NOUVEAU GUIDE PRATIQUE DES PRINCIPALES FIGURES DE RHÉTORIQUE

NOUVEAU GUIDE PRATIQUE DES PRINCIPALES FIGURES DE RHÉTORIQUE

 

Pourquoi ce “Nouveau guide pratique des principales figures de rhétorique” ?

  1. La définition de la finalité des figures de rhétorique : l’ « expression optimale de la pensée par le langage»
  2. L’indissociabilité des méthodes et des figures de la rhétorique
  3. Un guide intentionnellement limité à 75 figures, au lieu de 200
  4. Un nouveau classement général des figures par critères fonctionnels : organisation de la communication, figures psychologiques, figures linguistiques
  5. Des définitions plus simples et de nombreux exemples
  6. Des sources et une bibliographie diversifiées

Ie PARTIE. FIGURES D’ORGANISATION DE LA COMMUNICATION

  1. Balancement : Antithèse**, Chiasme, Enthymème*, Parallélisme*¤
  2. Clarification : Définition¤, Description étendue, Distinction**, Exemple*¤, Reprise, Synonymie¤
  3. Transition : Hypophore**, Metabase, Prolepse

IIe PARTIE. FIGURES PSYCHOLOGIQUES

  1. Bases :  Analogie**, Comparaison*
  2. Interpellation et Personnification : Allusion*, Apostrophe, Eponymie, Personnification*, Prosopopée
  3. Figures métaphoriques : Allégorie, Antonomase, Catachrèse*, Epithète*, Metaphore*, Metonymie, Personnification*, Synecdoque*
  4. Figures auditives : Allitération*, Assonance*, Homéoteleute, Onomatopée, Paranomase

IIIe PARTIE. FIGURES LINGUISTIQUES

  1. Amplification : Accumulation, Antiphrase, Asyndète**, Enumération**, Euphémisme*, Explétion* , Gradation*, Hyperbole*, Ironie*, Litote, Paradoxe*, Polysyndète*,
  2. Répetition : Anadiplose**, Anaphore**, Antimétabole**, Conduplication*Diacope*  Epanalepse*, Epistrophe**, Epizeuxe*, Scesis onomaton*, Symploque
  3. Dramatisation : Anacoluthe, Aposiopèse*, Dépréciation*, Dubitation, Oxymore*, Prétérition, Question rhétorique*, Sentence*
  4. Opposition : Antiphrase, Antithèse**, Chiasme, Oxymore*, Paradoxe*
  5. Humour et Jeux de mots : Calembour, Oxymore*, Autres jeux de mots,

IVe PARTIE. FIGURES DE SYNTAXE

  1. Anastrophe, Apposition, Parataxe, Parenthèse, SyllepseZeugmas

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE

INDEX

Accumulation, Allégorie, Allitération*, Allusion*, Anacoluthe, Anadiplose**, Analogie**, Anaphore**, Anastrophe, Antimétabole**, Antiphrase, Antithèse**, Antonomase, Apostrophe, Aposiopèse*, Apposition, Assonance*, Asyndète** – Calembour, Catachrèse*, ChiasmeConduplication*, Comparaison*– Définition¤, Dépréciation*, Description étendue, Diacope*, Distinction**, Dubitation – Enthymème*, Enumération**, Epanalepse*, Epistrophe**, Epithète*, Epizeuxe*, Eponymie, Euphémisme*, Exemple*¤,  Explétion*,  Gradation*- Homéoteleute, Hyperbole*, Hypophore**Ironie* – LitoteMetabase, Métaphore*, Metonymie – Onomatopée, Oxymore* Paradoxe*, Parallélisme*¤, Paranomase, Parataxe, Parenthèse, Personnification*, Polysyndète*, Prétérition, Prolepse, ProsopopéeQuestion rhétorique* –  RepriseScesis onomaton*, Sentence*, Syllepse, Symploque*,  Synecdoque*, Synonymie¤Zeugmas


 Pourquoi ce nouveau guide pratique des principales figures de rhétorique ?

Vieilles de plus de 2000 ans les figures de rhétorique sont toujours jeunes. Elles n’ont pas pris une seule ride. Que ce soit dans la vie courante ou dans de grandes occasions leur efficacité éclate au grand jour lorsqu’on veut bien les utiliser. Ce sont elles, par exemple, qui ont contribué pour une bonne part à la victoire de Bill François au Grand Oral, concours d’éloquence, organisé par France 2 le 19 Février 2019 devant 1,48 million de téléspectateurs dans la lignée, toutes choses égales par ailleurs, des grands orateurs contemporains tels le général de Gaulle, Winston Churchill, Barack Obama, ou Martin Luther King. Rien d’étonnant à cela puisque ce ne sont pas, on va le voir, de « simples ornements de langage, mais des aides essentielles à l’expression optimale de la pensée par le langage ».

L’objet de ce « Nouveau guide pratique des principales figures de rhétorique » se  veut être la vulgarisation, dans le bon sens du terme, des principales figures de rhétorique. Il est d’en faciliter autant que possible la connaissance et l’application alors même que celles-ci font parfois figure d’« usines à gaz » tant par la cacophonie de leurs noms,  issus en droite ligne du grec ancien, par l’obscurité de leurs définitions souvent grammaticales ou syntaxiques, que par le flou qui entoure leur véritable utilité et efficacité en matière de communication. Ce « Nouveau guide pratique » diffère des autres guides numériques ou en édition papier de langue française par les caractéristiques suivantes :

1. La définition de la finalité des figures de rhétorique : l’ « expression optimale de la pensée par le langage»

Les figures de rhétorique ont été périodiquement considérées dans l’histoire comme de simples « ornements de langage » alors que les sciences cognitives et l’exemple des meilleurs communicants contemporains, le plus souvent américains, démontrent aujourd’hui qu’il s’agit « d’aides essentielles à l’expression optimale de la pensée par le langage », comme l’est d’ailleurs la rhétorique dans son ensemble.

Il reste sans doute aujourd’hui en France quelque chose de la conception réductrice des figures de rhétorique dans l’appellation couramment utilisée de « figures de style » alors que la dénomination d’origine est bel et bien « figures de rhétorique ». L’appellation « figures de style » est moins précise que celle de « figures de rhétorique ». La première peut évoquer un quelconque placage artificiel du langage sur le réel alors que la seconde, en tant que partie intégrante de la rhétorique méthode de pensée, est l’expression la plus juste de la pensée par le langage. C’est là l’un des aspects du génie des philosophes de l’antiquité grecque que d’avoir codifié avec une grande précision ces figures de manière à ce qu’elles reflètent les nuances de la pensée. La représentation du réel par le langage est, on le sait, un problème essentiel, qui n’a cessé d’agiter grands auteurs ou scientifiques au cours des siècles, comme l’a si bien exprimé Victor Hugo :

« La forme, c’est le fond qui remonte à la surface »

La meilleure preuve de la pérennité de l’efficacité des méthodes et des figures de rhétorique réside dans les résultats à grande échelle que celles-ci permettent d’obtenir encore aujourd’hui. Si les Etats-Unis sont « les seuls inventeurs de la civilisation de la communication » et s’ils occupent une position de leadership, voire parfois de monopole, en matière de communication, n’est-ce pas parce que cette discipline y est enseignée dans près de 20.000 centres, avec comme base la rhétorique ?

Si, à l’inverse, la France n’obtient pas d’aussi bons résultats, c’est le moins qu’on puisse dire, si elle est, avec l’Europe, selon l’expression de Laurent Alexandre, une « colonisée du numérique » n’est-ce pas parce que la rhétorique, méthode de communication, mais aussi, il ne faut jamais l’oublier, méthode de pensée, n’y est plus enseignée depuis le 31 Mai 1902 ? A la même époque les Etats-Unis renforçaient l’enseignement de la rhétorique en créant, entre autres, la National Communication Association. La divergence économique entre les deux pays date de cette époque. On peut donc se demander sans risque d’exagération si la suppression de l’enseignement de la rhétorique en France ne fut pas une “catastrophe pédagogique, psychologique et économique majeure” puisque nous en subissons encore aujourd’hui de plein fouet les néfastes effets dans notre position de “colonisés du numérique“. Sceptique ? Selon le très officiel Cyberspace Administration of China, le numérique représenterait d’ores et déja 32,9 % du PIB de la Chine, en second rang derrière les Etats-Unis.

2. L’indissociabilité des méthodes et des figures de la rhétorique

Ce Guide s’intègre dans la suite de plus de cinquante articles publiés depuis cinq ans dans ce blog (V. les principaux dans Sources et Bibliographie) en ce qui concerne la méthodologie de la rhétorique. Méthodes et figures de rhétorique sont indissociables. S’il me fallait évaluer l’importance respective dans la pratique de ces deux grandes parties de la rhétorique je répondrais de manière très empirique : 50 % / 50%.

Quelle serait l’utilité des méthodes de la rhétorique si on ne disposait pas des figures de rhétorique pour exprimer les idées que ces méthodes ont pour objet d’organiser ? A l’inverse quelle serait l’utilité des figures de rhétorique et des éléments de langage que celles-ci génèrent si on ne disposait pas des méthodes de la rhétorique pour les structurer ? Ainsi, lorsqu’on supprime les nombreuses figures de rhétorique qui illustrent le discours d’un grand orateur contemporain tel que Barack Obama on constate que si les idées forces de ce discours demeurent, ce dernier tombe complètement à plat, n’a plus aucun impact. Il importe donc d’avoir une vision claire et constante de cette indissociabilité entre méthodes et figures de rhétorique, ce que facilite d’ailleurs le support numérique.

3. Un guide intentionnellement limité à 70 figures, au lieu de 200

Il existe environ deux cents figures de rhétorique mais seulement une quarantaine sont d’utilisation plus ou moins courante. Très intentionnellement le présent guide ne comprend que 70 figures. Pour sélectionner les figures les plus utilisées j’ai eu principalement recours au site internet d’AMERICAN RHETORIC qui est sans doute la base de données la plus importante au monde sur la discipline. (cf. U.S.A., 20.000 centres de formation à la communication). AMERICAN RHETORIC procède à un double classement : un classement général de 40 figures et un classement des « Top 10 figures ». Sur la Mind Map ci-dessus ainsi que dans l’index et dans le Guide, les 40 figures appartenant au classement général sont marquées par un astérisque : * et les « Top 10 figures » par deux astérisques : **. J’ai par ailleurs ajouté à ces « Top 10 » quatre figures ou procédés, signalés par ¤, que je considère essentiels en ce qui concerne l’organisation de la communication, soit : le Parallélisme, la Définition, l’Exemple et la Synonymie. On a donc en définitive «14 Top figures » et non dix.

