : « notre désir essentiel est la communication ». Je fais référence ici à la solitude en tant qu’isolement, car on sait bien que celle-ci est aussi, à l’inverse, source de créativité. Comme le dit Goethe :

« Toute production importante est l’enfant de la solitude ».

L’opinion de ces personnalités est d’autant plus intéressante qu’elle est tout à fait corroborée par la science. De nombreuses études, montrent, par exemple, que toutes les formes de communication qu’utilise une mère à l’égard d’un nouveau-né et dans les mois qui suivent : par la voix, le regard, le toucher, l’odorat, le gout, c’est à dire par le canal des cinq sens, sont des éléments essentiels de la constitution de la personnalité et de l’équilibre de cet enfant à l’adolescence et à l’âge adulte.

On connait, à l’inverse, les ravages psychologiques qu’a provoqué en Roumanie chez des milliers d’enfants, sous le règne du dictateur Ceausescu, le fait que ceux-ci aient été abandonnés. Ceausescu, dans sa folie mégalomaniaque, avait indirectement contraint toute Roumaine à avoir au moins quatre enfants ! D’où, de la part d’une population pauvre, des abandons en masse. Ces enfants abandonnés étaient confiés à des hôpitaux qui étaient débordés et dont le personnel ne leur témoignait aucune attention et encore moins d’affection. Ils faisaient même l’objet de mauvais traitements. Ils étaient livrés à eux-mêmes, sans quasiment aucune communication avec des adultes ou avec des enfants plus âgés. De ce fait, une grande partie d’entre eux devenait très déséquilibrée voire débile comme le montrent bien, malgré les sourires de circonstance, certaines des terribles et poignantes photos qui illustrent la fin de l’article auquel renvoie le lien ci-dessus.

Autre exemple : les quartiers d’isolement dans les prisons. Quand un détenu est dangereux, violent, incontrôlable par les moyens ordinaires, la principale sanction est l’isolement et l’absence de toute communication, sauf très ponctuellement avec les gardiens. D’après tous les témoignages, les détenus en ressortent durablement brisés non seulement psychologiquement mais aussi physiquement. “Je deviens fou” dit l’un des détenus interviewés dans l’article du journal Libération auquel réfère le lien ci-dessus.

Plus généralement, différentes études attirent l’attention sur les méfaits de l’isolement dans la société actuelle, non seulement parce que de nombreuses personnes travaillent et vivent seules mais aussi en raison, paradoxalement, du développement de l’internet et des réseaux sociaux. Ces derniers conduisent à une communication purement virtuelle, non réelle, non physique, tenant à l’écart une partie de nos sens.

3 – Le lien direct entre l’hypersensibilité à la qualité de la communication et le leadership

Si je figure sur la MindMap qui illustre cet article, ce n’est certes pas pour  me donner le ridicule de me mettre sur un pied d’égalité avec les illustres personnalités que je mentionne ! C’est parce que cette expression « Nous sommes tous hypersensibles à la qualité de la communication » reflète une réalité qui est rarement exprimée. Cette réalité fait pourtant partie intégrante de notre nature humaine, de notre psychologie. Souvent nous n’y prêtons pas attention.

Le fait que nous soyons des « êtres de langage et que notre désir essentiel soit la communication» explique cette hypersensibilité. Nous ne pouvons percevoir la réalité que par nos cinq sens : le visuel, l’auditif, le kinesthésique, l’olfactif ou le gustatif. Les plaisirs que nous éprouvons ne peuvent donc être générés que par la satisfaction de l’un ou de plusieurs de ces cinq sens. Constamment nous recherchons le plaisir par leur intermédiaire et cherchons à éviter la souffrance. Chez la plupart des individus, les trois sens les plus développés sont le visuel, l’auditif et le kinesthésique. Or, ces trois sens principaux sont ceux qui sont sollicités dans la communication, soit séparément soit, idéalement, ensemble. Un bon orateur, par exemple, communiquera certes non seulement par sa parole et par les intonations de sa voix (auditif) mais aussi par son image corporelle et vestimentaire (visuel) ainsi que par sa gestuelle et ses expressions faciales ou ses mimiques (visuel et kinesthésique). Comme le disait Delphine de Girardin :

“La tournure et la démarche ont autant d’accent que la parole”

C’est la satisfaction simultanée de ces trois principaux sens, très peu fréquente dans d’autres circonstances de la vie, qui explique l’intensité du plaisir que l’on peut ressentir en présence d’une bonne communication et qui nous rend extrêmement réceptifs, hypersensibles à l’excellence que celle-ci  peut atteindre, quels que soient les sujets. C’est aussi cette hypersensibilité qui explique le leadership des individus qui parviennent à cette excellence.

On n’a pas toujours bien conscience que les deux seules principales circonstances de la vie dans lesquelles l’intégralité des cinq sens peut être sollicitée et susciter le plaisir sont les repas conviviaux et, dit-on, les relations amoureuses, si l’on met à part les relations mère/enfant dans les premiers ages évoquées plus haut.

La communication vient en second rang avec, on vient de le voir, la sollicitation de trois sens sur cinq. La différence majeure, par rapport aux deux premiers cas précédents, est que celle-ci peut être exercée de manière beaucoup plus fréquente, voir quasiment permanente, notamment dans les activités professionnelles ou dans certaines activités de loisir. La cause profonde de l’hyper activité dont font montre nombre de chefs d’état, d’artistes, ou de chefs d’entreprise n’est elle pas celle du plaisir de la communication, sans doute intense à leur niveau compte tenu de la qualité de leurs interlocuteurs et de l’importance et de la diversité des sujets traités ?