J’ai d’autre part recoupé cette sélection par l’analyse des meilleurs discours de grands orateurs contemporains, notamment Martin Luther King et Barack Obama. Il y a tout à fait concordance. On trouvera ci-dessous, par exemple, les dix figures les plus utilisées par l’un et par l’autre, par ordre décroissant de fréquence :

Barack Obama : Hyperbole*, Métaphore*, Personnification*, Anaphore**, Antithèse**, Enumération**, Parallélisme*, Gradation*, Périphrase, Accumulation**

Martin Luther King : Métaphore*, Antithèse**, Parallélisme*, Métonymie*, Anaphore**, Personnification*, Répétition, Enumération**, Euphémisme*, Périphrase.

Voici, en dernière minute les dix procédés ou figures les plus utilisés par Bill François lors du Grand Oral : Versification, Paradoxe* humoristique et Ironie, Personnification*, Enumération**, Allusion*, Répétition, Jeux de mots, Apostrophe,  Aphorisme, Cliché.

4. Un nouveau classement général des figures par critères fonctionnels : organisation de la communication, figures psychologiques, figures linguistiques 

L’une des principales difficultés en ce qui concerne la connaissance et l’utilisation des figures de rhétorique, outre leur dénomination issue du grec ancien et leurs définitions abstraites, est leur division en catégories plus ou moins significatives, souvent grammaticales ou syntaxiques. On trouve souvent, par exemple, les trois catégories générales suivantes : figures de mots, figures de construction, et figures de pensée. Les figures de mots se subdivisent elles-mêmes en plusieurs sous catégories : analogie, substitution, opposition, amplification. Les figures de construction et de pensées, quant à elles, ne font pas l’objet de sous-catégories mais de simples énumérations, ce qui compte tenu de leur nombre, n’en facilite pas la synthèse.

Ces catégories et sous-catégories sont abstraites et souvent ambiguës et on a de ce fait, à première lecture, du mal à en comprendre l’utilité et l’efficacité. Quelle peut bien être, par exemple, l’utilité opérationnelle des figures de mots, d’analogie, ou de substitution ? N’y a-t-il pas ambiguïté à isoler les « figures de pensée » dans cette catégorie spécifique alors que toutes les figures de rhétorique sont fondées sur l’expression optimale de la pensée par le langage ? Que signifie, au premier abord, l’expression « figures de construction » ? De quelle construction s’agit-il ? Et ainsi de suite.

L’apport des sciences cognitives, de la psychologie notamment, permet, à mon avis, d’opérer une synthèse des différentes figures de rhétorique en un nombre restreint de catégories principales, trois au total, chacune ayant une nature et un rôle précis : les figures d’organisation de la communication, les figures psychologiques et les figures linguistiques.

4.1. Les figures d’organisation de la communication (13 figures)

De l’obscurité à la clarté par les figures du Balancement, de la Clarification et de la Transition

Aristote nous a appris et l’expérience le confirme chaque jour que la principale qualité de la communication est la clarté. La clarté s’obtient par deux moyens principaux : d’une part les méthodes correspondant aux cinq étapes de la rhétorique (trouver les idées, les mettre en ordre logique et verbal, les mémoriser, et la phase oratoire proprement dite) et d’autre part les figures de rhétorique.

Par nature, toutes les figures de rhétorique contribuent à la clarification des idées et par conséquent à celle de la communication. Cependant certaines d’entre elles, constituent de puissants moyens de clarification. C’est pourquoi je les ai classées dans la catégorie « Figures d’organisation de la communication ».  Cette catégorie se subdivise elle-même en trois sous-catégories qui sont définies dans le Guide : les figures de Balancement, de Clarification, et de Transition.

A noter que certains grands auteurs ne se privent pas de classer comme figures de rhétorique certains procédés qui appartiennent aux méthodes générales de la discipline. Il en est ainsi, en ce qui concerne les figures d’Organisation de la communication, de l’Exemple, ou de l’Enthymème. C’est pourquoi, le mauvais exemple venant d’en haut, je me suis permis d’inclure dans cette catégorie les deux autres procédés essentiels de clarification que sont la Définition et la Synonymie (cf. Guide), même si ce ne sont pas des figures de rhétorique à proprement parler mais des éléments de l’argumentation.

4.2. Les figures psychologiques (19 figures)

De l’inconnu au connu et de l’abstrait au concret par le langage des sens

L’une des trois principales définitions de la rhétorique est « l’étude de l’incompréhension et de ses remèdes ». (Cf. Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace ?). Le principal objectif des figures psychologiques est d’aider à la compréhension. Cette tâche s’effectue essentiellement par le processus intellectuel de base qu’est la comparaison de ce qui n’est pas familier à ce qui est familier. La comparaison s’effectue elle-même grâce à l’associations des idées et à l’imagination, par l’intermédiaire des sens, au premier rang desquels le visuel, suivi de loin par l’auditif.

La singularité des figures que je qualifie de psychologiques est que ce sont les seules qui font appel aux sens, soit principalement le visuel (Mind Map : figures visuelles) soit l’auditif (Mind Map : figures auditives). Ce recours aux sens a lui-même pour objet d’aider l’esprit à « passer de l’abstrait au concret », autre définition de la rhétorique, ce qui facilite la compréhension. Le langage figuré qu’emploient les figures psychologiques s’oppose au langage littéral lequel repose sur l’usage des mots selon leur signification courante.

Voici, par exemple, la très visuelle métaphore, renforcée par une anaphore, par laquelle Martin Luther King décrit la situation des noirs en Amérique dans son célèbre discours “I have a dream” :

Mais, cent ans plus tard, le Noir n’est toujours pas libre. Cent ans plus tard, le Noir est encore terriblement handicapé par les menottes de la ségrégation et les chaines de la discrimination. Cent ans plus tard, le Noir vit à l’écart sur son île de pauvreté au milieu d’un vaste océan de prospérité matérielle. Cent ans plus tard, le Noir languit encore dans les coins de la société américaine et se trouve exilé dans son propre pays.

Pour en faciliter la compréhension et l’application j’ai subdivisé les dix-neuf figures psychologiques en quatre sous catégories :  les deux Figures de base  (l’Analogie et la Comparaison), les figures d’Interpellation et de Personnification, les figures Métaphoriques, qui sont toutes des figures faisant appel au sens visuel et, d’autre part les figures Auditives. (Cf. Guide).

4.3. Les figures linguistiques (32 figures)

De l’imprécision à la précision par la codification des figures linguistiques

J’entends ici le terme de linguistique non pas en tant que concernant la science du même nom mais au sens général de « relatif à la langue » et ne faisant pas appel aux sens, par opposition aux figures psychologiques ou ne concernant pas l’organisation de la communication, comme les figures du même nom. La clarification de la pensée n’est pas obtenue ici, comme dans le cas des figures psychologiques, par l’intermédiaire de comparaisons, d’images, de métaphores, de personnalisation ou autres figures s’adressant aux sens mais en jouant sur le langage, sur les mots, les expressions, les phrases. Il y a donc une très claire différence de nature entre ces deux grandes catégories de figures.

On peut en ce qui concerne le classement des figures linguistiques en sous-catégories emprunter, une fois n’est pas coutume, à la rhétorique classique un classement en cinq postes qui, en l’espèce, s’avère très pertinent : l’Amplification, la Répétition, la Dramatisation, l’Opposition, l’Humour et les Jeux de mots. Ces cinq sous-catégories se différencient clairement les unes des autres ce qui permet à l’utilisateur de les choisir et de les appliquer en connaissance de cause. Avec un peu d’expérience on comprend très bien la nature et le rôle de chaque catégorie.

On remarquera qu’il existe quelques doublons parmi ces figures car certaines peuvent avoir plusieurs utilités. C’est le cas, par exemple, de certaines figures d’Opposition comme l’Oxymore, que l’on retrouve aussi dans la Dramatisation ou dans L’Humour et les Jeux de mots. De même l’Antithèse figure à la fois dans les figures de Balancement, et d’Opposition. Il y a également un doublon, la Personnification, dans les figures psychologiques. On retrouve cette figure à la fois dans l’Interpellation/Personnification et dans les figures Métaphoriques. Ces figures dédoublées ne sont comptées qu’une seule fois et il y a donc bien dans la Mind Map ci-dessus un total de 64 figures, auxquelles il faut ajouter les six figures de syntaxe mentionnées dans le Guide  soit un total  général de 70 figures.

4.4. Les parentes pauvres des figures de rhétorique : les figures de syntaxe (6 figures)

Les principales figures de syntaxe ne sont pas très nombreuses, six au total et leur utilité est en général moindre que celle des trois autres catégories de figures. Ce sont en quelque sorte les parentes pauvres des figures de rhétorique. On ne notera qu’aucune ne figure dans le classement d’American Rhetoric. C’est pourquoi je ne les ai pas mentionnées sur la Mind Map ci-dessus, mais elles figurent dans le Guide.

5. Des définitions plus simples et de nombreux exemples

Les définitions classiques des figures de rhétorique sont par nature complexes puisqu’elles sont directement liées à l’expression du fonctionnement de la pensée. Qui plus est, la présentation classique de ces figures rajoute souvent à leur complexité en la cantonnant quasi exclusivement aux domaines de la grammaire, de la syntaxe ou au mieux de la linguistique, sans faire jamais appel à la psychologie. Tant et si bien qu’il est très difficile, voire impossible, à la simple lecture des définitions, de comprendre exactement ce que sont la majorité des figures de rhétorique et à fortiori de les appliquer. Voici par exemple la définition du Parallélisme dans le « Dictionnaire de la rhétorique » de Georges Molinié :

« Le parallélisme est un lieu, c’est-à-dire une figure macros-structurale de second niveau. C’est donc un développement discursif, stéréotypé, codifié dans la comparaison entre deux objets, dont on suit de manière contrastive les qualités homologues : faits, situations, caractères ».

Je mets au défi le lecteur profane de comprendre clairement ce que signifie cette définition du Parallélisme et à fortiori d’en élaborer une application. C’est pourquoi d’une part j’ai essayé clarifier autant qu’il m’a été possible les définitions des figures de rhétorique figurant dans le Guide tout en sachant qu’il ne faut pas trop attendre de cette “clarification” et d’autre part j’ai consacré une plus grande place aux exemples.

De fait, on s’aperçoit vite qu’un guide ou un dictionnaire des figures de rhétorique ne vaut que par la multiplicité des exemples ainsi que par leur qualité et leur actualité. J’ai pour ma part essayé de donner pour chaque figure trois exemples significatifs tout en privilégiant les auteurs contemporains et les sujets d’actualité, et en n’éliminant pas pour autant les références littéraires actuelles ou anciennes. En reprenant l’exemple du Parallélisme, voici la définition et les trois exemples que j’en donne, avec l’aide de Wikipédia, dans le Guide :

« Le parallélisme consiste en la juxtaposition et la coordination de deux ou plusieurs phrases semblablement construites et portant sur des idées d’égale importance (concept de balancement). Le parallélisme est une figure de base de la rhétorique que l’on retrouve dans de nombreuses autres catégories de figures, par exemple dans l’antithèse, l’anaphore, la comparaison ou les figures d’opposition ».
  • Avec cette foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d’aller en prison ensemble, de défendre la cause de la liberté ensemble. (Martin Luther King)
  • Ces méthodes de communication peuvent être acquises non seulement grâce aux N.T.I.C, outils pratiques d’aide à la communication, mais aussi grâce aux nouveaux outils intellectuels d’aide à la communication dont le principal est la rhétorique moderne. (LM)
  • L’ironie blesse, l’humour guérit. L’ironie peut tuer, l’humour aide à vivre. L’ironie veut dominer, l’humour libère (André Comte-Sponville)

6. Des sources et une bibliographie diversifiées

Les Etats-Unis étant le paradis de la rhétorique j’ai privilégié les sources et les bibliographies américaines tant en ce qui concerne les organismes, les ouvrages, et les textes. (V. annexe détaillée en fin du Guide).

En ce qui concerne les organismes, AMERICAN RHETORIC est sans doute la base de données la plus complète au niveau mondial sur la rhétorique. C’est par ailleurs WIKIPEDIA, tant en langue française qu’en anglais qui donne, à mon avis, les définitions les plus complètes des figures de rhétorique, cependant parfois de qualité inégale. Les meilleurs articles de cette encyclopédie comprennent six ou sept rubriques différentes, notamment des définitions détaillées, de nombreux exemples, une bibliographie abondante, une multitude de liens. Le revers de cette abondance est que cela prend du temps pour les consulter. D’où le présent Guide.

En langue française, on peut consulter avec profit le site de « L’OFFICE QUEBECOIS DE LA LANGUE FRANÇAISE », section Figures de Rhétorique, dont on rêverait qu’il soit français.

En ce qui concerne les ouvrages, « CLASSICAL RHETORIC FOR THE MODERN STUDENT », de Edward P.J. Corbett et Robert J. Connors, est le best-seller de référence en ce qui concerne la rhétorique dans son ensemble, y compris les figures de rhétorique. L’autre best-seller de référence ne concerne, lui, que les figures de rhétorique proprement dites. Il s’agit de « WRITING WITH CLARITY AND STYLE ». A Guide to Rhetorical Devices for Contemporary Writers », de Robert A. Harris. (2018). Cet ouvrage se distingue par son classement des figures de rhétorique en fonction de leur utilité, par les très nombreux exemples et par les exercices d’application.

En ce qui concerne les analyses de texte je me suis basé sur les discours les plus célèbres de Barack Obama (Yes, we can !), de Martin Luther King (I have a dream), et de John F. Kennedy.

Enfin, parmi les ouvrages en langue française et publiés en France on peut citer le « DICTIONNAIRE de LA RHETORIQUE » de Georges Molinié, qui est le seul dictionnaire assez récent (1992) de la discipline mais qui est très technique et s’adresse surtout aux spécialistes. Pour ce qui est des figures de style, l’ouvrage d’Axelle Beth et Elsa Marpeau « FIGURES DE STYLE » (2018) a le mérite de définir 200 figures.

On trouvera par ailleurs dans le site de l’Office Québécois de la Langue Française une bibliographie plus détaillée, mise à jour en 2018.


 

NOUVEAU GUIDE PRATIQUE DES PRINCIPALES FIGURES DE RHETORIQUE

NB.  L’objectif de ce guide est, je le rappelle, la démythification, la vulgarisation des figures de rhétorique. Les 70 figures qu’il comprend font, à deux exceptions près, l’objet d’un lien avec des guides numériques plus détaillés, principalement en langue française, soit Wikipedia et accessoirement l’Office Québécois de la Langue française, soit, à défaut,  en langue anglaise, pour dix figures,  les sites suivants  : Virtual Salt, A Handbook of Rhetorical Devices et American Rhetoric. Les deux exceptions concernent deux figures spécifiques, la Description étendue et la Dépréciation, qui ne figurent pas dans ces guides. Les définitions et les exemples cités et issus de Wikipedia le sont sous licence Créative Commons

 

Ie PARTIE. FIGURES D’ORGANISATION DE LA COMMUNICATION

Bien écrire requiert deux qualités essentielles : la structuration et le balancement du propos, ce qui en facilite la lecture et la compréhension. (Robert A. Harris)

Les figures de l’Organisation de la communication, dont certaines sont aussi appelées figures de construction, sont, par définition, très importantes. Elles se subdivisent en trois sous- catégories : les figures de Balancement, les figures ou procédés de Clarification, les figures de Transition.

1. FIGURES DE BALANCEMENT

 Les quatre figures de base du Balancement sont l’Antithèse, le Chiasme, l’Enthymème et le Parallélisme.

1.1. Antithèse**

L’Antithèse est l’opposition, dans un même énoncé, de deux pensées, de deux expressions contraires pour mieux faire ressortir, par contraste, l’une des deux. Le contraste est un puissant moyen de clarification dans la mesure ou il permet de montrer comment une idée diffère d’une autre.

  • On ne peut pas avoir une Wall Street vigoureuse et une Main Street qui souffre. (Barack Obama)
  • Les figures de rhétorique ne sont pas de simples « ornements de langage » mais l’expression optimale de la pensée par le langage. (LM)
  • Je vis au milieu de l’éclat de la fortune, et je ne puis disposer d’un sou. (Bernardin de Saint-Pierre)

1.2. Chiasme

Le Chiasme est une catégorie de parallélisme dans laquelle les éléments du balancement sont présentés en ordre inversé selon un schéma AB/BA ce qui a pour effet de donner du rythme.

  • Absence de preuve n’est pas preuve d’absence. (Proverbe scientifique)
  • Je préfère les assauts des pique-assiettes aux assiettes de Picasso. (Jean Cocteau)
  • Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez quand même la guerre. (Winston Churchill)

1.3.Enthymème*

L’Enthymème est le cousin rhétorique du syllogisme, ce dernier appartenant à la logique. La différence entre les deux est que le syllogisme concerne la “vérité” notamment scientifique, tandis que l’enthymème, en tant que partie de la rhétorique, se situe dans le domaine du vraisemblable.  L’Enthymème n’est pas à proprement parler, une figure de rhétorique mais, comme l’Exemple ou la Définition, un élément de l’argumentation. Je ne le cite ici que parce qu’il fait partie de la sélection générale d’AMERICAN RHETORIC (et non des “Top 10) car syllogisme et enthymème sont rarement utilisés dans le langage courant

 Celui concernant Socrate est un classique du genre :

« Tous les hommes sont mortels, Socrate est un homme, donc Socrate est mortel ».

Voici  ce que disent du syllogisme Corbett et Connors dans leur ouvrage de référence :

« People in real life rarely argue in a strict syllogistic form » (« Dans la vie réèlle on utilise rarement la forme syllogistique »).

1.4. Parallélisme*¤

Le Parallélisme consiste en la juxtaposition et la coordination de deux ou plusieurs phrases semblablement construites et portant sur des idées d’égale importance (concept de balancement). Le parallélisme est une figure de base de la rhétorique que l’on retrouve dans de nombreuses autres catégories de figures, par exemple dans l’Antithèse, l’Anaphore, la Comparaison ou les figures d’Opposition.

  • Avec cette foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d’aller en prison ensemble, de défendre la cause de la liberté ensemble. (Martin Luther King)
  • Ces méthodes de communication peuvent être acquises non seulement grâce aux N.T.I.C, outils pratiques d’aide à la communication, mais aussi grâce aux nouveaux outils intellectuels d’aide à la communication dont le principal est la rhétorique moderne. (LM)
  • L’ironie blesse, l’humour guérit. L’ironie peut tuer, l’humour aide à vivre. L’ironie veut dominer, l’humour libère (André Comte-Sponville)

2. FIGURES ET PROCEDES DE CLARIFICATION

Selon Aristote, père de la rhétorique :

La principale qualité de la communication est la clarté

L’opacité est le principal défaut en la matière. La grande majorité des figures de rhétorique contribue à la clarification du langage – c’est là leur principale utilité – mais certaines plus spécifiquement comme la Description étendue, la Distinction ou la Reprise.

Par ailleurs il existe d’autres procédés clarificateurs plus généraux comme l’Exemple, la Synonymie, l’Etymologie. Ceux-ci sont de nature très différente. Ce ne sont pas des figures de rhétorique. Ils appartiennent au domaine de l’argumentation et de la preuve. Mais leur importance est telle en ce qui concerne la clarification de la pensée, et donc du langage, qu’il nous a semblé indispensable de les mentionner parallèlement aux figures de rhétorique compte tenu du rôle fondamentalement clarificateur de ces dernières. Procédés et figures sont très complémentaires.

La question essentielle de la clarté en matière de communication n’est cependant pas épuisée par cette liste de figures et de procédés. Elle se situe dans le cadre plus général de la méthodologie de la rhétorique. Les figures et procédés ci-dessus, dont la connaissance est indispensable pour qui veut améliorer la clarté de son propos, ne sont que des éléments de cette méthodologie. Ainsi, les figures de rhétorique, les définitions et les exemples peuvent-ils illustrer les cinq parties que comprend traditionnellement un discours (cf. Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace), sachant que celles-ci constituent elles-mêmes autant de facteurs et d’étapes de la clarification.

2.1. Définition¤

La Définition est un élément essentiel de la clarté puisque lorsqu’une chose pas nommée, n’est pas définie, elle n’existe pas. Aristote définit le mot comme « formule qui exprime l’essentiel de l’essence d’un sujet ». Toute une partie de l’élaboration d’une communication claire consistera donc à nommer, à définir de manière aussi précise que possible les sujets, les questions, les problèmes, les concepts, les objectifs, les résultats escomptés, etc sur lesquels porte cette communication.