On peut aisément vérifier la réalité de ce phénomène fondamental qu’est l’hypersensibilité à la communication. Pour quelle raison, par exemple, des personnalités aussi différentes que Charles de Gaulle, Jean Paul II, et Johnny Hallyday drainaient-elles les foules ? Sans aucun doute parce que, sur des sujets respectifs très différents, politiques, religieux, artistiques, elles atteignaient l’excellence dans leur communication. On peut transposer ces trois exemples à de nombreuses personnalités, notamment à des artistes de renom ou à de grands auteurs. Ainsi en est-il d’un Georges Brassens, d’un Jean d’Ormesson ou d’un Picasso.

Quel que soit le domaine d’activité, le leadership semble donc lié, au moins en grande partie, à l’excellence de la communication, laquelle découle elle-même très étroitement, il faut le souligner, de l’excellence de la pensée. Si un communicant est plus apprécié que d’autres, c’est certes par ce qu’il s’exprime mieux, mais s’il s’exprime mieux c’est parce qu’il pense mieux et que, de ce fait il a des choses plus intéressantes à dire. D’où l’intérêt des méthodes qui nous aident à mieux penser, comme la rhétorique ou les N.T.I.C. puisqu’en définitive elles nous aident à mieux communiquer.

Il est tout aussi facile de vérifier que cette hypersensibilité opère dans la vie quotidienne. Qui n’a jamais été sensible à la qualité d’un excellent speech dans quelque occasion familiale ou amicale : mariage, anniversaire, enterrement ? Qui n’a jamais apprécié une excellente émission de télévision, un excellent film, un excellent roman, ou même en entreprise, une excellente présentation ou un excellent rapport ?

Cette hypersensibilité ne devrait-elle pas nous conduire à prêter encore plus d’attention à notre communication que nous ne le faisons habituellement, notamment si nous voulons atteindre le leadership, sachant que nous Français avons en général un grand retard en matière de communication par rapport aux leaders que sont les Américains dans ce domaine ?

4. Le leadership des Etats-Unis et le retard de la France sont directement liés à la communication

Tant sur le plan quantitatif que qualitatif, la France a un grand retard en matière de communication par rapport aux États-Unis .(V. U.S.A. 20.000 centres de formation à la communication)

Sur le plan quantitatif, face aux 20.000 centres de formation à la communication américains, il nous faudrait, proportionnellement, environ 4.000 centres contre une centaine tout au plus.

Sur le plan qualitatif, d’une part nous n’enseignons plus la rhétorique depuis 1902 alors que celle-ci est la base de l’enseignement de la communication aux Etats-Unis et d’autre part – est-ce l’effet du hasard ? – nous n’avons inventé aucune des onze Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (N.T.I.C.) (1). Ces dernières ont toutes été inventées aux Etats-Unis, dont selon l’expression de Laurent Alexandre (2), nous sommes, avec tous  les autres pays de la “vieille Europe“, les « colonisés numériques ».

On voit bien là que le leadership généré par l’excellence de la communication peut aussi bien s’appliquer à un pays qu’à un individu, ce qui n’est pas surprenant puisque, individuellement ou en groupe, nous sommes tous des  “êtres de langage” et que “notre désir essentiel est la communication”.

Conclusion. Qualité de la communication et qualité de la pensée

N’oublions pas que la qualité de la communication est étroitement corrélée à la qualité de la pensée. Comme l’exprime bien l’une des meilleures citations sur la communication, issue de la rhétorique, citation que je ne me lasse pas de citer :

« Bien parler, c’est bien penser ».

Pour progresser en matière de communication il nous faudra donc passer, nous héritiers du siècle des Lumières, par les fourches caudines de la rhétorique et des N.T.I.C., à l’instar des “barbares” d’outre-Atlantique !

On l’a vu dans “Pourquoi la  rhétorique demeure-t-elle aussi efficace ?” celle-ci est la seule méthode de communication qui soit aussi, et avant tout, méthode de pensée.

Quant aux N.T.I.C., par leur facilité et leur rapidité d’utilisation elles sont, par définition, encore plus indispensables dans le domaine de la communication que dans d’autres. En l’espèce, ces Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, facilitent l’élaboration et l’expression de la pensée en libérant cette dernière de la lourdeur de la réflexion et de l’écriture “manuscrites” au profit de la créativité. Par certains côtés, notamment avec les logiciels d’aide à la réflexion et à la communication tels que MindMap, ces technologies deviennent des quasi méthodes de pensée, sans parler de l’intelligence artificielle dont elles sont les composantes essentielles.

Louis Marchand

  1. N.T.I.C. : Nouvelles technologies de l’information et de la communication. A ce jour, il en existe onze, toutes inventées aux U.S.A. : informatique personnelle, internet grand public, bases de données, moteurs de recherche, réseaux sociaux, cloud, smartphones, tablettes, liseuses numériques, montres intelligentes, casques à réalité virtuelle. Qui plus est, nombre de ces N.T.I.C. entrent dans l’élaboration et le fonctionnement de l’intelligence artificielle.
  2. La guerre des intelligences. Intelligence artificielle versus intelligence humaine. J.C. Lattés. Paris. 2017
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