La rhétorique, dont l’objet est d’élaborer un message qui soit vraisemblable, utilise pour ce faire différentes formes de définition dont la connaissance est déterminante en ce qui concerne l’efficacité du message tels l’exemple, le synonyme, l’étymologie, la description étendue. Voici, par exemple, plusieurs définitions de la rhétorique extraites de « Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace » ? :

  • L’art de la persuasion par la logique, l’éthique et la psychologie (Définition classique)
  • Méthode de recherche de l’expression optimale de la pensée par le langage (LM)
  • Etude de l’incompréhension et de ses remèdes (Christian Plantin)
  • Préparation écrite de la communication verbale (LM)
  • Au quotidien : l’art d’écrire et de parler dans les relations personnelles et publiques

2.2. Description étendue*

La Description étendue consiste, après la formulation d’un mot, d’une idée, d’une expression ou d’une phrase, dans l’ajout de plus de détails. Il s’agit d’attirer l’attention par la précision de l’expression et de susciter ainsi la clarté, la compréhension, les émotions. Cette figure s’apparente à l’énumération, mais elle joue un rôle particulier dans l’introduction d’un propos en attirant l’attention par sa précision.

  • Toute une partie de l’élaboration d’une communication claire consistera donc à nommer, à définir de manière aussi précise que possible les sujets, les questions, les problèmes, les concepts, les objectifs, les résultats escomptés (LM)
  • Elle avance vers la rampe, cinq doigts écartés sur la hanche : le geste des premières chanteuses de saloon parodiant les cow-boys, main sur la crosse du colt, buste un peu cassé, voix poissarde. (Jean-Jacques Schuhl)
  • Quand on m’aura jeté, vieux flacon désolé, Décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fêlé. (Charles Beaudelaire)

2.3. Distinction**

La Distinction consiste à préciser, à clarifier le sens d’un mot ou d’une expression employés au début d’un propos. Elle est souvent introduite par les expressions « j’entends par » « je veux dire », « dans ce cas », « dans ce contexte », « ce qui signifie », « c’est-à-dire » ou similaires.

  • Pour réparer un automobile moderne il faut avoir une bonne expertise technique. Par automobile moderne j’entends les modèles fabriqués après 1985, c’est-à-dire ceux dont les moteurs et les transmissions sont pilotés par l’informatique. (Robert A. Harris)
  • Tout d’abord je dois définir ce que j’entends par « l’homme » et « Dieu ». Par l’homme j’entends, bien entendu la société, l’homme social (Timothy Leary).
  • Nous devons considérer que si nous voulons en finir avec la discrimination envers les femmes cela veut dire que nous devons considérer sérieusement les femmes comme des êtres humains (Betty Friedan)

2.4. Exemple*¤

L’Exemple est considéré, à juste titre, par d’excellents auteurs tels que Paola PAISSA comme « une pièce maitresse de l’ancienne rhétorique et qui conserve aujourd’hui son extrême vitalité ». Comme la définition, il s’agit d’un élément clarificateur essentiel. Il a la vertu très particulière et très appréciée de notre esprit de faciliter le passage de l’abstrait au concret. Très souvent les abstractions, les généralités ne peuvent vraiment être comprises que si nous les concrétisons par des exemples. L’exemple est un élément clé de l’argumentation et de la preuve. Une communication qui manque d’exemples risque vite d’être incomprise et de ce fait d’être ennuyeuse.

Ce « Nouveau guide pratique des figures de rhétorique » en est un bon exemple. Ces dernières sont, par définition, en général très abstraites puisqu’elles reflètent par le langage le fonctionnement de l’esprit humain. De plus elles sont pour la plupart issues d’une langue morte, le grec ancien, qui est de moins en moins enseignée et qui de ce fait n’est plus du tout porteuse de sens pour les esprits modernes, à la différence de l’anglais. De ce fait il est quasiment impossible de comprendre ces figures si elles ne sont pas accompagnées d’exemples. Dans la communication courante un propos même plus simple gagne souvent à être illustré par un exemple.

2.5. Reprise

La Reprise est soit le rejet d’un propos soit le correctif de ce propos en l’édulcorant, en l’améliorant ou en l’exprimant plus fortement. La Reprise apporte clarté et emphase.

  • La plupart des compagnies d’eau dites minérales disent capter l’eau de source des montagnes mais elles ne font pas tant les capter que de les manufacturer en leur en ajoutant des minéraux et des gaz pétillants. (Robert A. Harris)
  • Tandis que les crevasses s’élargissent et qu’à chaque minute le glacier menace de s’écrouler, les autorités se tournent les pouces ou tout au moins se sont montrées sourdes à nos réclamations. (Robert A. Harris)

2.6. Synonymie¤

Le Synonyme (mot ayant, approximativement, le même sens et la même fonction grammaticale qu’un mot donné) n’a sans doute pas la réputation d’être un puissant outil de communication. N’oublions pas cependant que la rhétorique est méthode de communication ET méthode de pensée et que les synonymes sont, comme tous les mots, les véhicules de la pensée. Les mots les plus précis expriment mieux la réalité que ceux qui ne le sont pas. Plus les mots que nous utilisons seront précis et justes, plus notre communication sera efficace. Mais trouver le mot juste n’est pas une mince affaire. C’est sur ce point que les synonymes sont très utiles. Il est à ce sujet quasiment indispensable de disposer outre un correcteur orthographique et grammatical d’un dictionnaire numérique des mots, des synonymes et antonymes, des cooccurrences.

On trouvera ci-dessous, par exemple, les cinquante-huit définitions de la communication que donne l’excellent dictionnaire numérique ANTIDOTE :

  • Transmission : diffusion, circulation, transfert, reproduction, expansion, propagation, extension, multiplication, dissémination, cession, rayonnement, progression, émission, virement, passation, dévolution, intercommunication, translation
  • Enonciation : expression, donnée, déclaration, élocution, formulation, proposition, affirmation, exposition, énoncé, prononciation, mention, énonciation, verbalisation, récitation, extériorisation, stipulation
  • Message : publication, divulgation, notification, programme, message, déclaration, dénonciation, annonce, communiqué, dépêche, appel, avis, signification, décret, manifeste, proclamation, promulgation, édit, rescrit, ban, serment, profession de foi

3.FIGURES DE TRANSITION

Le lecteur ou l’auditeur a besoin d’être guidé par le communicant dans le déroulement de son propos. Les figures de transition permettent à celui-ci de signaler clairement les changements de direction ainsi que la manière dont ces changements se rapportent à ce qu’il a exposé antérieurement.

Trois figures peuvent êtres rangées dans les figures de TRANSITION : l’Hypophore, la Prolepse et la Metabase.

3.1. Hypophore**

L’Hypophore est une figure de style dans laquelle l’orateur pose une question, puis répond à la question.  L’hypophore peut consister en une question unique à laquelle le communicant répond par une phrase unique, mais aussi par une série de questions auxquelles le communicant répond par des développements plus ou moins longs. La curiosité du lecteur ou de l’auditeur est stimulée par la formulation de questions notamment celles auxquels ils n’auraient pas pensé.

  • Est-il le Dieu des Juifs seulement ? N’est-il pas aussi celui des gentils ? Oui, des païens aussi. (Paul -Romains 3.29)
  • Il y a une différence frappante entre la capacité que l’homme a à imaginer et l’incapacité de l’animal en la matière. Qu’elle en est la raison ? Nous avons un commencement de réponse lorsqu’Hunter nous dit
  • Quels sont les enseignements de cette théorie ? Comment peuvent-ils s’appliquer à notre problème ? Voici ce que j’en pense..

 3.2. Metabase

La Métabase consiste en un bref résumé de ce qui vient d’être dit et de ce qui va suivre.

  • Maintenant que nous avons dressé ce catalogue de fraudes et de perversions, donnons un autre exemple du type d’écrit auquel celles-ci conduisent. (George Orwell).
  • Jusqu’à présent nous avons examiné…il nous reste à traiter de…
  • Nous venons de voir que…Passons maintenant en revue…

3.3. Prolepse*

La Prolepse est une figure de style dans laquelle le locuteur fait objection à son propre argument et y répond immédiatement. Ce faisant, il espère renforcer son argumentation en abordant d’éventuels contre-arguments avant que son auditoire puisse les soulever.

  • Le procureur qualifiera l’accusée de diabolique, de mauvaise mère et de fardeau de la société, mais ces accusations ne sont pas vraies. Je vais vous prouver leur inexactitude
  • Ceux qui préfèrent l’autre édition de ce livre disent que celle-ci est plus chère. Je l’admets et il est vrai qu’il est stupide de payer deux fois le même prix pour le même produit. Néanmoins, cette édition est beaucoup plus soignée. La police de caractère est plus grande et surtout cette édition comporte beaucoup plus de références. Je pense donc que cela vaut la différence. (Robert A. Harris)
  • Mais, si ce que je dis est vrai, vous pourriez poser la question de savoir pourquoi les consommateurs continuent d’acheter des produits dont la publicité est trompeuse. La réponse réside dans la psychologie humaine. (Robert A. Harris)

IIe PARTIE. FIGURES PSYCHOLOGIQUES

Les figures psychologiques constituent, on l’a vu dans l’introduction, l’une des trois grandes catégories de figures de rhétorique avec celle de l’organisation générale du langage et celle des figures linguistiques.

L’une des trois principales définitions de la rhétorique est « l’étude de l’incompréhension et de ses remèdes ». (Cf. Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace ?). Le principal objectif des figures psychologiques est d’aider à la compréhension, essentiellement par la comparaison de ce qui n’est pas familier à ce qui est familier. Cette comparaison s’effectue grâce à l’imagination et à l’associations des idées, par l’intermédiaire des sens, au premier rang desquels le visuel, suivi de loin par l’auditif. Ce recours aux sens à lui-même pour objet d’aider l’esprit à passer de l’abstrait au concret, autre définition de la rhétorique, ce qui facilite la compréhension. Le langage figuré s’oppose au langage littéral lequel repose sur l’usage des mots selon leur signification courante.

Dix-neuf figures peuvent être rangées dans le langage figuré : L’Allégorie, l’Allusion, l’Analogie, l’Antonomase, l’Apostrophe, la Catachrèse, la Comparaison, l’Epithète, l’Eponymie, la Métaphore, la Métonymie, la Personnification, la Prosopopée, la Synecdoque, l’Allitération, l’Assonance, l’Homéotéleute, l’Onomatopée, la Paranomase

1.FIGURES DE BASE : ANALOGIE, COMPARAISON

1.1. Analogie**

L’Analogie est un processus de pensée par lequel on fait apparaitre une similitude de forme entre deux choses, par ailleurs de différentes natures. Dans le discours, une analogie explicite est une comparaison, tandis qu’une analogie implicite est une métaphore. La comparaison entre deux routes tortueuses n’est pas une analogie, car ce sont deux objets de même type : c’est une simple ressemblance. En revanche, dire qu’une route serpente est une analogie : on repère ici la similitude entre deux choses de type différent.

  • C’est comme sortir un parachute en ligne droite ! On voit juste cet énorme aileron dans les rétroviseurs et ça a un impact sur la sensation de puissance. (Hülkenberg, pilote de Formule 1)
  • Pour résoudre un problème, vous avez d’abord à définir ce qu’est réellement ce problème, de la même manière que vous ne pouvez pas dénouer un nœud avant d’avoir trouvé ce nœud. (Aristote)
  • Le circuit hydraulique d’une automobile est comparable au système circulatoire de l’homme. Le circuit hydraulique comporte des tuyaux dans lesquels circule l’huile de la même manière que le système circulatoire comporte des vaisseaux sanguins dans lesquels circule le sang.

1.2. Comparaison*

La Comparaison compare directement deux choses en utilisant explicitement des mots de liaison (tels que comme, par exemple, ou différents verbes tels que ressembler). La comparaison est l’une des formes les plus courantes du langage figuré. Les comparaisons sont utilisées pour rendre l’écriture plus vive et plus puissante.  Des exemples de comparaisons peuvent être trouvés à peu près n’importe où, des poèmes aux paroles de chansons et même dans les conversations de tous les jours.

Les comparaisons et les métaphores sont souvent confondues. La principale différence entre une comparaison et une métaphore est qu’une comparaison utilise les mots “comme” ou “en tant que” pour établir une comparaison et une métaphore énonce simplement la comparaison sans utiliser “comme” ou “en tant que”.

Comparaison : L’amplification fait que les mots sont entourés en quelque sorte d’un halo qui leur confère une valeur supérieure, comme une irradiation inhabituelle (Georges Molinié) 

Métaphore : Présentations ! Conférences ! Discours ! Vous êtes les fruits colorés, parfumés et savoureux de la rhétorique ou, à l’inverse, ceux incolores, inodores et sans saveur d’une culture en friches ! (LM)

Dans le langage de tous les jours les comparaisons peuvent être utilisés pour transmettre un message rapidement et efficacement, car de nombreuses expressions ou idiomes communément utilisés sont des comparaisons :

  • Léger comme une plume
  • Froid comme un glaçon
  • Maigre comme un clou

2.FIGURES D’INTERPELLATION ET DE PERSONNIFICATION

2.1. Allusion*

L’Allusion consiste à évoquer, sans les nommer explicitement, des personnes, des événements (allusion historique), des faits ou des textes supposés connus. L’allusion provoque dans l’esprit un rapprochement rapide entre les personnes, les choses, les époques ou les lieux.

  • Celui qui a dit non (Titre d’un spectacle de Robert Hossein sur le Général de Gaulle)
  • Il y a un siècle de cela, un grand américain qui nous couvre aujourd’hui de son ombre symbolique signait notre proclamation d’émancipation (Martin Luther King, allusion à un discours fondateur d’Abraham Lincoln)
  • Tu essaies d’apporter de manière équitable la joie au Petit Prince, autant qu’aux Misérables (Bill François, dans le Grand Oral)

2.2. Apostrophe

Dans l’Apostrophe une personne ou une chose personnifiée sont interpelées directement.

  • Mais, Amérique, je n’ai jamais eu plus d’espoir d’y arriver que je n’en ai eu ce soir (Barack Obama)
  • Présentations ! Conférences ! Discours ! Vous êtes les fruits colorés, parfumés et savoureux de la rhétorique ou, à l’inverse, ceux incolores, inodores et sans saveur de l’inculture ! (LM) (Trois Apostrophes associés à une métaphore et à une antithèse)
  • Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? (Corneille – Le Cid)

2.3. Eponymie

L’Eponymie désigne le fait de « donner son nom à » quelque chose.

Ainsi, le mot « poubelle » vient du nom du préfet de la Seine, Eugène Poubelle, qui imposa l’usage de ce dispositif. Eugène Poubelle est le préfet éponyme des boîtes à ordures. La désignation de l’objet par le nom de son inventeur est ici le fruit d’un processus métonymique.

  • Les « années de Gaulle » ou la « génération Mitterrand »
  • Citroën, Peugeot, Renault
  • La maladie d’Alzheimer

2.4. Personnification*

La Personnification est une figure de style qui consiste à attribuer des propriétés humaines à un animal ou à une chose inanimée (objet concret ou abstraction) que l’on fait vouloir, parler, agir, à qui l’on s’adresse.

  • Les arbres font le gros dos sous la pluie. » (J. Renard)
  • Les armes doivent se taire samedi matin (Libération)+
  • Le délicat mariage du SMIC et des aides à l’emploi (Le Monde)

2.5. Prosopopée

La Prosopopée consiste à mettre en scène ou à faire parler une personne absente, un animal, une abstraction ou une chose personnifiée.

  • Ne m’appelez plus jamais France. La France, elle m’a laissé tomber…(Michel Sardou)
  • Qui es-tu ? dit le petit prince. Tu es bien joli…Je suis un renard, dit le renard. (Saint-Exupéry)
  • Nous, Peuple des États-Unis, …décrétons et établissons cette Constitution pour les États-Unis d’Amérique (Constitution américaine de 1787)

3. FIGURES MÉTAPHORIQUES

3.1. Allégorie

L’Allégorie très peu utilisée dans le langage courant, représente de façon imagée, en la matérialisant, une idée abstraite.

  • La mort représentée par un squelette armé d’une faux
  • L’amour représenté par le personnage de Cupidon
  • Le temps personnifié par un vieillard portant un sablier

3.2. Antonomase

L’Antonomase consiste à remplacer un nom propre par un nom commun et inversement

  • Une poubelle
  • Un don Juan
  • Un bordeaux

3.3. Catachrèse*

La Catachrèse est une métaphore qui est entrée dans l’usage courant.

  • Le pied d’une table,
  • Être à cheval sur une chaise.
  • Le soleil se couche

3.4. Épithète*

L’Epithète est la qualification donnée à quelqu’un ou à quelque chose. Épithète péjorative, épithète méliorative.

  • Les jeunes filles
  • Un peintre Flamand
  • Un dessert délicieux

3.5. Métaphore*

La Métaphore est souvent qualifiée de « reine des figures de rhétorique » en raison de sa grande puissance évocatrice et de ce fait, de son usage fréquent. Le langage est, par nature, métaphorique et la métaphore étend à l’infini le champ de son utilisation.

  • Ce décret capital se dresse comme un grand phare illuminant d’espérance les millions d’esclaves marqués au fer d’une brulante injustice. (Martin Luther King)
  • Le principal écueil pour celui qui recherche une formation à la communication est l’embarras du choix. Devra-t-il se laisser emporter par les dernières pluies des N.T.I.C. ? Devra-t-il suivre la rivière rectiligne de la logique ou les méandres de la psychologie ? Devra-t-il s’aventurer dans l’oued desséché de la rhétorique antique ou au contraire s’abreuver à la source combien vivifiante de la rhétorique moderne telle que celle-ci est couramment enseignée aux Etats-Unis ? (LM)
  • Mon chauffeur de taxi a fumé quatre centimètres de son obélisque (Frédéric Dard)

3.6. Metonymie

La Métonymie utilise, dans la langue ou son usage, un mot pour signifier une idée distincte mais qui lui est associée. L’association d’idées sous-entendue est souvent naturelle :  l’artiste pour l’œuvre, la ville pour ses habitants, le lieu pour l’institution qui y est installée, etc. La métonymie est employée très fréquemment, car elle permet une expression courte, frappante, et souvent créative

  • Boire un verre (= le récipient pour le liquide)
  • La salle a applaudi (= les gens dans la salle)
  • « Rodrigue, as-tu du cœur » (Pierre Corneille, Le Cid) (= la qualité morale désignée par la partie du corps censée en être le siège)

3.7.  Synecdoque*

La Synecdoque désigne soit la partie pour le tout, soit le tout pour la partie

  • Un troupeau de cent têtes
  • Refuser du pain à quelqu’un
  • Nous avons défait l’ennemi.

4. FIGURES AUDITIVES

4.1. Allitération*

L’Allitération consiste en la répétition d’une ou plusieurs consonnes d’une même phrase. Elle vise un effet essentiellement rythmique. L’allitération a une forte fonction d’harmonie imitative

  • Le mur murant Paris rend Paris murmurant (Beaumarchais)
  • Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? (Racine)
  • Ta Katy t’a quitté, T’as plus qu’à te cuiter, Et quitter ton quartier (Boby Lapointe)

4.2. Assonance*

L’Assonance consiste en la répétition d’un même son vocalique (phonème) dans plusieurs mots proches.

  • Par exemple, avec le phonème/i/ : Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire (Racine).
  • Avec le phonème /a/ : Le pacha se pencha, attrapa le chat, l’emmena dans sa villa et le plaça près du lilas.
  • Avec le phonème /ɔ/ : Au firmament qui dort, un soleil vient de naître, comme un papillon d’or. (Jean Richepin)

4.3. Homéoteleute

L’Homéotéleute consiste, dans un texte en prose, en la répétition d’un même son à la fin des phrases ou des membres de phrase

  • Un jour de canicule sur un véhicule où je circule, gesticule un funambule au bulbe minuscule (Raymond Queneau)
  • Un parler (…) non pédantesque, non fratesque [de moine], non plaideresque, mais plutôt soldatesque… (Montaigne)
  • En face, il y avait le banc d’œuvre, et deux rangs d’hommes quadragénaires, quinquagénaires et sexagénaires, cossus, pansus et cuissus… (Jules Romains)

4.4. Onomatopée

L’onomatopée simule un bruit particulier associé à un être, un animal ou un objet, par l’imitation des sons que ceux-ci produisent. Par exemple, les expressions « cui-cui » et « piou-piou » sont les onomatopées désignant le cri de l’oisillon, « crac » évoque le bruit d’une branche que l’on rompt ou d’un arbre qui tombe au sol, « plaf » et « plouf » correspondent au bruit d’un plongeon, etc.

4.5. Paranomase

La Paranomase consiste à juxtaposer des mots comportant des sonorités proches mais de sens différents. Les paronymes sont des mots qui se ressemblent par leurs sons. La paranomase est une figure classique du rap

  • Qui se ressemble s’assemble.
  • Qui vole un œuf vole un bœuf
  • Pas l’temps pour les regrets. Donc j’me suis mis à rapper karaté. Contre toutes ces filles et gars ratés qui ne sont que des cas ratés (Léo A.K.A DoN Choteo)

IIIe PARTIE. FIGURES LINGUISTIQUES

J’appelle figures linguistiques en matière de rhétorique les figures qui ont pour objet d’adapter le langage à l’expression de la réalité en ayant recours exclusivement à des procédés linguistiques de différente nature c’est-à-dire en excluant les procédés basés sur l’appel aux sens, sur l’image, sur la comparaison, procédés qu’utilise la deuxième grande catégorie de figures : les figures psychologiques.

Les principales sous-catégories de figures linguistiques ont été bien identifiés par la rhétorique classique. Elles se divisent en cinq sous-catégories : l’Amplification/insistance, la Répétition/reformulation, la Dramatisation, les figures d’Opposition et les figures de Syntaxe.

1. FIGURES d’AMPLIFICATION /INSITANCE et LEUR CONTRAIRE

Selon le Dictionnaire de Rhétorique de Georges Molinié :

« L’emphase [ou amplification] vise à renforcer l’expression pour lui donner plus de vivacité, pour faire que les mots soient entourés en quelque sorte d’un halo qui leur confère une valeur supérieure, comme une irradiation inhabituelle ».

Cette définition de l’amplification semble à la fois juste et ambiguë. Juste parce qu’elle évoque la « valeur supérieure » conférée aux mots par l’Amplification et d’une manière plus générale pourrait-on ajouter par toutes les figures de rhétorique. Ambigüe car le mot « halo » et l’expression « irradiation inhabituelle » correspondent à quelque chose de flou et peut être à la position qui consiste à ne considérer les figures de rhétorique que comme de simples ornements de langage, un quelconque placage stylistique alors que celles-ci reflètent de la manière la plus précise, la plus nuancée, la plus juste les fluctuations de la pensée.

Dix figures peuvent être rangées dans l’Amplification proprement dite : L’Accumulation, l’Antiphrase, L’Asyndète, l’Enumération, l’Explétive, La Gradation ou Climax, l’Hyperbole, l’Ironie, le Paradoxe et la Polysyndète. Les deux autres figures sont, au contraire, des figures d’atténuation : l’Euphémisme et la Litote

1.1.Accumulation

L’Accumulation consiste en la production d’une surabondance d’informations précises de manière à crée un effet d’amplification. Il s’agit d’une figure de style très employée, très proche de l’énumération

  • Elle centre, elle aligne, elle justifie, elle paragraphe, elle tabule, elle mémorise… et tout ça sur un grand écran. (Olivetti)
  • Quand on m’aura jeté, vieux flacon désolé, décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fêlé (Charles Baudelaire)
  • Cela tintait, grinçait, cognait, cela grondait, haletait, soufflait et stridait et hoquetait, et trépidait, à croire que les murs de la grange allaient se fendre et s’écrouler » (Maurice Genevoix)

1.2. Antiphrase

L’Antiphrase consiste à employer, par ironie ou par euphémisme, un mot, une locution ou une phrase, dans un sens contraire à sa véritable signification

  • « C’est malin ! », pour signifier au contraire que c’est complètement idiot.
  • « Cet honnête homme », pour exprimer que c’est un fripon.
  • « C’est la vie de château, pourvu que cela dure ! », alors que les conditions de vie sont difficiles

1.3. Asyndète**

L’Asyndète, en grec « absence de liaison », est fondée sur la suppression des liens logiques et des conjonctions de coordination (mais, où, et, donc, or, ni, car). Elle provoque une impression de multiplicité non préméditée et donne de la vivacité au style.

  • Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu. (Jules César)
  • Adieu : veau, vache, cochon, couvée. (La Fontaine)
  • La pluie, le vent, le trèfle, les feuilles sont devenus des éléments de ma vie (A. Hébert)

1.4. Enumération**

L’Enumération consiste à énoncer successivement les différentes parties d’un tout en ajoutant des termes de même nature, de même fonction

  • C’est la réponse donnée par des jeunes et des vieux, des riches et des pauvres, des démocrates et des républicains, des Noirs et des Blancs, des Hispaniques, des Asiatiques, des Amérindiens, des homos, des hétéros, des handicapés et des valides. (Barack Obama)
  • La véritable force de notre nation vient de la force de nos idéaux : la démocratie, la liberté, l’opportunité, l’espoir infaillible (Martin Luther King)
  • Nanon faisait tout : elle faisait la cuisine, elle faisait les buées, elle allait laver le linge à la Loire … elle faisait à manger à tous les vendangeurs (Balzac)

1.5. Euphémisme*

L’Euphémisme consiste à atténuer l’expression de faits ou d’idées considérés comme désagréables dans le but d’adoucir la réalité. Il est souvent confondu avec la litote, qui se différencie de ce dernier par l’absence de volonté de rendre un terme moins choquant.

  • « Pays en voie de développement », « pays du sud » ou « pays émergents » pour désigner les « pays sous-développés », en opposition aux « pays riches »
  • « Troisième âge », « senior » pour vieillesse, vieux.
  • « Non-voyant » pour désigner un aveugle

1.6. Explétion*

L’Explétion est un mot ou une phrase courte, souvent interrompant une phrase, utilisée pour insister sur les mots précédent ou suivant immédiatement l’explétive. Elle est souvent introduite par des mots ou expressions tels que : après tout, comme je l’ai dit, certainement, certes, clairement, décidément, généralement, je suppose, j’espère, en d’autres mots, en bref, incidemment, bien sur, sans aucun doute ou similaires.

  • J’aimerai, si vous permettez, vous emmener dans un étrange voyage
  • Le salaire moyen, faut-il le préciser, est aujourd’hui inférieur à ce qu’il était il y a cinq ans.
  • Nous avons, certes, pratiqué la discrimination vis-à-vis des femmes

1.7. Gradation*

La gradation consiste en une énumération de mots ou groupes de mots, allant par paliers croissants ou décroissants en termes d’intensité.

  • Quand nous permettrons à la cloche de la liberté de sonner dans chaque hameau, dans chaque village, dans chaque ville et dans chaque état… (Martin Luther King)
  • Notre moment est venu de remettre les gens au travail, de permettre à nos enfants de saisir leur opportunité, de restaurer la prospérité et de promouvoir les causes de la paix, de relancer le rêve américain et de réaffirmer cette vérité fondamentale : … (Barack Obama)
  • La clé de la communication est la préparation. Nous verrons, par exemple, que lorsqu’on procède à l’analyse stylistique partie par partie, paragraphe par paragraphe, phrase par phrase, mot par mot de l’un des plus célèbres discours de l’un des meilleurs orateurs contemporains, le président Barack Obama, on constate que ce discours ne compte pas moins de soixante-dix figures de rhétorique soit près d’une à chaque ligne ! (LM)

1.8. Hyperbole*

L’Hyperbole consiste à exprimer de façon exagérée une idée ou un sentiment de manière à frapper les esprits.

  • A mon directeur de campagne, David Plouffe…le héros méconnu de cette campagne, qui a construit la meilleure, la meilleure campagne politique, je pense, de toute l’histoire des Etats-Unis d’Amérique (Barack Obama)
  • Je suis heureux de me joindre à vous pour participer à ce que l’histoire appelera la plus grande démonstration pour la liberté dans les annales de notre nation (Martin Luther King)
  • For dynamism, I wish you the most active, bold, chivalrous, courageous, daring, determined, dynamic, effective, effervescent, energetic, expressive, fiery, heroic, inexhaustible, innovative, intrepid, liberal, lively, productive, resolute, rich, spontaneous, unpredictable, vigorous, visionary, and, last but not least, vivacious communication. (LM. Voeux 2016)

1.9. Ironie*

L’Ironie consiste à dire le contraire de ce qu’on veut faire entendre avec une intention complexe où l’on peut trouver, entre autres, la raillerie, la moquerie, le sarcasme, la dérision, l’humour. Elle peut se définir de manière restreinte avec les principales figures de l’ironie que sont l’Antiphrase, l’Hyperbole, l’Amplification, la Litote, la Prétérition, la Parodie mais aussi de manière élargie en concernant par exemple l’ensemble d’un ouvrage satirique.

  • Personne comme les généraux pour aimer les rosiers. C’est connu. (Louis-Ferdinand Céline)
  • La raison humaine est si peu capable de démontrer par elle-même l’immortalité de l’âme que la religion a été obligée de nous la révéler. (Voltaire)
  • N’écoutant que son courage qui ne lui demandait rien, il se garda d’intervenir. (Jules Renard)

1.10. Litote

La Litote consiste à dire peu pour suggérer beaucoup

  • On n’est pas sorti de l’auberge !
  • Ce qu’il dit n’est pas idiot
  • Va, je ne te hais point (Corneille)

1.11. Paradoxe*

Un Paradoxe consiste à formuler une idée qui va à l’encontre du sens commun de manière à choquer, à faire réfléchir

  • Tu es le pays de la poularde aux morilles et du sandwich triangle poulet/mayonnaise (Bill François)
  • Qui veut sauver sa vie la perdra
  • Le pénible fardeau de n’avoir rien à faire (Boileau)

1.12. Polysyndète*

La Polysyndète consiste à mettre une conjonction de coordination, le plus souvent et, au début de chacun des membres de phrase formant une énumération, le plus souvent quand cette conjonction n’est pas nécessaire, ce qui a pour effet de renforcer le propos.

  • C’est la fatigue épouvantable, surnaturelle, et l’eau jusqu’au ventre, et la boue et l’ordure, et l’infâme saleté (Henri Barbusse)
  • Mais tout dort, et l’armée, et les vents, et Neptune (Jean Racine)
  • Et son bras, et sa jambe, et sa cuisse, et ses reins…passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins (Charles Beaudelaire)

2. FIGURES DE REPETITION ET DE REFORMULATION

Selon Georges MOLINIE :

« On peut soutenir que la répétition constitue la plus puissante de toutes les figure. Pratiquement, la reprise qui définit la répétition peut toucher le son (la lettre, la syllabe), le mot, le groupe de mots, le paragraphe, le texte entier – ou encore l’idée… La répétition est donc la figure qui conditionne tout le discours ».

N’oublions pas cependant le rôle essentiel des figures concernant l’organisation du discours et par ailleurs celui des figures psychologiques. D’autres auteurs, parmi lesquels Aristote lui-même, considèrent la métaphore comme la « reine des figures ».

Neuf figures peuvent être rangées dans la Répétition ou la Reformulation : l’Anadiplose, l’Anaphore, l’Antimétabole, la Conduplication, la Diacope, l’Epistrophe, l’Epizeuxe, le Schésis Onomaton, la Symploque.

2.1.Anadiplose**

L’Anadiplose consiste en la reprise au début d’une phrase ou d’un groupe de phrases d’un mot ou d’un groupe de mots situés en fin de la phrase précédente :

  • « Il est bête. Bête il restera. »
  • « La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine… mène à la souffrance. » (Yoda, dans Star Wars)
  • La grandeur inspire l’envie, l’envie engendre le dépit, le dépit répand le mensonge. » (Lord Voldemort dans Harry Potter et le Prince de sang-mêlé)

2.2. Anaphore**

L’Anaphore consiste à commencer, des phrases, ou des ensembles de phrases par le même mot. L’anaphore rythme la phrase, souligne un mot, une obsession, provoque un effet musical, communique plus d’énergie au discours ou renforce une affirmation, un plaidoyer, suggère une incantation, une urgence. C’est une des figures de rhétorique les plus connues et les plus utilisées.

  • « Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! » (Charles de Gaulle)
  • « Moi président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité, je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l’Élysée. Moi président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur. Moi président de la République, je ne participerai pas à des collectes de fonds pour mon propre parti, dans un hôtel parisien. Etc. (François Hollande)
  • Mais, cent ans plus tard, le Noir n’est toujours pas libre. Cent ans plus tard la vie du Noir est encore terriblement handicapée par les menottes de la ségrégation et par les chaines de la discrimination. Cent ans plus tard, le Noir vit à l’écart sur son ile de pauvreté au milieu d’un océan de prospérité matérielle. Cent ans plus tard, le Noir languit encore dans les coins de la société américaine et se trouve exilé dans son propre pays. (Martin Luther King). (Anaphore combinée à une métaphore filée, à une antithèse et à un paradoxe)

2.3. Antimétabole**

L’Antimétabole consiste en la répétition des mots apparaissant en début de phrase en fin de celle-ci mais dans un ordre différent :

  • « Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger » (Molière)
  • « L’enfance sait ce qu’elle veut, elle veut sortir de l’enfance. » (Jean Cocteau)
  • « Les murs ont des oreilles. Les oreilles ont des murs. » (Slogan de Mai 68)

2.4. Conduplication*

La Conduplication est une figure de répétition dans laquelle le ou les mots clés d’une phrase, sont répété au début de phrases successives.

  • Les drogues risquent davantage de paralyser notre pays que presque toutes les autres calamités. Les drogues ne détruisent pas que leurs victimes, elles détruisent des familles, des écoles et des communautés entières. (Elizabeth Dole)
  • Et maintenant, je me tiens devant vous, Monsieur le Président, commandant en chef de l’armée qui m’a libéré, ainsi que des dizaines de milliers d’autres personnes – et je suis rempli d’une profonde gratitude envers le peuple américain. La gratitude est un mot que je chéris. La gratitude est ce qui définit l’humanité de l’être humain. ” — Elie Wiesel
  • Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! Morne plaine ! (Victor Hugo)

2.5. Diacope*

La Diacope est la répétition d’un mot ou d’une phrase.

  • Il n’est pas venu – le croiriez-vous ? – il n’est pas venu
  • Dans des moments comme ceux-ci il est utile de se rappeler qu’il y a toujours eu des moments comme ceux-ci (Paul Harvey)
  • “Un cheval ! Un cheval ! Mon royaume pour un cheval ! – Richard III

2.6. Epanalepse*

L’épanalepse est une répétition simple qui consiste à reprendre littéralement un segment de phrase, un groupe de mots ou un terme après un temps d’arrêt ou passant d’une fin de phrase au début de la phrase suivante.

  • De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace… » (Danton)
  • Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle… (Charles de Gaulle,)
  • Employez Omo! et seulement Omo!, Omo qui rend le blanc plus blanc

2.7. Epistrophe**

L’Epistrophe est la répétition du même mot ou des mêmes mots à la fin de phrases, ou phrases successives

  • Cette nation verra la renaissance de la liberté et le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ne disparaîtra pas de la terre (Abraham Lincoln)
  • Quand j’étais enfant, je parlais enfant, je comprenais enfant et je pensais enfant; mais quand je suis devenu un homme, j’ai mis de côté mon enfance (Saint Paul)
  • Il n’y a pas de problème Noir. Il n’y pas de problème du Sud. Il n’y a pas de problème du Nord. C’est de l’Amérique qu’est le seul problème (Lyndon Johnson)

2.8. Epizeuxe*

L’Epizeuxe est fondée sur la répétition contiguë d’un même terme sans mot de coordination. Elle a pour but de produire un effet d’emphase ou d’insistance. Elle peut évoquer l’anaphore et la répétition.

  • « Ô triste, triste était mon âme / À cause, à cause d’une femme. » (Paul Verlaine)
  • « Elle déclara que le chevreau serait tué, tué, mais tué par sa main à elle » (Pierre Jean Jouve)
  • « Quand je danse, je danse ; quand je dors je dors » (Michel de Montaigne)

2.9. Scesis onomaton*

La Scesis onomaton consiste en la répétition rapide de mots légèrement différents mais ayant le même sens ou un sens très similaire.

  • Un homme fidèle en amitié, prudent dans ses conseils, aimable dans la conversation, posé dans sa communication…(Peacham)

2.10. Symploque *

La Symploque est une répétition de mots ou phrases en début et en fin d’une phrase ou de phrases successives.

  • Ensemble, nous allons rendre l’Amérique forte à nouveau. Nous allons rendre l’Amérique riche à nouveau. Nous allons rendre l’Amérique fière à nouveau. Nous allons sécuriser à nouveau l’Amérique. Et oui, ensemble, nous ferons de nouveau une grande Amérique – (Donald Trump)
  • Quand il y a des paroles de haine, levons-nous et combattons les. Quand il y a des paroles de violence, levons-nous et combattons les. (Bill Clinton)

3. FIGURES DE DRAMATISATION

L’objet de ces figures est de créer une certaine intensité dans le propos soit par interaction avec le public soit par des expressions inhabituelles.

Huit figures peuvent être rangées dans les figures de la dramatisation ; l’Anacoluthe, l’Aposiopèse, la Dépréciation, la Dubitation, l’Oxymore, la Prétérition, la Question Rhétorique et la Sentence

3.1. Anacoluthe

L’Anacoluthe est une rupture inattendue dans la construction syntaxique de la phrase qui, souvent, perturbe la compréhension immédiate.

  • « Et ils mangèrent des pommes bien vieilles de terre » (Cité par Georges Molinié)
  • « Tambour et gifles battantes » – (M. Cassot)
  • Ils font un barouf au comptoir, que je suis forcé de dominer. (Louis-Ferdinand Céline)

3.2. Aposiopèse*

L’Aposiopèse consiste à suspendre le sens d’une phrase en laissant au lecteur le soin de la compléter

A mon arrivée au logis, Pauline m’interrompit en disant: – Si vous n’avez pas de monnaie…(Balzac)

3.2. Dépréciation*

La Dépréciation consiste à formuler en fin de propos une expression qui augmente ou diminue sensiblement la force de celui- ci

  • Le budget de l’espace de cette année est trois fois supérieur à ce qu’il était en janvier 1961, et il est supérieur au budget de l’espace des huit années combinées précédentes. Ce budget s’élève maintenant à 5 milliards, 400 millions de dollars par an – une somme énorme, bien qu’un peu moins que ce que nous payons pour nos cigarettes et nos cigares chaque année (John F. Kennedy)

3.4. Dubitation

La Dubitation est la figure par laquelle le communicant doute ou feint de douter de la proposition qu’il veut prouver, afin d’aller au-devant des objections

  • Je ne sais pas s’il faut instituer le port de l’uniforme à l’école pour éviter les signes d’inégalité entre les élèves ou si cela ne peut pas dégrader l’ambiance et la créativité
  • Je ne suis pas sûr d’être convaincu par les arguments du président en faveur de l’achat d’un jet privé au lieu d’utiliser les lignes commerciales
  • On peut seulement se demander si les participants à la conférence savaient que celle-ci était enregistrée

3.5. Oxymore*

L’Oxymore vise à rapprocher deux mots (nom, adjectif, verbe) que leurs sens devraient éloigner, dans une formule en apparence contradictoire.

  • « Le plus lourd fardeau c’est d’exister sans vivre (Victor Hugo).
  • Elle se hâte avec lenteur » (Jean de la Fontaine).
  • Un merveilleux malheur » (Boris Cyrulnik)

3.6. Prétérition

Dans la Prétérition le locuteur aborde un sujet tout en niant de le faire, avec une intention ironique. Est également connue sous le nom d’apophase et de paralipses

  • Je ne ferai pas de l’âge un sujet dans cette campagne. Je ne vais pas exploiter pour des raisons politiciennes la jeunesse et l’inexpérience de mon adversaire (Ronald Reagan, alors âgé de 73 ans)
  • Pourquoi Kim Jong Un m’insulterait-il en me traitant de vieux, alors que je ne le qualifierai jamais d’obèse et de bas sur pattes ? (Tweet de Donald Trump concernant le président de la Corée du Nord)
  • Je lui ai promis de ne pas dire qu’elle avait mis Hewlett-Packard par terre, qu’elle avait licencié des dizaines de milliers de personnes et qu’elle avait été virée vicieusement. J’ai dit que je ne le dirai pas, donc je ne le dirai pas. (Tweet de Donald Trump concernant l’ancienne présidente d’H.P.)

3.7. Question rhétorique*

La Question rhétorique ou interrogation oratoire consiste à poser une question n’attendant pas de réponse, cette dernière étant évidente et donc connue par celui qui la pose. Cette figure est fréquente. Elle rend les propos plus vivants par le dialogue qu’elle feint d’instaurer.

  • N’est-il pas vraiment temps de nous demander si nous pouvons continuer à permettre aux riches et aux puissants, non seulement d’arnaquer les citoyens en tant que consommateurs, mais aussi de les arnaquer en tant que contribuables ? (Ralph Nader)
  • Qui, souhaitant améliorer sa communication et recherchant un ouvrage ou une formation sur ce sujet n’a pas été embarrassé par … l’embarras même, pléthorique et désordonné, du choix ? (LM)
  • Qu’ai-je d’autre à souhaiter que cette chambre ouverte sur la plaine, avec ses meubles antiques et ses dentelles au crochet ? (Camus)

3.8. Sentence*

La Sentence est une figure de l’argumentation dans laquelle on utilise une maxime, un aphorisme une opinion exprimée d’une manière dogmatique pour résumer le contenu précédent.

  • L’homme est essentiellement un être de langage et son désir essentiel est la communication (Françoise Dolto)
  • L’idéal du sage est une oreille qui écoute (Ben Sirach le Sage)
  • Un bon croquis vaut mieux qu’un long discours (Napoléon)

4. FIGURES D’OPPOSITION

L’intérêt des figures d’opposition réside dans le fait que celles-ci permettent d’exprimer le contraste entre les idées, ce qui constitue l’un des meilleurs moyens de clarification. Ces figures font déjà partie des catégories précédentes. L’antithèse et le chiasme appartiennent aux figures de Balancement, l’Antiphrase et le Paradoxe aux figures de l’Amplification et l’Oxymore aux figures de la Dramatisation. Il m’a toutefois semblé utile de reproduire ci-dessous les définitions de ces figures ainsi que les exemples qui les illustrent, leur dispersion entre différentes catégories risquant de ne pas les mettre suffisamment en valeur.

4.1.Antiphrase 

L’Antiphrase consiste à employer, par ironie ou par euphémisme, un mot, une locution ou une phrase, dans un sens contraire à sa véritable signification

  • C’est malin ! », pour signifier au contraire que c’est complètement idiot.
  • Cet honnête homme », pour exprimer que c’est un fripon.
  • C’est la vie de château, pourvu que cela dure ! », alors que les conditions de vie sont difficiles

4.2. Anthitèse**

L’Antithèse opère un contraste entre deux idées en les juxtaposant. Le contraste est un puissant moyen de clarification dans la mesure ou il permet de montrer comment une idée diffère d’une autre.

  • On ne peut pas avoir une Wall Street vigoureuse et une Main Street qui souffre. (Barack Obama)
  • Les figures de rhétorique ne sont pas de simples « ornements de langage » mais l’expression optimale de la pensée par le langage. (LM)
  • Je vis au milieu de l’éclat de la fortune, et je ne puis disposer d’un sou. (Bernardin de Saint-Pierre)

4.3. Chiasme

Le Chiasme est une catégorie de parallélisme dans laquelle les éléments du balancement sont présentés en ordre inversé dans une phrase ou dans un ensemble de phrases sur un modèle AB/BA ce qui a pour effet de donner du rythme.

  • Absence de preuve n’est pas preuve d’absence. (Proverbe scientifique)
  • Je préfère les assauts des pique-assiettes aux assiettes de Picasso. (Jean Cocteau)
  • Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez quand même la guerre. (Winston Churchill)

4.4.Oxymore* 

L’Oxymore vise à rapprocher deux mots (nom, adjectif, verbe) que leurs sens devraient éloigner, dans une formule en apparence contradictoire.

  • « Le plus lourd fardeau c’est d’exister sans vivre (Victor Hugo).
  • Elle se hâte avec lenteur » (Jean de la Fontaine).
  • Un merveilleux malheur » (Boris Cyrulnik)

4.5. Paradoxe*

Un Paradoxe consiste à formuler une idée qui va à l’encontre du sens commun de manière à choquer, à faire réfléchir

  • Paris est tout petit, c’est là sa vraie grandeur. (Jacques Prévert)
  • Qui veut sauver sa vie la perdra
  • Le pénible fardeau de n’avoir rien à faire (Boileau)

5. FIGURES d’HUMOUR et JEUX de MOTS

5.1. Calembour

Le Calembour est un jeu de mots oral fondé sur l’homophonie et la polysémie. Le calembour est un trait de l’esprit, à connotation humoristique, qui, par le sens double d’une phrase, permet une approche ironique sur un sujet donné.

  • Il n’y a pas de chauves à Bastia, mais à Calvi si
  • Notre but est atteint comme la tarte du même nom (Philippe Gheluck)
  • Vous me connaissez mal : la même ardeur me brûle, Et le désir s’accroît quand l’effet se recule (Pierre Corneille)

3.5. Oxymore*

L’Oxymore vise à rapprocher deux mots (nom, adjectif, verbe) que leurs sens devraient éloigner, dans une formule en apparence contradictoire.

  • « Le plus lourd fardeau c’est d’exister sans vivre (Victor Hugo).
  • Elle se hâte avec lenteur » (Jean de la Fontaine).
  • Un merveilleux malheur » (Boris Cyrulnik)

3.6.  Autres Jeux de mots

Wkipedia ne recense pas moins de trente six formes de jeux de mots (cf. lien ci-dessus).


IVe PARTIE. FIGURES DE SYNTAXE

Je ne mentionne que pour mémoire les figures de syntaxe, car la plupart, à l’exception de l’Apposition, de la Parenthèse, de la Parataxe et peut-être de la Syllepse, sont peu utilisées dans le langage courant. On ne remarque notamment qu’aucune de ces figures n’est sélectionnée par American Rhetoric.

On peut distinguer six principales figures de syntaxe : l’Anastrophe, l’Apposition, la Parataxe, les Parenthèses, la Syllepse et les Zeugmas.

4.1. Anastrophe

L’Anastrophe consiste en une inversion de l’ordre habituel des mots d’un énoncé pour créer un effet de langue raffiné.

  • D’amour vos beaux yeux, Marquise, mourir me font. » (Molière)
  • Étroits sont les vaisseaux, étroite notre couche.
  • À la claire fontaine je me suis baigné

4.2. Apposition

L’Apposition est une construction grammaticale dans laquelle deux éléments, sont placés côte à côte, un élément servant à identifier l’autre; les deux éléments sont dits en apposition. L’un des éléments est appelé l’apposif. Par exemple, dans les deux phrases ci-dessous, les expressions Joséphine et ma sœur sont apposées, l’apposif étant identifié par les caractères gras :

  • Joséphine, ma soeur, aime les bonbons
  • Je suis né en Finlande, pays des mille lacs
  • Barry Goldwater, le jeune sénateur de l’Arizona, a été nommé candidat républicain en 1964.

4.3. Parataxe

La Parataxe consiste à supprimer la subordination entre des propositions. Elle est opposée à l’hypotaxe où des prépositions et des conjonctions assurent l’enchaînement logique des phrases. On distingue l’hypotaxe et la parataxe des phrases surtout employées dans le genre littéraire et la parataxe des mots ou « style télégraphique » qui est d’usage courant et qui sera la seule dont on trouvera ci-dessous des exemples :

  • Relation clients » au lieu de « relation avec les clients »
  • Exemplaire papier » au lieu de « exemplaire sur papier »
  • Accident voyageur” pour “accident survenu à un voyageur

4.4. Parenthèse

La Parenthèse est l’insertion dans une phrase d’un élément autonome (mot, proposition, phrase complète) qui introduit une digression ou détaille le sens de la phrase principale ou d’une de ses parties.

4.5. Syllepse

La Syllepse consiste à faire un accord en fonction de la logique du sens et non en fonction des règles grammaticales

  • L’ensemble des enfants s’écrièrent bruyamment
  • Un grand nombre de personnes sont venues
  • Il faut envoyer dans les guerres étrangères la jeune noblesse. Ceux-là suffiront. » (Fénelon)

4.6. Zeugmas

Les Zeugmas consistent en la réunion de plusieurs membres de phrase au moyen d’un élément qu’ils ont en commun et qui n’est pas répété. La phrase la chevelure est blonde, les yeux bleus et le sourire étincelant présente un zeugme où le verbe être n’est pas répété. Certains zeugmes peuvent présenter une rupture de registre (par exemple du concret à l’abstrait dans il a essuyé ses larmes et une cuisante défaite) ou, ce qui est à éviter, une rupture de syntaxe (par exemple, dans il a tenté et réussi à ouvrir la porte, la préposition à n’est pas compatible avec le verbe tenter

  • Sous le pont Mirabeau coule la Seine Et nos amours » (Guillaume Apollinaire)
  • Ces larges murs pétris de siècles et de foi. » (A. de Lamartine)
  • « Juste en amont du confluent avec la Marne, un vaste complexe commercial et hôtelier dresse son architecture mandchoue au bord du fleuve et de la faillite » (Jean Echenoz)

 

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 

1. Sites Web

  • American Rhetoric . Le site de l’association comprend, entre autres, un dictionnaire des figures de rhétorique les plus utilisées et les vidéos des cent meilleurs discours.
  • Virtual Salt. Ce site est animé par Robert A. Harris, par ailleurs auteur du best-seller mentionné plus bas.
  • Office québécois de la langue française. Comprend une bibliographie (en français)

2. Encyclopédie  Wikipedia

On peut estimer que Wikipedia constitue la principale source d’information en langue française en ce qui concerne les figures de rhétorique, quoique de valeur inégale, en raison même de la densité des articles (cf. introduction). Ceci ne concerne que les figures de rhétorique prises isolément. En revanche le grand tableau synoptique des figures de rhétorique que comprend par ailleurs cette encyclopédie est complexe et difficile d’accès. Les définitions et les exemples cités dans le présent guide et issus de Wikipedia le sont sous licence Créative Commons.

3. Ouvrages

3.1. En anglais

3.2. En français

4. Articles

  1. La métaphore et le linguiste Marie-Christine Lala. Cairn Info. Figures de la psychanalyse. 2005
  2. L’exemple historique dans le discours – enjeux actuels d’un procédé classique – Paola Paissa. Revue électronique du groupe ADARR- Avril 2016
  3. 3 astuces pour mieux rimer [Je Veux Rapper]. Léo A.K.A DoN Choteo. Août 2017

5. Blog LM – Principaux article publiés depuis l’ouverture en Juillet 2014

  1. Nouvelle version, ultra synthétique, du Triangle Rhétorique – 31/12/18
  2. Les deux qualités pilotes d’une communication réussie : confiance et clarté – 29/10/18
  3. La synchronisation, cœur de la communication – 1/10/18
  4. Communication : à la recherche de la définition perdue – 22/05/18
  5. Leadership et excellence de la communication : un lien direct – 30/04/18
  6. Onze méthodes pour trouver idées et arguments – 9/04/18
  7. Pourquoi la rhétorique demeure-t-elle aussi efficace ? – 6/03/18
  8. U.S.A. : 20.000 centres de formation à la communication ! – 2/02/18
  9. Rhétorique, esprit critique, fake news, intelligence artificielle – 22/01/18
  10. U.S.A. : Seuls inventeurs de la civilisation de la communication – 6/07/17
  11. Les cinq K.O. rhétoriques de l’élection présidentielle 2017 – 5/06/17
  12. Le triangle rhétorique base de toute communication réussie – 1/12/15 –  (Référencé en permanence n° 1 par Google depuis sa parution, sous les termes “Triangle Rhétorique”)
  13. Les trois énormes lacunes de la communication – 15/05/15
  14. Communication = réflexion + contenu. 7 définitions que l’on ne trouve nulle part ailleurs – 22/01/15
  15. Sciences  cognitives : la grande importance de l’interconnexion entre la communication écrite et la communication verbale – 15/10/14

6. Discours

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